« On ne reste pas indifférent á la Moldavie et on finit inmanquablement par s’éprendre de ses habitants, ses paysages et tous ses petits aspects de la vie quotidienne. »

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Entretien avec Marion Roussey, ancienne stagiaire au Centre Indépendant de Journalisme de Moldavie dans le cadre du Service de Volontariat Européen

Marion Roussey
Marion Roussey

Chère Marion, voici que trois mois ont déjà passé depuis que vous avez quitté la Moldavie. Je me souviens des larmes dans vos yeux lors de notre dernière rencontre. Quels sentiments vous éveillent maintenant les souvenirs de la Moldavie ?

Beaucoup de choses se sont passées en effet depuis mon départ. J’ai changé de pays et de continent et il m’a fallu commencer une nouvelle vie, rangeant dans un coin de ma tête celle que j’avais créée en Moldavie. Mais les souvenirs restent très présents. La mémoire est une machine formidable, car elle immortalise certains événements pourtant accomplis et permet de faire le lien entre le passé, le présent et le futur, donnant ainsi une certaine cohérence aux choses que nous entreprennons.

Je repense souvent à la Moldavie. Ce sont des images, des sensations ou des émotions qui rejaillissent parfois sans que je les contrôle et éveillent en moi deux sentiments forts et opposés : de la tristesse d’une part, liée au manque, mais aussi de la force, une envie de poursuivre, aller de l’avant et entreprendre de nouvelles expériences afin de sentir à nouveau la même énergie que m’avait transmis le pays.

Comment imaginiez-vous la Moldavie avant d’y venir, comment est la Moldavie que vous avez découverte lors de votre séjour et comment est celle de vos souvenirs ?

Peu de gens connaissent réellement la Moldavie en France. Le pays est jeune et l’image qu’en donne la presse est insuffisante ou déformée. Je dirais qu’il y a plusieurs Moldavies. La vision du pays n’est en effet pas la même pour celui qui le voit à distance, celui qui s’y rend seulement pour quelques jours de tourisme et celui qui souhaite s’y installer pour une durée plus ou moins longue.

Pour ma part, j’ai d’abord eu beaucoup de mal à m’intégrer. Certains aspects de la culture et de la mentalité apparaissent très différents de la France ou de l’Europe de l’Ouest. Passé le choc culturel, il m’a fallu franchir la barrière de la langue, tisser des liens et multiplier les relations, m’armer de patience et accepter que l’intégration ne suive pas une courbe ascendante et constamment linéaire. Mais ce que je découvrais autour de moi ne cessait de me fasciner, de m’inciter à en apprendre davantage. J’ai eu la chance de rencontrer sur mon chemin des personnes qui m’ont fait aimer le pays en me le montrant tel qu’il était et non tel qu’il fallait le voir, en me considérant telle que j’étais et non d’où je venais. C’est cette image que je retiens de la Moldavie : celle d’un pays incroyablement intéressant et riche culturellement, qui nécessite du temps pour le découvrir mais qui ne laisse pas indifférent.

Qu’avez-vous aimé le plus dans notre pays et qu’est-ce qui vous a déplu ?

La Moldavie est un pays fascinant, de par son histoire et sa situation géopolitique actuelle. D’apparence désordonnée, la société révèle en réalité un mélange entre deux cultures radicalement différentes qui se croisent et s’entrechoquent sans cesse, donnant au pays toute sa singularité et sa richesse. On ne reste pas indifférent á la Moldavie et on finit inmanquablement par s’éprendre de ses habitants, ses paysages et tous ses petits aspects de la vie quotidienne. Ce qui nous surprend au début est ce qui nous manquera le plus à la fin.

Pourquoi aviez-vous opté pour ce stage en Moldavie : qu’est-ce qui vous a fait choisir cette destination ?

Je cherchais à effectuer un stage professionnel dans le domaine du journalisme. Ayant entendu parler du SVE, j’ai postulé à une annonce pour un stage au sein du Centre Indépendant de Journalisme à Chisinau. Je ne connaissais alors pas la Moldavie et c’est justement pour cela que je souhaitais venir : animée de l’envie de découvrir un pays inconnu, différent et formant la frontière entre l’Europe de l’Est et la Russie.

Ce stage, a-t-il répondu à vos attentes ?

Ce stage a été la base de mon expérience, le support permettant à de multiples portes de s’ouvrir ensuite. J’étais intégrée au sein d’une équipe de travail, agissant auprès des diverses structures journalistiques du pays. J’ai pu participer à l’organisation et au déroulement de conférences de presse, mise en contact avec des acteurs politiques, économiques et sociaux, ce qui m’a permis d’avoir rapidement un regard en profondeur du pays. Ce stage m’a aussi permis de découvrir le métier que je souhaitais réellement faire, ce qui m’apparait comme la chose la plus essentielle car c’est bien souvent ce que l’on recherche le plus en fin de compte : savoir où l’on va.

Quels seraient vos conseils aux futurs stagiaires qui s’apprêtent à venir en Moldavie ?

La Moldavie est un pays en pleine transformation et beaucoup d’initiatives fleurissent et méritent d’être soutenues. Or certains projets ne sont pas suivis et se retrouvent rapidement abandonnés. Le stagiaire venant en Moldavie doit donc s’assurer que son projet soit viable et effectif, afin d’avoir réllement le sentiment d’être utile et d’évoluer. Une fois sur place, il faut essayer de vivre les choses au présent, d’accepter l’expérience comme elle vient, sans chercher à tout contrôler. J’ai mis du temps au début à me laisser aller et je l’ai regretté ensuite car j’ai fini par comprendre cela peu de temps avant mon départ. Six mois sont définitivement trop courts pour apprécier vraiment une expérience car c’est seulement lorsqu’on se rend compte de tout ce qu’on a aquis, qu’il faut déjà dire au revoir et partir.

Que faites-vous maintenant et quels sont vos projets d’avenir ? La Moldavie, s-y retrouve-t-elle ?

Je poursuis mes études de sciences politiques et je suis actuellement en échange universitaire en Argentine. C’est un pays à nouveau très différent et je commence seulement à en cerner les contours. J’ai du mettre mes rêves de journalisme de côté temporairement mais je sais que j’y reviendrai. La Moldavie sera alors l’un des premiers pays dans lequel je retournerai à mon retour en Europe !

Merci, Marion. Je profite aussi de cette occasion afin de vous remercier pour vos articles pertinents rédigés pour notre portail. Bonne chance pour tous vos projets !

Juin 2012