Serge Bellini : « Il y a un réel potentiel ici, en Moldavie. Il y a tellement de choses à faire, dans de bonnes, voire très bonnes conditions. »

Interview avec Monsieur Serge Bellini, Directeur d’ACELF (Agence de Conseil pour l’Education et la Langue Française), ancien directeur de l’antenne de Chisinau de l’Agence Universitaire de la Francophonie (2008-2010)

Serge Bellini
Serge Bellini

Interview par Liliana Anghel réalisée pour le portail www.moldavie.fr

  • Monsieur Bellini, vous-êtes ancien directeur de l’antenne de Chisinau de l’Agence Universitaire de la Francophonie. Décrivez en bref votre parcours professionnel qui a précédé la désignation dans cette fonction.

Serge Bellini  : D’abord, j’étais responsable de l’AUF jusqu’en novembre de l’année dernière. Avant, pour résumer brièvement, c’est 20 années passées en Europe Centrale et Orientale dans des postes diplomatiques, donc toujours au service de la coopération linguistique et éducative universitaire. J’ai commencé en URSS, après - la Russie, la Bulgarie et la Pologne. Je suis quand même rentré en France ou j’ai dirigé un cabinet de conseil. Puis, je suis reparti en Ukraine et enfin je suis arrivé en Moldavie pour l’AUF, cette fois-ci.

  • Etes-vous devenu responsable de l’antenne de Chisinau de l’AUF suite à un choix professionnel fait par vous-même ou d’autres circonstances vous y ont amené ?

Serge Bellini  : Non, c’était un choix professionnel, il y avait un appel d’offres pour ce poste, j’ai répondu et j’ai été sélectionné. Moi, ça m’intéressait de découvrir encore un pays d’Europe Centrale que je ne connaissais pas. Et je ne connaissais pas la Moldavie avant d’y venir, si ce n’est qu’à travers mon parcours professionnel. J’avais une représentation de la Moldavie, de la Moldavie de l’époque socialiste et de la Moldavie contemporaine parce que j’ai eu des amis en poste ici avant moi.

  • Que saviez-vous de la Moldavie avant d’y arriver ? Avez-vous eu besoin d’une période d’adaptation à la vie en Moldavie et au milieu professionnel de ce pays ?

Serge Bellini  : Non. Non, parce que lorsqu’on travaille, comme je le fais, en Europe Centrale et Orientale, il y a quand même beaucoup de choses communes à ces pays-là, du fait de leur histoire. Le seul fait nouveau pour moi c’est d’être confronté à la langue roumaine.

Maintenant, je ne connais pas très bien le roumain, mais je développe mes compétences en roumain. Ce n’est pas toujours facile à faire parce que le pays est largement bilingue, ou pas bilingue mais plurilingue. Mais c’est vrai que mon roumain progresse. Je comprends l’écrit et l’oral - le roumain de survie.

- Comment votre vision sur la Moldavie et les Moldaves a-t-elle évolué pendant votre séjour dans ce pays ?

Serge Bellini  : Bah, disons que c’est une question un peu difficile. Moi, j’ai beaucoup de plaisir à avoir passé ces deux années en tant que responsable de l’antenne AUF. J’ai rencontré essentiellement des gens de la sphère de l’éducation, des universitaires, des étudiants, des enseignants. J’ai toujours rencontré des personnes très ouvertes, très soucieuses de leur avenir dans un contexte politique, économique et social pas très stable. Même si dans le contexte économique il y a de bonnes opportunités. On perçoit ça une fois qu’on est dans le pays. Donc c’est ce potentiel qui est intéressant. Il y a un réel potentiel ici, en Moldavie. Le fait que je sois aussi ici et que j’essaie de développer une activité professionnelle, c’est aussi une façon de dire aux jeunes moldaves qu’il y a des choses à faire ici, en Moldavie, pas ailleurs. L’AUF forme régulièrement des jeunes. La plupart reviennent quand même. Ils travaillent ici. Il y a tellement de choses à faire là, dans de bonnes, voire très bonnes conditions. C’est vrai, quand on voit qu’un Français enregistre une société on le regarde avec des yeux : qu’est qu’il va faire là, le pauvre ! C’est un nouveau challenge.

Serge Bellini et Jean-Jacques Combarel, Président de l'Association « Les Moldaviens »
Serge Bellini et Jean-Jacques Combarel, Président de l’Association « Les Moldaviens »

- La francophonie est conçue comme un atout pour la Moldavie, y compris pour la réalisation de son aspiration d’intégration européenne. Partagez-vous une telle opinion ?

Serge Bellini  : De toute manière, ça ne peut être qu’un atout, ça ne peut pas être un désavantage. Le seul souci est de mettre en avant les atouts de la Moldavie, tous les atouts de la Moldavie. C’est ça le problème du pays et des Moldaves. Malgré les efforts d’individus, et votre association c’est un exemple, il y a d’autres associations qui ont aussi ce mérite de mettre en valeur la Moldavie, mais je trouve que les Moldaves et la Moldavie ne font pas suffisamment. Ça c’est un peu dommage. Tout le monde le dit : lorsqu’on parle en France de la Moldavie, ceux qui ne sont pas de près et de loin concernés par cette zone géographique, ils n’ont pas une représentation de ce pays ou ont une mauvaise représentation. Ce sont les médias qui font cette représentation. Quand on va faire des focus sur tous les pays, on va mettre en exergue les points noirs, les difficultés. On ne mettra jamais en exergue les aspects positifs. Ça c’est le monde du journalisme.

  • La fin de votre mission en Moldavie marque-t-elle la fin de votre lien avec ce pays ?

Serge Bell ini : Non. A la fin de ma mission, je suis rentré en France. Mais, comme je ne suis pas quelqu’un qui reste passif dans mon fauteuil de chez moi, j’ai décidé de voir s’il y a encore des choses à faire avec nos amis moldaves, parce qu’il y a un gros potentiel ici, en Moldavie. Je suis revenu parce qu’il y a des demandes qui ne sont pas satisfaites. Je réfléchis à mettre mes compétences de conseilleur, de formateur au service de formations, que ce soit de la formation d’enseignant, mais aussi développer des plans de formation pour les entreprises qui souhaitent mettre en place des stratégies de formation de leur personnel.

Et puis, j’essaie de développer une activité de diffusion pour les professionnels du livre et de la presse francophone. Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’endroits en Moldavie où l’on trouve du livre en français. Il y a la librairie francophone, Caligrama - c’est le seul point de vente, dans d’autres librairies on va trouver un ou deux livres en français qui trainent, mais il n’y a pas un volume important.

Si on veut que la langue française continue à être diffusée dans le pays, à avoir des lecteurs, à avoir des jeunes qui s’y intéressent, il faut qu’ils soient exposés à la langue. Le seul lieu d’exposition à la langue, c’est l’Alliance Française. Maintenant, il y a aussi la Maison des Savoirs, qui commence une activité. Pour un pays qui est très francophone, c’est très-très insuffisant.

J’ai passé un accord avec Unipresse, une association française qui diffuse la presse française à l’étranger. On va mettre en place une dynamique. On ne va pas vendre au numéro, mais à l’abonnement, en passant par ACELF (Agence de conseil pour l’éducation et la langue française), le cabinet que j’ai créé. C’est un cabinet virtuel. L’idée est de me positionner comme intermédiaire, comme un pont entre le monde francophone et la Moldavie, et vice-versa. Un pont qui fonctionne dans les deux sens. Au niveau de la diffusion - diffuser du livre en français, mais faire connaître aussi des auteurs moldaves de langue roumaine, de langue russe et votre patrimoine culturel qui existe, vous en avez un. Faire traduire des auteurs et des livres qui en valent la peine.

Surtout, à travers de l’activité de cette agence, emmener les jeunes Moldaves et les moins jeunes à penser aux métiers qui manquent encore dans votre pays. En Europe et en France, quand on développe une activité, on cherche une niche. Le marché est tellement pris qu’on doit trouver une niche pour rentrer et développer sont activité. Ici ce n’est pas de niches qu’on a, ce sont des garages.

  • Merci, M. Bellini, pour cette interview.