Randonnées sibériennes : les Moldaves/Roumains de Krasnoїarsk

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Cet article fait partie du cycle de relations de l’historien Octavian Țâcu, participant aux « Expéditions de la mémoire » en Sibérie, sur les traces des Moldaves qui ont dû, à une certaine époque, quitter leur patrie et mener une autre vie dans des parages très lointains.

2 564 849 citoyens (sur le total de 3 383 332), soit 78% de la population du pays, ont affirmé qu’ils sont des Roumains/Moldaves lors du recensement effectué en Moldavie en 2004. Si l’on y ajoute la Transnistrie, le nombre total est estimé à 2 741 849 personnes. D’autre part selon les données du recensement tenu en 2001, en Ukraine il y avait 258 600 Moldaves et 150 989 Roumains. Le recensement effectué en 2002 en Russie a révélé l’existence dans ce pays de 172 330 Roumains/Moldaves, dont la plupart habitaient à Moscou, ainsi qu’au Kouban, en Sibérie du Sud et dans l’Extrême Orient russe où nos compatriotes ont été déportés dans la période staliniste ou ont migré dans le contexte des politiques soviétiques de colonisation. Au Kazakhstan, il y a environ 15 mille Roumains /Moldaves, en Biélorussie - 4300 (données de 1999), en Lettonie - 1894 (2010), au Kirghizistan - 778 (1999), en Lituanie - 704 (2001), en Estonie - 645 (2000), au Tadjikistan - 300 (2000), etc.

Quant à la forte présence roumaine /moldave (plusieurs milliers) dans le kraї de Krasnoyarsk, c’est une conséquence de nombreuses vagues de déportations, surtout en 1941, ainsi que du fait que cette région a été dans l’épicentre de plusieurs projets soviétiques grandioses, telle que la construction des centrales hydro-électriques de Saїano-Chouchensk et de Krasnoїarsk, de l’usine de nickel de Norilsk, etc.

Un regard historique sur la présence des Roumains/Moldaves dans le kraї de Krasnoїarsk

On considère que les premiers Moldaves /Roumains se sont installés dans le district d’Ienisseїsk (dans le kraї de Krasnoїarsk) vers la fin du XIX-ième siècle. Selon le recensement tenu en 1897, il y avait 54 Moldaves/Roumains (y compris 8 femmes) dans ces parages-là. Les investigations révèlent que la plupart en étaient des révolutionnaires de Bessarabie, exilés par les autorités tsaristes.

L’étape suivante dans la migration des Moldaves vers le kraї de Krasnoїarsk est liée aux prisonniers de la guerre austro-hongroise envoyés ici en 1916, dont environ 10% étaient d’origine roumaine. Ils y menaient une vie libre, travaillant à la coupe des forêts ou à la construction des baraques. Plusieurs d’entre eux étant des peintres, poètes, musiciens, ils ont contribué à la vie culturelle de la région. Certains se sont mariés, étant prêts à rester dans ces parages-là à jamais, mais la plupart ont été exécutés pendant les opérations d’ « épuration ethnique » déroulées en 1937-1938.

Deux présences notoires des Moldaves à Krasnoїarsk sont liées à la révolution russe et à la guerre civile de 1917-1922 : G. S. Veinbaum, le premier président du Comité exécutif des Soviets de Krasnoїarsk et Serguei Lazo, fameux commandant d’armée qui a dirigé la garnison de Krasnoїarsk en 1919-1920.

Une page à part dans l’histoire de nos compatriotes de Krasnoїarsk a été écrite pendant les déportations stalinistes, en 1941. Selon les estimations de la Fondation « Memorial », à peu près 50 mille Bessarabiens, provenant de Moldavie, tout comme de la région ukrainienne de Tchernivtsi et du sud de l’Ukraine, ont été déportés au Kazakhstan et dans le kraї de Krasnoїarsk, de même que dans le kraї d’Altai et dans les régions de Novossibirsk et d’Omsk. L’ampleur exacte et la destination des déportations sont difficiles à estimer pour plusieurs raisons : manque de publications à ce sujet, accès difficile aux archives locales, les effets de la Seconde guerre mondiale.

Le camp de Norilsk – « Norillag » - a été une des plus atroces destinations des déportations :16 808 prisonniers y sont décédés entre 1935 et 1956 à cause des conditions difficiles de travail, de la famine et du froid.

Eufrosinia Kersnovskaїa a été parmi les plus fameux détenus originaires de Bessarabie. En 1941, elle a été déportée en Sibérie d’où elle a fait une tentative de s’évader. Son évasion ayant échoué, elle a été condamnée à mort en 1942, mais sa peine a été commuée en 10 ans de goulag et elle a exécuté sa peine dans les mines de Norillag. Ses mémoires décrivant la vie dans les goulags stalinistes sont devenus de bestsellers.

La période post-staliniste

Selon les données du recensement soviétique de 1959, dans le kraї de Krasnoїarsk il y avait 972 Moldaves, ce qui fait penser que la plupart de déportés sont rentrés dans leur patrie, ont déménagé ou sont disparus dans les goulags. Le recensement suivant, tenu en 1979, indique le chiffre de 2 174 Moldaves, fait qu’on pourrait expliquer par l’afflux de jeunes moldaves pour des travaux de construction des deux grandes hydrocentrales de Saїano-Chouchensk et de Krasnoїarsk en réponse aux appels idéologiques, les deux chantiers étant considérés comme des réalisations très importantes du Komsomol.

Aux années 1980, un groupe important de volontaires moldaves sont venus travailler à la construction de l’usine de machines « Krasteazhmash », un autre chantier du Komsomol. Un d’entre eux, Mihail Stâncă du village moldave de Mărăndeni, est à présent professeur à l’Université de Médicine de Krasnoїarsk).

Vers la fin des années 1980, 5 101 Moldaves habitaient dans le kraї de Krasnoїarsk.

D’après un article d’Octavian Țâcu publié sur http://www.timpul.md/articol/expediiile-memoriei-%28iv%29--romanii--moldovenii-dintre-krasnoiarsk-i-irkutsk-121298.html

Le 17 novembre 2017