Vika Mahu chante en roumain pour les Français

Elle est née et a grandi à Chişinău, mais elle fut « enlevée » en 2003 par un « prince » qui l’a amenée en France où elle combine à présent l’architecture et la musique.

Elle est née et a grandi à Chişinău, mais elle fut « enlevée » en 2003 par un « prince » qui l’a amenée en France où elle combine à présent l’architecture et la musique.

Vika Mahu ou la Fille à la Guitare a 33 ans, elle a récemment enchanté le public de Moldavie. Rentrée dans la patrie juste pour quelques jours, elle a eu plusieurs belles rencontres et avoue avoir rempli son âme de joie. Elle pense revenir encore en Moldavie cet été.

Des émotions et des larmes sur la scène

Les retours chez soi abondent toujours en émotions pour Vika Mahu, mais cette fois-ci, le retour fut spécial.

« J’ai été l’invitée du Festival « Ia Mania » où j’ai présenté un récital aux côtés de deux musiciens talentueux, le guitariste Igor Buzurniuc et le bassiste Andrei Ciobanu. En même temps, j’ai profité de ce retour pour revoir mes amis et j’ai chanté pour eux dans un café de Chişinău. Le public a été merveilleux. Je n’imaginais pas qu’on sait toujours par cœur des refrains de mes chansons. Etant trop émue, à un certain moment les larmes m’on envahie quand j’étais sur la scène ! », nous raconte Vika.

Le premier retour – le plus difficile

Elle habite depuis plus de 12 ans dans une ville de France. Chaque fois qu’elle revient en Moldavie, elle y constate des changements.

«  Le premier retour a été le plus difficile. Ayant découvert en France de meilleures conditions de vie, j’ai été déçue pas la pauvreté et l’inculture de Moldavie. En plus, j’ai été choquée pas l’indifférence des politiciens à l’égard de ce morceau de terre en faveur de leurs propres intérêts. Ces derniers ans, je vois beaucoup de changements. Je crois aux jeunes moldaves », a dit la musicienne.

Elle compose de la musique depuis plusieurs années. « C’est un refuge pour moi. Une reconstruction de soi-même. J’ai collaboré avec d’autres compositeurs, mais je ressens mieux mes propres chansons », reconnaît Vika.

« Enlevée » par un « prince sur un cheval blanc »

Vika Mahu dit qu’elle n’a pas choisi de partir pour la France, mais c’est sa destinée qui a fait le choix à sa place. « J’ai été enlevée par un « prince sur un cheval blanc » en 2003. C’est vrai que j’ai laissé derrière moi beaucoup de choses – j’étais déjà connue en tant qu’interprète et j’avais de nombreuses collaborations en Moldavie. Mais je me suis dit que ma musique serait avec moi où que je sois et que dans la vie on ne peut pas tout avoir. Aujourd’hui, je ne regrette pas du tout mon choix », affirme la Fille à la Guitare.

Les premières difficultés qu’elle a dû surmonter en France étaient liées à ses diplômes qui n’étaient pas reconnus. Ainsi, elle a décidé de faire d’autres études. « J’ai obtenu ma licence en musique, mais au bout de quelques ans j’ai réalisé que cela allait être difficile de gagner ma vie par le biais de la musique et j’ai changé de direction, choisissant l’architecture. Voilà donc qu’aujourd’hui je dresse des plans techniques, sans cependant ayant renoncé à la musique – j’ai l’intention de me relancer sérieusement dans la musique », nous dit la belle chanteuse.

La réincarnation du rêve de sa mère

Elle a une voix extraordinaire, ayant hérité la passion pour la musique de sa mère. Elle a fait ses premiers pas sur la scène aux côtés de la troupe moldave « Millenium » qui s’appelait à l’époque « La classe des vedettes ». Elle a chanté pendant quatre ans dans le cadre de cette troupe, puis elle a fait enregistrer son premier album solo signé Victoria Oteea, en collaboration avec Igor Dânga, le producteur de la troupe « Zdob şi Zdub ».

« Moi, je suis la réincarnation du rêve de ma mère. Elle rêvait de la scène, mais ma grand-mère lui disait que seules les « mauvaises filles » montent sur la scène. « C’était une autre époque… Aujourd’hui, je chante du folk, car c’est la guitare qui me le demande, mais je chante aussi du jazz et du blues. Aux côtés du pianiste Damien Groleau, j’ai réalisé plusieurs concerts de jazz », affirme la chanteuse.

Un arrangement original pour « Băsmăluţa »

La plupart du répertoire de Vika Mahu est en langue roumaine, mais son dernier album comprend aussi quelques chansons en français et anglais. Le public français est réceptif, surtout qu’elle s’efforce chaque fois à traduire les vers. « Le fait que je chante en roumain me distingue de tous les autres. Le costume populaire est aussi un trait qui me fait spéciale en France. On est toujours étonné d’apprendre que notre langue a des racines latines », affirme Vika Mahu.

Récemment, elle a lancé un remix de la célèbre chanson moldave « Băsmăluţa ». « Les musiciens avec lesquels je travaille m’ont demandé quelles sont les chansons que tous les Moldaves savent. Je leur ai répondu sans aucune hésitation que « Băsmăluţa » ne manque à aucune fête. J’ai alors décidé de faire un arrangement original et après quelques essais avec le piano nous avons trouvé une solution. J’ai proposé à mon ami Lionel Achenza, qui est un chanteur originaire de Marseille, d’inventer des rimes pour les associer à la musique. Chose dite, chose faite au bout de 10 minutes ! C’est un musicien exceptionnel », affirme Vika. A son avis, le marché de la musique en France est difficile à accéder même pour les Français. « Le pouvoir est centralisé à Paris où quelques personnes décident pour tout le pays ce qu’on va écouter en été, par exemple, mais quand tu es reconnu ailleurs, tu es beaucoup plus respecté et il y a plus de chances qu’on souhaite t’écouter », nous dit-elle.

Deux enfants et un « vrai » emploi ”

A part la musique, Vika Mahu est spécialiste en architecture. Elle s’est plutôt vue contrainte à combiner les deux métiers. Le long de six ans, elle a dirigé des cœurs, mais cette année-ci, elle a abandonné cette activité.

« Je n’ai pas eu de choix. Là où je vis maintenant, il faut avoir un « vrai » travail », dit Vika Mahu, mère de deux filles - Emma de 9 ans et Lilly de 3 ans, qui, semble-t-il, ont hérité le talent de sa mère. Toutes les deux, elles aiment chanter, danser et faire du théâtre.

A présent, Vika Mahu travaille dans le domaine de l’architecture, mais elle souhaite continuer sa collaboration avec ses anciens collègues Igor et Andrei. « Pour le Festival « Ia Mania », ils ont refait mes chansons d’une manière inédite et moderne. Je voudrais les inviter en France pour mes prochains concerts », a dit Vika Mahu.

Article de Daniela Hadei repris sur le portail http://ziarulnational.md/vika-mahu-le-canta-francezilor-in-limba-romana/

Traduit pour www.moldavie.fr

Le 30 juillet 2015