Guy-Pierre Chomette, journaliste indépendant. Janvier 2006.

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« C’est dans un pays comme la Moldavie, peu fréquenté par les voyageurs, que les rencontres avec la population sont les plus fortes. »

1) Guy-Pierre Chomette, vous avez écrit plusieurs articles sur la Moldavie. Comment avez-vous entendu parler de ce pays pour la première fois ?

Disons que je connaissais l’existence de la République socialiste soviétique de Moldavie comme l’une des 15 entités de l’URSS avant la dislocation de celle-ci, et que j’ai suivi (d’assez loin il est vrai) les évènements de 1991 qui ont amené à l’indépendance de la République de Moldavie.

Mais c’est en 1995, lors d’un voyage à caractère humanitaire auquel je participais en Roumanie, que j’en ai concrètement entendu parler. Nous étions en Moldavie roumaine, à Popricani, un village situé entre Iasi et la frontière roumaino-moldave, accueilli dans une famille moldave dont les branches s’étendent de part et d’autre de la frontière. Je me suis lié d’amitié avec eux et je suis revenu les voir à plusieurs reprises.

Plus tard, lorsque j’ai entrepris de longer la nouvelle frontière orientale de l’Union européenne dans le but de la décrire dans un livre, je suis bien sûr retourné à nouveau à Popricani et j’ai traversé la frontière pour suivre les ramifications de la famille Palimaru à Balti et jusqu’au village de Mandresht, non loin de Balti. En tout, je me suis rendu deux fois en Moldavie.

2) Vous avez parcouru les confins de l’Europe des 25 pour votre grand ouvrage, Lisières d’Europe. Quelle place a la Moldavie dans cette expérience, qu’en avez-vous retenu ?

En termes purement géographiques, la frontière roumaino-moldave fait environ 650 kilomètres, soit près du dixième des 7 000 kilomètres que nous avons parcourus de la mer Egée à la mer de Barents pour réaliser « Lisières d’Europe ».

Bref, ce segment de la nouvelle frontière orientale de l’Union européenne est physiquement important. D’un point de vue géopolitique, je ne vais pas revenir sur l’histoire complexe de la Principauté de Moldavie et des découpages effectués au XXe siècle dans la région, mais il est évident que la frontière roumaino-moldave est un cas tout à fait à part dans l’étude des relations transfrontalières en Europe.

A tel point que les aspects humains liés aux relations transfrontalières sont ici particulièrement sensibles. Par exemple, s’il est vrai que nous avons croisé des familles divisées par la frontière tout au long de notre périple, nous n’en avons jamais rencontrées autant que sur la frontière roumaino-moldave, mettant cruellement en lumière l’absurdité de ce découpage frontalier réalisé au canon il y a soixante ans et dont les gens souffrent encore aujourd’hui.

Par ailleurs, nous avons voyagé sur la frontière roumaino-moldave en juillet 2001, c’est-à-dire au moment où, sous la pression de l’Union européenne, Bucarest a imposé à ses voisins moldaves de se munir d’un passeport pour passer la frontière. A l’époque, cette histoire de passeport était devenue le sujet de discussion et la préoccupation numéro 1 des Moldaves, et on le comprend ! Je me souviens avoir ressenti l’implacable mouvement de balancier dont la Moldavie fait les frais depuis les années 1990. Hier, il me fallait encore un visa pour me rendre en Roumanie alors qu’une carte d’identité suffisait aux Moldaves.

Aujourd’hui, mon passeport suffit pour m’y rendre, tout comme les Moldaves qui doivent désormais en présenter un à la douane. Demain, lorsque la Roumanie aura intégré l’Union européenne, une simple carte d’identité me suffira quand un visa sera nécessaire aux Moldaves…

3) Que diriez-vous aux curieux pour les encourager à venir en Moldavie ?

D’abord, le seul fait que ce pays soit largement méconnu suffi personnellement à me motiver pour m’y rendre.

J’essaye de transmettre ce sentiment que c’est justement dans un pays comme la Moldavie, peu fréquenté par les voyageurs, que les rencontres avec la population sont les plus fortes. La curiosité, l’envie d’appendre des uns et des autres sont également partagées !

On ne peut pas voyager en Moldavie sans en rapporter des souvenirs de rencontres humainement très enrichissantes. C’est presque un lieu commun de dire que le sens de l’hospitalité est encore une valeur fondamentale en Europe centrale et orientale. Et la Moldavie n’y échappe pas !

Lisières d'Europe
Lisières d’Europe
Guy-Pierre Chomette, Frédéric Sauterau, Lisières d’Europe : De la mer d’Egée à la mer de Barents, Paris, Autrement, 2004

Propos recueillis par Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr