Il a lutté sur deux fronts : intendant dans l’armée roumaine et marin dans l’armée russe

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Igor Burcă, âgé de 89 ans, comme des dizaines de milliers d’habitants de la République Soviétique Socialiste Moldave, a lutté sur deux fronts pendant la Seconde Guerre Mondiale : au début – dans l’armée roumaine, après – dans celle soviétique. Etant décoré par les deux Etats, il porte ses médailles à deux vestons différents qu’il met en fonction des événements où il participe.

Igor Burcă est un des dizaines de milliers de Bessarabiens appelés sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre Mondiale tant par la Roumanie que par l’URSS. En 1941, il n’avait que 19 ans et il était étudiant à Bucarest. « J’ai reçu l’ordre de me rendre à l’Unité. Pendant une année, j’au dû apprendre à l’Ecole militaire d’administration », raconte Igor Burcă. Dans l’Armée roumaine, il a travaillé au sein de plusieurs hôpitaux militaires, étant responsable de l’approvisionnement de ces établissements en vêtements, vivres et médicaments.

Tout d’abord, j’ai travaillé à l’hôpital militaire d’Oraviţa, au Banat. Après, j’ai été envoyé au front suivant l’ordre du Grand Etat Major. Je fus envoyé à Sevastopol. La ville était toute en ruines. Des milliers de blessés venaient sans cesse. En automne de l’an 1943, quand la grande défensive a commencé, nous nous sommes retirés en grande hâte vers Odessa. Nous avons laissé là-bas les chevaux, les canons, presque tout", raconte le vétéran de manière détaillée.

Igor Burcă a passé deux mois à Odessa. „Le 6 juin 1944, nous nous sommes retirés vers le Nistru. Nous étions dans le village de Talmaz. Les médecins travaillaient dans les caves des paysans. Nous avions des lampes allemandes avec des pompes et on faisait des interventions chirurgicales à leur lumière. Entre temps, les Russes étaient arrivés près du Nistru et ils nous bombardaient. Le 22 août, l’Armée soviétique a rompu le front. Nous nous sommes réfugiés dans un village non loin de Buzău (en Roumanie)", continue son récit le vieux.

L’entente entre Stalin et le roi Mihai

„En août 1944, on a pu apprendre que le roi Mihai avait fait une entente avec Stalin et qu’il avait décidé que ses soldats retournent leurs armes contre les Allemands et les Hongrois. La nouvelle nous a choqués, mais, étant des militaires, nous savions qu’il fallait défendre la patrie à tout prix. C’était très dur, mais nous étions des hommes", se souvient Igor Burca des émotions qu’il a eues lorsqu’il avait appris la nouvelle tournure des événements.

Igor Burcă raconte que son hôpital militaire avait été installé à Haţeg, non loin de Hunedoara. „L’armée soviétique est venue avec deux divisions d’officiers roumains. Il y a en avait environ 30.000, tous anciens prisonniers des soviétiques. Après, a été émis un ordre que tous les originaires de Bessarabie soient mobilisés. Les Russes avaient envahi tout la Roumanie. Ils nous avaient déjà occupés. Que pouvions-nous faire ?", se demande le vieil homme.

Il a dû rentrer chez soi, à Chişinău. La maison de ses parents située dans la rue „Lumânărilor" était occupée par les Russes. Ses parents s’étaient réfugiés en Roumanie le 25 mars 1944, quand l’Armée Soviétique avait avancé vers le nord de la Bessarabie.

Mon frère était resté à la maison pour garder les biens. Quand les Russes se sont installés dans notre maison de Chişinău, il est allé vivre chez notre grand-père de Cărpineni. En 1944, mon frère a été rappelé sous les drapeaux. Moi-aussi, je fus mobilisé. Après avoir été intendant chez les Roumains, je suis devenu marin soviétique. Je fus enrôlé dans la flotte du Danube sur un bateau qui démagnétisait les mines magnétiques", se souvient Igor Burcă.

Les bottes lui ont sauvé la vie

Pendant une opération militaire, Igor Burcă a été blessé. „Nous étions sur la terre. Notre peloton a été bombardé par les Allemands. J’ai été couvert de terre, je me suis évanoui. J’ai été sauvé grâce à mes bottes qui étaient restées visibles. Un marin a voulu me les voler et il a découvert que j’étais vivant. Quelques semaines plus tard, à l’hôpital, je ne m’en souvenais rien…", raconte le vétéran. Puis, il ajoute : „Dans l’Armée roumaine, bien que je dispose d’un pistolet, je n’ai jamais tiré. Par contre, dans l’armée soviétique, c’était plus difficile, mais là aussi il y avait des gens comme il faut".

Après la guerre, le frère de Igor Burcă a déserté de l’Armée Soviétique et a passé du côté des Américains. „On lui a donné des habits civils et il a décidé d’aller en Roumanie nous chercher. Il y est arrivé après avoir traversé l’Autriche, la Pologne et l’Hongrie. Mais nous étions déjà en Bessarabie. Pendant 12 ans nous n’avons eu aucune nouvelle de lui", se souvient le vieux. Seulement certains de ses parents qui ont pu se faire de faux papiers sont restés en Roumanie, les autres ont dû rentrer en Bessarabie, où ils n’avaient plus rien, car leurs logements avaient été confisqués par les Soviétiques.

Les Burcă ont eu beaucoup de problèmes avec le NKVD russe. „Notre père était le plus persécuté car les Soviétiques ont dépisté sa médaille « Serviciul Credincios » (« Service fidèle ») décernée par le roi roumain Carol II. Mon père avait des photos de moi de l’époque de mon service dans l’armée, mais les Russes les lui ont enlevées. Pour ne pas avoir des ennuis, il m’a donné le conseil d’épouser une Russe. J’ai suivi son conseil. Après cela, on m’a laissé vivre ma vie en paix", raconte le vieux avec tristesse. Avant de nous séparer, Igor Burcă nous a récité une poésie : „ Nu tot neamul românesc, ocupat de hoarde ruse, şi-a stricat cuvântul dulce, graiul nostru strămoşesc". (« Pas tous les Roumains, occupés par les hordes russes, ont abîmé leur douce langue, léguée par leurs ancêtres ») .

Article repris sur le site http://www.adevarul.ro/moldova/actualitate/DESTIN-_A_luptat_pe_doua_fronturi-_intendent_la_romani-marinar_la_rusi_0_505149620.html

Traduit pour www.moldavie.fr

Le 22 juillet 2011