La Bessarabie… Retour sur un ancien nom

Sur les vieux atlas, on trouve, à côté de la Moldavie roumaine, le nom de Bessarabie (Besarabia en roumain). Cette dénomination désigne précisément le territoire entre la rivière Prout et le fleuve Dniestr. La Bessarabie a donc une forme plus allongée que la Moldavie actuelle.

Carte de la Bessarabie
Carte de la Bessarabie

Les origines du nom

Certaines étymologies fantaisistes apparentent le mot « Bessarabie » à « Bez Arabia », ce qui voudrait dire « sans arabes » en russe. Or, ceux-ci n’ont point conquis la région.

L’explication la plus vraisemblable est donc la suivante. La dynastie des Basarabs de Valachie (région du sud de la Roumanie autour de Bucarest, du Danube et des Carpates) s’est émancipée de la Hongrie en 1330, et a fait face aux Tatars à plusieurs reprises dans les bouches du Danube entre 1328 et 1342. Au terme de ces victoires, la Dobroudja, ainsi que les rives de la mer Noire jusqu’au Dniestr sont rattachées à la Valachie. Les Bouches du Danube et les rivages de la Mer entre Danube et Dniestr sont dès lors appelés « Basarabia », la terre des Basarab, devenu en français Bessarabie.

Quand la Bessarabie passe à la Moldavie…

En 1418 cette région passe sous l’autorité de la principauté de Moldavie. En 1484, les Ottomans annexent cette contrée, malgré la résistance héroïque d’Etienne le Grand, et, en 1536, ils l’étendent vers le nord jusqu’à la ville de Tighina (Bender en russe). La Bessarabie, sous contrôle ottoman, est dorénavant renommée Boudjak.

En 1812, les Russes annexent la moitié orientale du territoire de la principauté de Moldavie, dont la Bessarabie, qui passe alors sous contrôle des tsars, sous le nom de « gouvernement de Moldavie-et-Bessarabie ». La partie prise aux princes moldaves conserve la dénomination de « Bessarabie », la partie prise aux Turcs se nommant spécifiquement Boudjak. L’annexion est reconnue par le traité de Bucarest de 1812.

La querelle russo-roumaine

A partir de ce moment, les Russes considéreront que la Bessarabie n’est pas une terre roumaine (à cette époque, la Roumanie n’existe pas en tant qu’état), mais une terre moldave, et que le territoire ferait « naturellement » partie de l’espace russe.

A l’inverse, les partisans de la Roumanie font valoir que la Bessarabie ne constitue pas un territoire distinct du reste de la Roumanie et que la langue pratiquée sur les deux rives du Prout est restée la même. L’indépendance et le désir des Moldaves de sortir de l’URSS montreraient que la dénationalisation imposée par les Soviétiques a échoué.

Le retour de la Bessarabie en Roumanie

En 1918, la Bessarabie choisit de se rattacher à la Roumanie par l’intermédiaire du Sfatul Tarii (Assemblée populaire). Les autorités roumaines engagent des processus de construction d’infrastructures et de roumanisation sur ces territoires nouveaux. Par exemple, il faut passer du cyrillique, encore employé en Moldavie, à l’alphabet latin, que les Roumains ont adopté au XIXe siècle. D’une manière générale, il s’agit de revenir sur la russification qui a eu lieu auparavant.

Unification de la Roumanie et de la Bessarabie
Unification de la Roumanie et de la Bessarabie

La composition ethnique de la Bessarabie lors du recensement de 1930 est la suivante : 57% de Roumains, 12% de Russes, 11% d’Ukrainiens, 7% de Juifs, 6% de Bulgares, 3% d’Allemands, ainsi que 1% de divers (Gagaouzes, Tziganes, Grecs, Arméniens, Cosaques, Vieux-croyants…).

Graphique de la population bessarabienne
Graphique de la population bessarabienne

En octobre 1924, l’URSS crée, à partir d’une partie de la Bessarabie et de l’Ukraine, la République autonome socialiste soviétique de Moldavie (RASSM) avec Balta comme capitale. Elle servira de justification à la reconquête de la Bessarabie par les Soviétiques en 1940.

Bessarabie, Moldavie : quelle différence ?

Aujourd’hui, les villes de Cetatea-Alba (aujourd’hui Akkerman), Ismail et Hotin se situent en Ukraine. Tighina est sous domination de la Transnistrie, qui a fait sécession en 1992. A l’inverse, la Moldavie comprend (théoriquement) cette même Transnistrie, prise sur l’Ukraine. Mais ceci est une autre histoire…

Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr