La Transnistrie – larme de la Moldavie

Le 2 mars a été décrété en Moldavie jour de commémoration des victimes du conflit armé pour la défense de l’intégrité et de l’indépendance de la Moldavie (1991-1992).

Des dissensions entre le pouvoir constitutionnel de Chisinau et les leaders séparatistes de Tiraspol sont apparues juste après la proclamation le 2 septembre 1990 de l’indépendance de l’ainsi-dite république moldave nistrienne. En décembre 1991, les séparatistes ont fait les premières provocations qui se sont soldées par la perte de vies humaines.

Le 2 mars 1992, a éclaté le conflit armé de Transnistrie. C’est ce jour-là que les forces paramilitaires de Transnistrie ont pris d’assaut le commissariat de police de la ville de Dubasari, l’incident ayant fait de nombreuses victimes humaines. Cet incident a marqué le début du conflit armé lors duquel les séparatistes ont été visiblement soutenus par la 14e armée russe stationnée en Transnistrie. Ce jour-là, lorsque des combats sanglants étaient menés dans la ville de Dubasari entre les policiers moldaves et les bandits séparatistes, la Moldavie a reçu le statut officiel de membre à part entière de l’ONU

Après ce conflit, les autorités constitutionnelles de la Moldavie ont perdu le contrôle sur les districts de Camenca, Dubasari, Grigoriopol, Rybnitsa, Slobozia et la ville de Tiraspol, situés sur la rive gauche du Nistru, ainsi que sur la ville de Tighina et deux villages qui se trouvent sur la rive droite du fleuve. Il n’y a que quelques localités de Transnistrie qui sont restées loyales au gouvernement de Chisinau.

Il y a plusieurs visions sur ce conflit, mais l’opinion le plus souvent véhiculée est que le conflit a été tramé par Moscou. Selon le premier Président de la Moldavie, Mircea Snegur, « cette guerre a été ourdie par le Kremlin et provoquée par certains cercles politiques de Moscou bien soutenus politiquement, moralement et matériellement. Le 19 mai 1992, la 14e armée russe s’est directement impliquée dans le conflit armé et c’est alors que nous avons dit à haute voix que la Moldavie faisait guerre avec la Russie. Nous la qualifions donc de guerre moldavo-russe. »

Cette position est partagée par le premier ministre de l’époque, Valeriu Muravschi. « Je ne crois pas que si nous avions pris des mesures, la situation aurait changé. En disant cela, je pense à une chose qui, avec le temps, devenait de plus en plus évidente : l’intérêt géopolitique de la Russie pour cette région de la Moldavie était considérable et le temps l’a prouvé. » Selon l’ex-premier-ministre, il a été impossible d’éviter le différend car, tandis que la Moldavie aspirait à son indépendance, sa région nistrienne avec une population russe majoritaire dominée par l’idéologie communiste, souhaitait le retour dans l’ancienne URSS.

Dans l’optique de Valeriu Muravschi, l’aplanissement de ce conflit dépend de deux facteurs majeurs : (1) la volonté politique des grands acteurs de ce monde – les Etats-Unis, l’UE et la Russie et (2) les réformes sociales-politiques et économiques promues en Moldavie. « Si le niveau de vie était meilleur en Moldavie, si les citoyens moldaves jouissaient de plus de garanties et de libertés, il aurait peut-être été possible de rapprocher les deux rives du Nistru », a dit Valeriu Muravschi qui considère que pour que des changements positifs se produisent, il faut que la vie sur la rive droite du Nistru soit attractive pour la population de la rive gauche.

Le conflit transnistrien est un conflit entre le projet d’édification de l’état moldave et les intérêts politiques de la Russie”, considère l’expert dans le problème nistrien, Oazu Nantoi. Dans son optique, ce conflit est le résultat de la politique barbare menée après 1940 par le pouvoir soviétique par rapport à la population de la République Soviétique Socialiste Moldave.. „Quand la liberté nous est tombée sur la tête, nous nous sommes avérés incapables de nous autogouverner par le biais des instruments de l’état de droit et de la démocratie”, dit Oazu Nantoi qui considère que le problème nistrien n’est plus au centre de l’opinion publique, se trouvant même à sa périphérie.

Oazu Nantoi croit que les négociations menées entre Chişinău et Tiraspol ces 18 derniers ans, après la fin du conflit armé, sont un nonsense. „Avec qui négocions-nous ? Avec Igor Smirnov, le criminel qui depuis 20 ans s’oppose au règlement de ce conflit ?” L’expert considère qu’il faut miser sur des projets sociaux destinés à la population de la région de l’est de la Moldavie censés éroder le régime séparatiste. „ Les gens commenceront à communiquer entre eux sans être contrôlés par les autorités de Tiraspol. Que doit-il se passer pour que le problème soit résolu ? Il faut ne pas avoir honte de ce qui se passe sur la rive droite du Nistru”, croit Oazu Nantoi.

Ştefan Urâtu, conseiller présidentiel, ancien président du Comité Helsinki pour les droits de l’homme de Moldavie, considère que le conflit armé de Transnistrie a été engendré par deux facteurs : la classe politique de l’époque (1) n’était pas prête à faire résistance à la Russie et (2) n’a pas accordé l’attention requise à la « cinquième colonne ».

En mars 1992, le jeune état moldave était incapable de s’opposer aux tendances expansionnistes que ce géant qui est la Russie manifestait et continue toujours à manifester. L’erreur commise par les politiciens moldave de l’époque a été de ne pas avoir détecté les spéculations auxquelles la population de la rive gauche du Nistru était soumise. Il est important que la Moldavie insiste sur le fait que le problème transnistrien n’est pas ethnique et que ce n’est pas un conflit interne. Même si les ponts de liaison entre les deux rives se ruinent à cause des postes douaniers artificiels, les cœurs des gens simples de tous les deux rives du Nistru battent à l’unisson », affirme Ştefan Urâtu.

On a fait tout le possible pour éviter la guerre sur le Nistru, mais les forces pro-impériales russes ont souhaité l’agenouillement de la Moldavie”, a déclaré le ministre de l’intérieur, Victor Catan, qui détenait à l’époque de la guerre de Transnistrie la fonction de vice-ministre de l’intérieur. « Le Président Mircea Snegur, ainsi que le Président du Parlement, Alexandru Mosanu, ont fait des efforts importants pour que ce conflit n’éclate pas. Mais des forces hostiles ont organisé cette guerre pour s’emparer d’une partie du territoire moldave et pour nous faire renoncer à notre langue et à l’indépendance », a dit Victor Catan.

C’est le Président russe, Boris Eltsine, qui a ordonné le cessez-le-feu. Qu’est-ce que ça veut dire ? Etait cette guerre-là menée seulement par les séparatistes ou par la Russie ?”, se demande Victro Catan.

Environ 30 mille personnes ont pris part aux actions armées de 1992, y compris 3 402 policiers, le reste étant des volontaires, c’est à dire des civils qui ont volontairement lutté pour l’intégrité territoriale de leur pays. Le bilan triste du conflit de Transnistrie est de presque 300 morts et plus 300 invalides.

18 ans après le conflit armé de Transnistrie, les vétérans de ce conflit, qu’ils appellent guerre, se souviennent avec douleur de ce temps-là. Ils se souviennent avoir lutté dans des conditions inégales, avec peu d’armes et d’effectifs contre la 14e armée russe. Ils se souviennent également que des mères avec leurs enfants, ainsi que le feu poète Grigore Vieru les avaient visités dans les tranchées pour les encourager à lutter pour leur peuple.

Photos par Tudor Iovu

Le 2 mars 2010