Andreas Johansson, doctorant en science politique à l’université de Södetörn, école de la Baltique et de l’Europe de l’Est. Janvier 2006

1) Andreas Johansson, vous êtes le spécialiste suédois de la démocratisation et des questions ethniques de la Moldavie. Comment vous-êtes vous intéressé à la Moldavie ?

Comme beaucoup d’autre chose dans la vie, mon intérêt pour la Moldavie a commencé par une coïncidence. En 1999, j’avais juste commencé un cours de Sociologie à l’université quand une lettre d’un des professeurs de l’institution a circulé. C’était une invitation pour quatre étudiants à venir participer à un programme d’échange avec la Moldavie. De façon intéressante, nous étions seulement quatre à répondre à l’appel, et je me suis soudain retrouvé à Chisinau en novembre 1999.

Inutile de dire qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour être intrigué par la Moldavie et les Moldaves, sa société et son histoire agitée. Ainsi, au lieu d’écrire une thèse sur les reportages de la presse du conflit kosovar, je suis devenu le coauteur d’un texte sur les valeurs de la famille en Moldavie, qui était le sujet d’étude du voyage. Après un autre voyage en Moldavie au printemps de 2000, afin de recueillir le matériel pour ma thèse de mastère sur la démocratisation et les conflits dans l’espace post-soviétique, j’avais l’occasion de faire une demande auprès de l’Université de Södertörn (au sud de Stockholm), qui est spécialisée dans l’étude de la Baltique et de l’Europe de l’Est. Et j’y suis toujours.

2) Comment évaluez-vous l’actuelle question ethnique en Moldavie ? Est-ce toujours un problème majeur comme lors des premières années de l’indépendance ?

Pour commencer, je ne pense pas que le terme « problème » soit encore adéquat pour définir la situation actuelle. Parlons plutôt de l’ethnicité ou des problèmes ethniques en général. Il est vrai que certains des conflits au début des années 1990 avaient des traits ethniques, par exemple en Gagauzie et en Transnistrie (même si, plus encore pour le dernier, ces conflits reposent bien plus sur des facteurs politiques et économiques qu’ethniques), mais depuis nous n’avons observé que très peu de signes de conflits interethniques en Moldavie.

La relation entre la majorité et les minorités n’est pas du tout comparable à celle des Etats Baltes et, à ma connaissance, la seule vraie voix de protestation, même au niveau international, est entendue à Tiraspol qui traite de « fascistes » la moitié ouest du pays. Ces problèmes sont trop longs et complexes pour être convenablement développés ici, mais on a pu observer un exemple de tensions ethniques suite de la victoire des Communistes aux élections parlementaires de 2001. En effet, le Parti Communiste a tenté de changer le modèle éducatif en passant de « l’histoire des Roumains » à « l’histoire des Moldaves », ce qui a provoqué de grandes manifestations. Les Chrétiens-Démocrates se sont vigoureusement opposés aux changements proposés, la crise s’étalant sur plusieurs semaines.

A ce point spécifique, il est devenu clair pour tout le monde que la question d’identité n’était pas encore totalement résolue. On peut dire aujourd’hui que le gouvernement et l’opposition ont consenti à un cessez-le-feu silencieux. Personne n’est vraiment prêt à reprendre la discussion sur ce sujet, probablement parce qu’on estime que d’autres problèmes sont actuellement plus importants. Je pense, cependant, que dans quelque temps les discussions pourraient recommencer, sans doute dans un autre contexte, tel qu’une adhésion possible à l’Union Européenne.

3) Comment voyez-vous les prochaines années pour la Moldavie ?

Voici une grande question, plus encore que la précédente, et toujours périlleuse à traiter ! En général, je suis optimiste. La Moldavie a une population instruite, il y a un nouvel intérêt dans le pays de principalement l’Union Européenne, et il y a des signes tangibles d’une amélioration économique.

Cependant, pour nuancer cet optimisme, nous avons un poids très fort des versements de l’extérieur, une grande dette internationale, amenée par de mauvaises conditions de prêt pendant les années 1990, et une orientation trop étroite vers les marchés de l’est. Nous avons besoin de nous poser la question suivante : que pourrait-il arriver si l’argent de la diaspora, pour quelque raison que ce soit, cessait d’affluer ? Et pour ce qui est de la dépendance économique envers la Russie, l’actualité fournit un bon exemple. La Russie a clairement commencé à utiliser de l’énergie comme un levier politique contre les déviants, dans les cas de l’Ukraine comme de la Moldavie. D’une manière ou d’une autre, ce problème a besoin d’être résolu. En ce qui concerne la dette internationale, cela semble un peu moins obscurcit. La Moldavie a pu renégocier certaines de ses dettes pour en améliorer les termes, qui ce qui contribue à stabiliser la situation.

Par ailleurs, le statut des sécessionnistes de la Transnistrie semble être aussi une source d’inquiétude continuelle, comme nous ne voyons pas de signes de résolution du conflit. Même si l’Union européenne a ses propres problèmes, je crois que dans le cas de Moldavie, le rapprochement avec l’UE serait un grand avantage. Ceci implique que la foi de la Moldavie doit reposer tant sur Chisinau que sur Bruxelles.

Propos recueillis et traduits par Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr