L’an1991 : Entre la sortie de l’URSS et l’adhésion à la Communauté des Etats Indépendants

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Le coût d’Etat de Moscou qui s’est produit la nuit du 18 au 19 août 1991 a pris par surprise les décideurs politiques de Chişinău. Les autorités du pays ont convoqué deux séances ad-hoc du Parlement, dont la seconde, celle qui a eu lieu le 27 août, s’est soldée par l’adoption de la Déclaration d’Indépendance du pays.

Le 27 août 1991. Action de soutien de la Déclaration d'Indépendance
Le 27 août 1991. Action de soutien de la Déclaration d’Indépendance

La période finale du processus d’écroulement de l’URSS, y compris l’année quand la Moldavie a déclaré son indépendance, a été marquée par la crise économique profonde, le déficit de tout genre de produits, la majoration galopante des prix et la spéculation. Il fallait faire la queue de longues heures à l’entrée dans les magasins et les réserves de carburants étaient extrêmement limitées, raison pour laquelle le transport public stagnait périodiquement.

Au début du mois de juin 1991, le journal gouvernemental „Moldova Suverană” citait le Président de l’époque Mircea Snegur qui avait déclaré que « l’économie du pays s’approchait de plus en plus du seuil d’une catastrophe ».

La réforme administrative, la loi sur la citoyenneté et la privatisation ont été, lors de l’année en question, les sujets soumis aux plus intenses débats au sein du Parlement. Des versions « de compromis » de la loi sur la réforme administrative et de celle sur la citoyenneté ont été adoptées avant même la déclaration de l’indépendance. En ce qui la réforme administrative, sa première phase était censée remettre en place l’ancienne division du pays en communes et judets et la réduction de l’appareil administratif, trop nombreux et inefficace. Toutefois, vu que certains députés du camp des conservateurs communistes craignaient la disparition du « modèle de la démocratie soviétique », on n’a réussi qu’à redénommer les anciennes institutions – les soviets des villages en mairies et les soviets des districts - en conseils de districts.

L'an 1991 vu par un des journaux paru à Chisinau
L’an 1991 vu par un des journaux paru à Chisinau

En ce qui concerne la question de la citoyenneté, il a été un peu plus facile de trouver le dénominateur commun. Bien que les députés du Front Populaire optaient pour la reprise du modèle des Pays Baltes (où la population installée dans ces pays lors de la période 1940-1990 n’a pas eu le droit à la citoyenneté), on a finalement choisi l’ainsi-dite « variante zéro », ce qui voulait dire que toute personne habitant en République de Moldavie à ce moment-là avait le droit à la citoyenneté moldave.

La privatisation et la distribution des terrains agricoles à la population ont été plusieurs fois reportées, de façon que les lois adoptées au bout de plusieurs années de débats n’étaient que des parodies aux réformes nécessaires pour assurer la transition du communisme à l’économie de marché. Ce n’est que vers la fin de l’année qu’a été adopté le concept de la privatisation en vertu duquel chaque citoyen devait recevoir des ainsi-dits « bons de patrimoine » qu’on pourrait ensuite investir dans le capital social de n’importe quelle entreprise. Dans cette formule-là, la privatisation ne voulait pas dire vente ou aliénation de biens.

Referendum et mouvement des troupes

Le 17 mars, un référendum sur la perpétuation de l’URSS a eu lieu sur l’ensemble du territoire de l’Union Soviétique. Le Parlement de la Moldavie avait décidé de le boycotter , toutefois, des bureaux de vote ont été ouverts dans plusieurs localités de la région de l’Est du pays (sur la rive gauche du Dniestr) et dans la région du sud du pays peuplée par une population gagaouze majoritaire. Selon le journal „Literatura şi Arta”, 28% des électeurs ont participé au référendum. A Tiraspol, 97% des participants ont voté pour le maintien de l’URSS.

L’argument invoqué par l’élite politique de Chişinău était, selon le journal gouvernemental „Moldova Suverană”, qu’un tel référendum ne pouvait pas être organisé au niveau de l’Union Soviétique, mais au niveau de républiques soviétiques, car seulement les peoples des Etats concrets jouissent du droit à l’auto-détermination.

„Moldova Suverană” écrivait le 16 mars, à la veille du référendum : « Le 13 mars, des troupes supplémentaires ont stationné dans 15 districts moldaves, conformément à l’ordre du commandant du district militaire d’Odessa, afin de garder des commissariats militaires qui ne couraient aucun danger. Dans les prairies du vieux Codru, dans des endroits cachés le long du Prut, des chars, des blindés et des tentes sont apparus sous le prétexte des exercices militaires qui étaient en fait programmés pour le mois d’août. Ce déploiement de forces semble avoir lieu sans que les autorités moldaves en soient informées. »

Dans ces circonstances-là, les dignitaires moldaves ont pris la décision d’organiser en automne de cette année-là un référendum national concernant le problème de l’indépendance. Le 16 avril, le Soviet Suprême (le Parlement) a adopté une décision concernant les droits des personnes des districts de l’Est de la Moldavie. « Les leaders séparatistes et leurs adeptes continuent leurs activités criminelles », « ils instiguent les citoyens à la non-soumission aux loi de la République Soviétique Socialiste Moldave (RSSM), adoptent des décisions et commettent des actions qui lèsent les droits des citoyens moldaves, admettent la profanation du drapeau d’Etat de la Moldavie »”, font de la pression, du chantage, des menaces et maltraitent les citoyens et « spéculent l’idée de la prétendue roumainisation de la Moldavie et son réunification avec la Roumanie ».

A cette époque-là déjà, les leaders de Tiraspol ont commencé à créer des structures d’Etat parallèles, leur propre banque et budget. L’organe législatif de Chişinău a demandé au Ministère de l’Intérieur, au Comité pour la Sécurité de l’Etat et au Parquet Général d’entreprendre les mesures requises pour assurer l’exécution de la législation de la RSSM sur l’ensemble du pays et de sanctionner les personnes impliquées dans l’établissement des organes anticonstitutionnels.

Au mois de juin, le Président Mircea Snegur a envoyé un télégramme à Mikhaïl Gorbatchiov, se montrant alarmé du fait que des troupes à destination spéciale du Ministère de l’Intérieur de l’URSS continuaient à arriver et à stationner à Bender (Tighina) et Tiraspol, sans informer les autorités moldaves. A cette même période-là, Snegur avait déclaré pour le journal russe „Nezavisimaia gazeta” que « les leaders de la république auto-proclamée de Tiraspol demandent des pourparlers et parlent de quelque fédéralisme ».

D’autre part, le leader séparatiste Igor Smirnov déclarait pour le journal « Molodej Moldovî » que « le peuple de la Transnistrie opte pour la perpétuation de l’URSS ». « Les gens craignent que les Roumains viendront et que les Moldaves deviendront par conséquent des citoyens de deuxième catégorie. Ici, c’est la Russie. Quelle Roumanie  ? », disait Smirnov, tout en reniant que les gardes populaires créées en Transnistrie étaient armées.

« Consolidation de la nomenclature »

Le 22 mai, a été renversé le gouvernement, mais la démission visait en fait surtout le premier ministre, Mircea Druc. „Literatura şi Arta” écrivait que cette démission a eu à son origine les divergences d’opinions concernant les réformes économiques et administratives entre Mircea Druc, d’un côté et, d’autre côté, Mircea Snegur et le groupement des députés agrairiens. D’autres observateurs considéraient que ce fut plutôt une tentative de réorientation des positions - du nationalisme intransigeant vers la consolidation des forces législatives dispersées ou vers la conciliation (un mot que le Président Mircea Snegur aimait répéter).

Les groupements parlementaires conservateurs avaient demandé la démission de Mircea Druc quelques mois plus tôt. Le journal « Sfatul Ţării » écrivait à la veille de la motion de méfiance que la destitution de Druc mènerait vers « la consolidation de la nomenclature, le retour aux anciennes pratiques et à l’autocratie présidentielle qui prend ses racines à Moscou ».

Le 28 mai, a été voté le gouvernement dirigé par Valeriu Muravschi, ancien ministre des finances dans le Cabinet de Mircea Druc.

Le 4 juillet, le premier ministre Valeriu Muravschi a informé le Parlement, lors d’une séance plénière, de sa participation, le 2 juillet, à la réunion du gouvernement de l’URSS, lors de laquelle les participants ont reçu des documents les informant des possibles conséquences que les républiques soviétiques subiraient au cas de refus de signer le Traité de l’URSS. « Pour la Moldavie, les conséquences de nature politique présagées par le premier ministre de l’URSS, V. Pavlov, seront la perte de la Transnistrie et des districts situés dans le sud du pays  », a annoncé Muravschi.

Surpris par le putsch, les députés votent pour l’indépendance

Le putsch de Moscou qui s’est produit la nuit du 18 au 19 août a surpris les décideurs politiques de Chişinău. Les autorités du pays ont annoncé pour le 20 août une action de « soutient de la démocratie ».

Le vote pour l'Indépendance
Le vote pour l’Indépendance

« Le peuple a dit « un « Non » ferme à la dictature », titrait „Literatura şi Arta” le 22 août. Les participants à la réunion (des centaines de milliers de personnes) ont adopté une résolution dans laquelle il été dit que « les forces réactionnaires d’origine communiste s’efforcent à maintenir un régime social et politique qui a fait faillite devant l’histoire ». En même temps, les participants à la réunion demandaient la libération du Président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchiov ; l’adoption urgente par le Parlement de la Déclaration d’Indépendance de la République de Moldavie ; l’interdiction par la loi de l’activité du Parti Communiste de l’URSS sur le territoire de la Moldavie, la nationalisation de ses biens et la suspension de ses publication périodiques.

Selon le journal „Moldova Suverană”, lors de la réunion du 20 août, le Président Mircea Snegur a publiquement remercié aux « équipes de volontaires enthousiastes d’avoir gardé la veille les immeubles stratégiques de la capitale, ainsi que les entrées dans la ville, ne permettant l’accès de la technique militaire dans Chişinău ».

Deux réunions spéciales du Parlement ont eu lieu les jours suivants, la seconde étant consacrée à l’adoption de la Déclaration d’Indépendance.

Sur des barricades, près du Dniestr

Après le coup d’Etat, la décision sur l’interdiction du Parti Communiste a été adoptée et les leaders des mouvements séparatistes de Tiraspol et Comrat ont été arrêtés. En signe de protestation, des groupes de femmes ont bloqué à partir du 2 septembre, le long de plusieurs semaines, la voie ferrée dans les villes de Tighina, Tiraspol et Râbniţa. Des actions de protestation ont aussi eu lieu dans le sud de la Moldavie, à Comrat et Vulcăneşti. Une délégation du Parlement russe a visité la Moldavie, ayant des discussions tant avec les autorités moldaves, qu’avec des représentants de Tiraspol et Tighina. Finalement, des délégations de Chişinău et de Tiraspol ont entamé des négociations, avec la participation des délégués de Moscou, décidant, entre autres, de la mise en liberté du leader séparatiste, Igor Smirnov, et du déblocage de la circulation des trains.

Des femmes protestataires
Des femmes protestataires

Toutefois, des divergences très intenses persistaient encore dans la région de l’Est de la Moldavie entre ceux qui optaient pour la perpétuation de l’URSS et ceux qui demandaient que la législation de la Moldavie soient respectée sur l’ensemble du pays.

Au mois de septembre, il y a eu plusieurs réunions publiques et tentatives des forces paramilitaires d’occuper les sections de la police et les ponts sur le Dniestr près de Dubăsari, Tiraspol et Tighina. Les incidents ont culminé le 13 décembre, quand une opération près du pont de Dubăsari s’est soldée par des morts et des blessés.

La presse de Chişinău a qualifié les mouvements séparatistes de Transnistrie et de Gagaousie de tentatives de perpétuation de l’empire soviétique. « Les peuples de la Moldavie et de la Transnistrie n’ont rien à partager. C’est avec les autorités moldaves que nous avons des divergences sérieuses et de principe. Du point de vue économique, nous ne voulons pas abandonner l’Union Soviétique. Du point de vue politique, nous ne voulons pas qu’on nous approche graduellement, pas à pas, de la Roumanie et qu’on nous inspire l’idée de la réunification inévitable », disait l’ainsi dit président de l’organe législatif de Tiraspol, Grigori Maracuţa, cité le 7 décembre par le journal „Molodej Moldovî”.

Le 8 décembre, en Moldavie ont eu lieu des élections présidentielles avec un seul candidat - Mircea Snegur. Malgré les nombreuses tentatives d’empêcher le déroulement des élections en Transnistrie, plus de la moitié de la population des districts de l’Est de la Moldavie y ont participé.

La fin de l’année a été marquée par l’adhésion de la Moldavie à la Communauté des Etats Indépendants, considérée par un grand nombre de Moldaves comme une nouvelle formule de l’URSS. Le Front Populaire a qualifié cette adhésion de « trahison » et a déclenché une vague de protestations. D’autre part, le Président Mircea Snegur argumentait qu’il ne s’agissait que d’une organisation économique. « Il faut être réalistes et, en même temps, continuer à trouver d’autres solutions pour nous intégrer dans d’autres communautés . (…) Les unionistes, voient-ils d’autres voies ?! Ou bien veulent –ils nous réunir avec trois districts ?!”, a déclaré Mircea Snegur.

D’après un article de Valentina Basiul publié sur http://www.europalibera.org/a/27888576.html

Le 17 août 2016