Juliette Hüchtemann : de la femme de ménage à la propriétaire de l’hôtel

Article de Ludmila Corlăteanu

Juliette Hüchtemann qui a aujourd’hui 39 ans, connaît bien l’histoire de Cendrillon et pas seulement par ouï-dire. Elle a de l’expérience. En 1996, elle est venue de Chisinau à Berlin pour étudier à l’Université Libre de Berlin. La Moldave parle trois langues étrangères (allemand, français et anglais), mais les possibilités de trouver un bon emploi dans son pays étaient néanmoins réduites.

« Mon revenu moyen était d’environ 100 $ par mois. En plus, j’avais 2 petits enfants que je devais entretenir. J’ai ensuite emprunté 160 dollars à un ami et j’ai acheté un ticket de bus de 150 dollars pour Berlin. Avec 10 dollars dans ma poche, je suis descendue à la gare centrale. Je n’avais aucune idée comment survivre ici, je savais juste que ma vie changerait. »

Pour tracer sa voie, Juliette étudiait et travaillait simultanément. « Au début, j’étais femme de chambre et nettoyeuse dans plusieurs hôtels. Comment je suis arrivée à ce travail ? J’ai lu les annonces dans les journaux et j’ai posé ma candidature partout où c’était possible. Peu importait ce qu’il fallait faire - nettoyer, laver les escaliers, être serveuse ou baby-sitter … Avant, je n’avais jamais vu l’intérieur d’un hôtel - pas même dans ma ville natale. Je comprenais le concept de « travail au noir » comme étant le sale boulot ; je n’avais aucune idée que cela veut dire illégal, sans contrat… J’étais comme tombée du ciel », raconte Juliette avec passion. « Il n’y avait personne pour m’aider ici. En fait, j’avais juste une tante ici à qui j’ai demandé quelque chose 2-3 fois … et puis j’ai réalisé que cela me gênait. Je voulais surmonter les difficultés toute seule … »

Juliette Hüchtemann. Photo de Sabine Gudath
Juliette Hüchtemann. Photo de Sabine Gudath

Et tout a été pour le mieux. « Une fois, les hôtes de l’hôtel étaient des touristes italiens et l’employée de la réception ne pouvait pas communiquer avec eux. Comme je parle roumain et français, elle m’a demandé de l’aider. Et j’ai réussi. Une semaine plus tard, le propriétaire de l’hôtel m’a demandé si je voulais essayer de travailler à la réception. Donc c’est comme ça que mon chemin dans le monde des hôtels a commencé. Quelques années plus tard, je gérais le même hôtel. »

Juliette ne s’est pas toujours appelée « Hüchtemann ». Elle a son nom allemand depuis 2005, quand elle a épousé l’architecte Tobias Hüchtemann, avec qui elle a encore eu 2 enfants.

"Nous avons fait la connaissance dans un café qui s’appelle « Park Idyll ». Je sais que ça sonne trop romantique, mais nous avons aussi appelé ainsi notre premier hôtel. « 

Et ce n’était pas un mariage de raison. »Je lui ai dit que nous pouvons nous marier seulement si tous mes documents sont en ordre et si j’obtiens un visa permanent dans mon passeport. Je ne voulais pas être dépendante de lui au début de notre relation."

Pendant 8 ans, Juliette a travaillé dans plusieurs hôtels. Puis elle a eu le désir d’avoir son propre hôtel. « Evidemment je n’étais pas prête ni professionnellement, ni financièrement. Mais on peut supporter ça aussi. Finalement, Tobias a décidé de soutenir ma folle idée et nous nous sommes inscrits ensemble pour un cours de formation dans le secteur hôtelier. »

Quand on demande à Juliette de citer trois difficultés principales, elle cite le manque de capital, les relations avec les autorités et l’ignorance. « Il est toujours difficile pour les étrangers d’organiser leurs propres entreprises ici. Tout le monde ne peut pas s’adapter à la législation allemande et aux exigences qui sont assez élevées. »

Aujourd’hui, Juliette est la propriétaire de 3 hôtels à Berlin, elle prend soin de 4 enfants et mène une vie sociale très active. Elle est la trésorière de la Société des Moldaves à Berlin, une union des compatriotes qui représente notre république et notre culture en Allemagne. « La Moldave prussienne, comme m’appelle ma belle-mère. Je ris, mais après toutes ces années je me sens vraiment comme ça. "