Olivier Prado, directeur général de Judirec (Moldavie). Mars 2006

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« La prochaine destination des investisseurs francophones en Europe Centrale »

1) Olivier Prado, vous avez fait le choix de vous implanter en Moldavie. Quels sont les avantages économiques qui vous y ont conduit ?

Mon partenaire français, qui est une société française d’Aix-en-Provence, souhaitait créer un centre d’appels en Roumanie et le hasard a voulu que nous nous rencontrions et que nous décidions de créer ensemble JUDIREC (www.judirec.md) qui est le premier centre d’appels installé en République de Moldavie.

Bien entendu, le niveau des salaires a en quelque sorte été à la base du projet, mais il est clair que le fait de pouvoir piloter le projet avec une personne se trouvant sur place et connaissant le pays a décidé cette entreprise française à s’établir en Moldavie. Pour ma part, j’ai découvert la Moldavie grâce a mon épouse qui est Moldave et le pari d’y créer une entreprise nous a plu.

2) Quelles sont, d’après vous, les points forts et les points faibles du pays ?

Pour ce qui est des points forts, sans aucun doute pour les entreprises intéressées de s’y implanter le niveau des salaires mais aussi le fait d’y trouver une main d’œuvre de qualité. En effet, il est intéressant de noter que la plupart des gens ont le bac et beaucoup vont à l’Université. Les gens qui travaillent chez JUDIREC sont tous et toutes bac+4 et bac+5 et quadrilingues parfaits.

Les pouvoirs publics font un gros effort pour améliorer le climat des affaires et attirer les investisseurs, tant au niveau administratifs qu’au niveau fiscal.

Et puis, la capitale Chisinau, est très proche des grandes capitales européennes et les gens qui y viennent sont en général très étonnés de la qualité de la vie et de la gentillesse des Moldaves. A noter également que sa position centrale entre l’UE et l’Ukraine et la Russie est également un atout.

Cote négatif, il reste encore des progrès à faire pour rassurer les investisseurs potentiels en allant plus loin dans l’amélioration de la législation et la simplification administrative en général et il faut être conscient que la corruption n’a pas encore complètement disparue même s’il ne faut pas exagérer par rapport a cette question. Il faut admettre qu’il n’est pas toujours facile de se débrouiller si on est pas aidé et guidé dans son projet.

Néanmoins, la volonté affichée du gouvernement communiste en place d’intégrer l’UE et le support de celle-ci à ce pays qui deviendra en 2007 la nouvelle frontière de l’UE, devraient rendre ce processus inéluctable à défaut d’être rapide.

3) Quelles opportunités d’affaire voyez-vous pour les entreprises francophones en Moldavie ?

Parmi les difficultés non citées ci-dessus, il y a l’étroitesse du marché intérieur qui explique sans doute que, pour l’instant, la Moldavie intéresse relativement peu les grands groupes déjà implantés en Roumanie dans les secteurs de la grande distribution, des banques et assurance…

Pour ma part, je crois que le développement va s’accélérer. En effet, la Roumanie risque de souffrir de son entrée dans l’UE et les salaires vont certainement y augmenter rapidement. La hausse est déjà sensible car les investissements étrangers y sont importants, ce qui n’est pas du tout le cas en Moldavie.

Les secteurs qui devraient être intéressants pour les entreprises francophones sont ceux de l’agro-alimentaire (vin, noix, fruits…), de la petite transformation ou le facteur main d’œuvre est essentiel et les services pour les raisons expliquées ci-dessus et je pense en particulier aux centres d’appels, au secteur informatique, a la sous-traitance…

Je crois sincèrement que la Moldavie sera la prochaine destination pour certains investisseurs francophones en Europe.

Propos recueillis par Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr