Un débat en situation

Article de Gilles Ribardière

De manière inattendue, le débat organisé ce 13 janvier 2015 par « Cercle Moldavie », sous l’égide de Madame la Sénatrice Josette Durrieu, s’est trouvé en totale coïncidence avec l’actualité politique en Moldavie. En effet, le thème proposé au Palais du Luxembourg portait sur les élections du 30 novembre 2014, avec comme objectif non seulement d’en expliquer les résultats, mais aussi d’en analyser les conséquences possibles.

Or à Chisinau venaient d’être interrompues les négociations en vue de former la coalition de gouvernement, le Parti Démocrate et le Parti Libéral-Démocrate s’opposant aux exigences du Parti Libéral. C’est avec le Parti des Communistes de Moldavie que semblait se profiler une nouvelle majorité de gouvernement. A cette heure, il n’est pas possible d’affirmer qu’une nouvelle configuration majoritaire soit réellement en voie de constitution – des analystes voyant dans l’évolution du moment une sorte d’ultimatum pour que le Parti Libéral rentre dans le rang.

Ce qui est certain c’est que l’évolution de ces dernières heures a donné un ton particulier au débat au Palais du Luxembourg. A été rappelé que même si les pro-européens l’ont emporté, ce ne fut que de justesse, avec une désaffection assez massive des jeunes qui ne se sont pas fortement déplacés. Le clivage entre pro-européens et pro-russes est net, avec notamment le score important du Parti des Socialistes d’Igor Dodon, qui a axé sa campagne sur sa proximité avec Vladimir Poutine.

L’absence de conséquences concrètes dans la vie quotidienne du citoyen suite au rapprochement de la Moldavie avec l’Union Européenne constitue un début d’explication du résultat très mitigé constaté en faveur de la majorité sortante.

Quant à l’avenir, quelle que soit la solution que les Moldaves sauront se donner, il semble opportun de ne pas considérer qu’elle se trouve dans une adhésion franche en faveur soit de la communauté économique eurasiatique, soit de l’Union Européenne. La situation géographique de la Moldavie en ferait un état intermédiaire, ouvert de façon équilibrée sur l’un et l’autre ensemble, sachant que c’est au pays et à lui seul de tracer sa voie.

Il a bien été toutefois souligné dans l’assistance combien la propagande russe, via les médias russophones, était dominante et imprégnait l’état d’esprit de nombreux Moldaves, ce qui doit inciter l’UE à rester vigilant et actif. Mais a été aussi souligné combien la classe politique moldave était peu considérée par une grande partie de la population compte tenu d’une corruption endémique, classe politique parfois même ignorée : ainsi a-t-il été indiqué que certaines personnes ne savaient pas même le nom du Président de la République …

Débat riche en tout cas, avec des interventions de haut niveau de la part de Florent Parmentier et de Iulia Badea-Guérité, grâce à l’arbitrage attentif et compétent de Sandrine Treiner, qui put susciter des propos pertinents en provenance de la salle, dont ceux particulièrement éclairants de Madame Durrieu.

Le 14 janvier 2015