Retour de Chisinau

Article de Gilles Ribardière

Cela faisait plus de 2 ans que je n’avais pas revu la Moldavie et sa capitale. Je voulais mesurer le chemin que le pays avait pu parcourir pendant cette période, sentir un peu l’atmosphère liée à la situation actuelle dans l’Ukraine voisine et l’effet sur les esprits de la perspective de la signature à venir de l’Accord d’Association avec l’UE, précédée de la libéralisation du régime des visas devenue enfin réalité fin avril. C’était aussi pour moi l’occasion de rencontrer pour la première fois certains de nos rédacteurs et rédactrices qui durant plusieurs années ont nourri notre www.moldavie.fr et tenter d’en retrouver de nouveaux.

En compagnie de deux rédactrices de notre portail - Liliana, à gauche, et Rodica, à droite
En compagnie de deux rédactrices de notre portail - Liliana, à gauche, et Rodica, à droite

Bien sûr dans les jours qui viennent je donnerai des articles thématiques. Aujourd’hui, une journée après mon retour, je me contente d’exprimer une impression générale et surtout de remercier avec force tous ceux qui m’ont aidé pour permettre à ce séjour d’être particulièrement marquant. Par leur prénom, ils se reconnaîtront : Adriana, Angie, Cristina (elles étaient 3 !), Doina, Emilian, Felicia, Irina, Lilia, Mihaela, Nadejda, Olga, Petru, Rodica, Roman, Rozalina, Victor, Violeta. Je respecte leur anonymat ; certains cependant seront nommés dans les articles thématiques compte tenu de leur rôle officiel qui peut être dévoilé. Mais que toutes et tous trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude et amitié.

A première vue, les évolutions dans le pays semblent lentes : les infrastructures routières restent mauvaises, sauf quelques grands axes dont les travaux sont financés, par exemple, par des fonds nord américains, à savoir la Millennium Challenge Corporation qui est une agence indépendante ayant pour objectif de réduire la pauvreté dans le monde ; à Chisinau, j’ai constaté peu ou pas de chantiers en vue d’améliorer l’habitat. En revanche, il y a une légère amélioration du confort des transports publics du fait de la mise en circulation de nouveaux trolleys reconnaissables à leur couleur bleue, alors que les anciens ont gardé leur couleur rouge.

Les points de vue des personnalités que j’ai pu interroger sont négatifs sur la question de la corruption… A les entendre on pourrait même penser que ce fléau s’est aggravé avec une justice qui ne se transforme pas, car les hommes ne changent pas, que les délits ne sont pas sanctionnés.

Quant au pouvoir d’achat, il semble avoir baissé, et par exemple les contrats de travail que certains avaient pu signer sur la base de salaires en Euros ont été largement amputés, les parités ayant fortement varié au détriment de la monnaie locale.

Trouve-t-on des raisons d’espérer malgré tout ?.. Ce n’est sans doute pas évident. Certes, la libéralisation du régime des visas est vue positivement par une large frange de la population, sachant que les candidats à la libre circulation dans l’Union Européenne avaient souvent largement anticipé l’assouplissement des règles en obtenant un passeport roumain. Quant à la signature prochaine de l’Accord d’Association, il n’est pas certain qu’il donnera des effets positifs sur le quotidien de la population dans l’immédiat, avec le risque supplémentaire de la manifestation de l’irritation de la Russie ; on voit se qui se passe en Ukraine !

Une conséquence possible peut être le retour en force au pouvoir du Parti des Communistes suite aux élections de novembre prochain… Mais les choses ne sont pas si simples, car le paysage politique est particulièrement mouvant, avec une addition de crises au sein de partis se traduisant par des dissidences qui ne permettent pas de voir très clair.

Mes propos sont donc plutôt pessimistes. Toutefois, au cours des articles à venir, je pense pouvoir donner des raisons d’espérer pour un avenir meilleur du pays malgré notamment la crise ukrainienne et ses retombées en Moldavie, car il y a de nombreux jeunes pleins de talents qui ont un attachement évident à leur pays et s’engagent à participer à sa transformation.

Parmi les élèves du village de Casunca
Parmi les élèves du village de Casunca

Je n’oublie pas non plus que les Moldaves sont courageux au travail, ont le sens de la solidarité et de l’ingéniosité dans l’adversité, et que malgré tout, les autorités actuelles sont parvenues à faire en sorte que le pays soit considéré comme étant le meilleur élève parmi les candidats à l’Accord d’Association avec l’UE.

Et puis il y a ce don précieux, celui de l’hospitalité dont j’ai été un heureux bénéficiaire…

Le 24 mai 2014