Natalia Keşcu, une Moldave devenue reine de la Serbie

Comme dans un conte de fées, une descendante d’une famille moldave est devenue reine. Cependant, à la différence de la plupart des contes, le sien eut une fin tragique.

Le père de Natalia, Petre Keşcu, fut officier dans le régiment de hussards Ahtirsky et accéda jusqu’au rang de colonel. Pendant la guerre de Crimée, au cours des combats de Silistra, il fut blessé et évacué à Iassy, en Roumanie où il fut placé chez le trésorier Nicolae Rosetti-Roznovanu. C’est à l’époque qu’il connut Pulcheria (fille de Nicolae Sturdza, petite-fille du voïvode Ioniţă Sturdza) et l’épousa.

Le colonel Keşcu adorait le luxe. Son mariage fut très fastueux. Bien que la cérémonie se passa en été, la mariée fut amenée à l’église dans un traîneau traîné par six cerfs aux cornes dorées. Le traîneau glissait sur une couche épaisse (d’environ un mètre) de sucre qui, après le mariage, fut une source de délices pour les nombreux villageois qui ont assisté à la cérémonie.

Malheureusement, la jeune Pulcheria était malade de tuberculose. Ainsi, après le mariage, le jeune couple partit à Florence où Pulcheria eut la chance de guérir. C’est à Florence que naquirent les progénitures des Keşcu : Natalia, surnommée Dudu, Ion, Marieta (qui fut épousée par le prince Grigore I. Ghica) et Ecaterina.

Pour ce qui est de Natalia, elle semblait être née pour devenir reine. Dès son plus jeune âge, elle affirmait : “Je grandirai et je serai reine”. Mais, malheureusement, une destinée de reine n’est pas toujours comme dans les contes de fées. A l’âge de la maturité, elle reconnaissait : “ La couronne ne m’a pas procuré du bonheur”.

Natalia fut élevée dans un couvent catholique. C’est à Vienne qu’elle se lança dans les cercles mondains où, dès ses premières apparitions, fut remarquée par le prince serbe Milan Obrenovic. Les cancaniers disaient que le prince fut plutôt séduit par la fortune de la jeune fille que par sa beauté. Quelle que soit les vraies prémisses de cette liaison conjugale, il est certes que Natalia devint reine de la Serbie, tandis que le roi consolida ses positions financières.

Les fiançailles eurent lieu à Vienne, tandis que le mariage fut célébré le 17 octobre 1875 dans la cathédrale de Belgrade.

Pendant la cérémonie, lorsque les jeunes mariés suivaient le métropolite, la traîne de la mariée s’est embrouillée à cause d’un servant maladroit, ce qui fut considéré comme un mauvais présage pour la jeune mariée.

Natalia Keşcu devint reine de la Serbie en 1882. Très brillante, elle commença peu après à éclipser même le roi. La rivalité, aux côtés de l’infidélité du roi, causèrent des malentendus sérieux au sein de la famille royale. Ni même la naissance du prince Alexandre en 1876 ne ramena la paix dans leur famille.

A cause des adversités croissantes, en 1887, Natalia et son fils quittèrent la Serbie. Le 12 octobre 1887, le divorce fut confirmé par le métropolite serbe, mais les ennuis ne s’achevèrent pas là. Le 30 juin 1888, à Wiesbaden, le général Frotic kidnappa le prince Alexandre et le ramena en Serbie. Le 22 février 1889, le roi Milan abdiqua son trône, le cédant à son fils mineur Alexandre. Natalia qui se trouvait à l’époque en Russie, partit à Belgrade. En 1890, elle demanda l’annulation du divorce : le Parlement s’y opposa, mais le synode consentit.

La situation était très tendue, une rébellion armée semblait inévitable, mais la nuit du 6 mai 1891 la reine Natalia fut expulsée de la Serbie. En 1893, le roi Alexandre la fit ramener dans le pays, la remit dans ses droits et elle était sur le point de regagner sa position d’autrefois. Mais elle eut à affronter un nouveau coup. Son fils, le roi Alexandre, décéda tragiquement en juillet 1903.

Notons que pendant ses moments difficiles, Natalia Keşcu restait en compagnie de la plume : elle a fait éditer à Paris les “Mémoires de Nathalie, Reine de Serbie », à Saint-Petersbourg - la nouvelle « La mère ». A Chisinau, 24, rue Serghei Lazo, il y a des vestiges du manoir urbain de Natalia Keşcu, appelé également Palais de la Reine. On ne dispose pas de beaucoup de données sur les périodes de séjour de Natalia dans ce manoir, mais on sait qu’il était destiné à servir de refuge pour la reine aux temps durs de sa vie.

Malheureusement, la capitale moldave n’a conservé ni le parc, ni les multiples annexes du Palais de la Reine - il n’y a que des fragments de ce manoir et une plaque indiquant l’année de sa construction-1856.