Le Dniestr tragique

Article de Gilles Ribardière

Le Dniestr a été tout au long de l’histoire mouvementée du XXe siècle témoin de nombreuses tragédies.

L’une d’elles s’est déroulée la nuit du 18 au 19 mars 1944 dans la prison de Râbnita, ville située sur la rive gauche du Dniestr, face à Rezina, qui est sur la rive droite.

Ce qui s’est passé cette nuit là, nous le savons grâce au témoignage de Matei Gall, « Rescapé : de la Shoah au stalinisme » publié récemment en France aux éditions Imago. L’original, en roumain, est paru sous le titre « Eclipsa » (editura du Style) en 1997.

Le récit est hallucinant. Pourquoi Matei Gall se trouve-t-il au centre d’un massacre dont il va miraculeusement échapper ? En effet, il cumule deux handicaps pour l’époque : il est juif et il est communiste, et qui plus est, un communiste d’une totale sincérité, ne cherchant pas un plan de carrière.

En fait, c’est pour son engagement politique qu’il se fait arrêter par les forces de l’ordre roumaines alors alliées de l’Allemagne d’Hitler. Alors que les geôliers roumains successifs n’ont pas cherché à l’assassiner, la gendarmerie roumaine en garde de la prison de Râbnita s’efface mystérieusement, bien que la libération de tous les occupants des cellules fût prévue le jour même. Surgit alors un officier SS et ses soldats Kalmouks. Méthodiquement, dans leurs cellules, les prisonniers furent massacrés. Matéi Gall et trois autres compagnons en réchappèrent, mais c’est lui qui rendra compte de l’horreur.

Ce qui va suivre va d’une certaine manière constituer une plus dure épreuve pour lui, en tout cas sur le plan moral…Son parti considèrera suspect le fait de n’avoir pas succombé sous les balles kalmouks. Et la mécanique infernale de destruction de la conscience humaine se met alors en marche.

Mais là, nous ne sommes plus en Transnistrie, mais en Roumanie, ce qui nous éloigne des bords du Dniestr où se déroulèrent les événements.

Ce qu’il faut retenir c’est que Matei Gall a une force intérieure hors du commun ce qui a eu pour conséquence que son humanisme n’a pas été broyé. Il nous invite à retenir le nom de Râbnita, et à nous souvenir que le Dniestr est une rivière, théâtre de nombreuses tragédies dans notre Europe.