Les déportations des Moldaves ou Pour le fait d’être Roumain, mon père a été déporté en Russie

0 vote

Après la chute du monstre soviétique, le peuple moldave, partie du peuple roumain, qui a été lâchement arraché à la Roumanie le 28 juin 1940, se réveille avec une histoire parsemée de « meurtrissures ». Ces meurtrissures fatales subies pendant des décennies par les Moldaves sont autant de faits tragiques à connaître.

Et ces faits sont : les premières déportations vers la Sibérie, la collectivisation de l’agriculture, l’invention de la classe sociale des « koulaks » et ses conséquences, la famine des années 1946-1947, les nouvelles déportations, l’injustice, la dénationalisation, le vol de l’alphabet et de la langue, la guerre en Afghanistan et la guerre sur le Nistru.

Certains de ces sujets ont déjà été abordés, pas assez élucidés, mais nous les connaissons. Ici, je veux parler d’un sujet, que peu de monde connaît- les déportations du 28 juin 1940, quand l’Armée Rouge a occupé le territoire de l’est du Prout (l’actuelle République de Moldavie plus deux départements : l’un à l’extrémité Nord (Cernauti) et l’autre au Sud (Cetatea Alba) qui restent attachés à l’Ukraine depuis cette date-là.

Par un ultimatum, l’administration du Kremlin a demandé à la Roumanie de retirer son armée de ce territoire, ce que la Roumanie a fait. Le même jour, l’Armée Rouge, qui se trouvait déjà sur place, a occupé le territoire et planté le poteau marquant la frontière sur le Prout, avec l’inscription « CCCP » (URSS).

Toute la population qui devait se déplacer ne pouvait plus le faire. Plusieurs « d’ici » avaient quelqu’un « là-bas » et vice-versa. La population donc a été surprise par cet événement ; elle était décontenancée, les gens ne savaient pas quoi faire. Certains ont réussi à traverser le Prout sans danger, des autres n’ont pas eu une telle chance. Là où il y avait déjà des postes russes, on était arrêté et embarqué le même jour ou le lendemain dans des trains à destination de Sibérie, en qualité d’ « ennemis du peuple ».

Et pour vous rendre compte comment cela se passait, je veux vous raconter ce qui s’est passé avec mon père - Dumitru Bagrin (08.01.1913-10.01.1990) qui était âgé de 27 ans à l’époque et habitait un village pas très loin de la future frontière.

Ce jour là, le 28 juin 1940, comme militaire en réserve, mon père se trouvait dans ce qui est aujourd’hui la Roumanie, pour des exercices militaires. Et comme après cette néfaste journée son domicile ne se trouvait plus en Roumanie, des supérieurs lui ont demandé s’il voulait rester vivre en Roumanie ou s’il voulait retrouver son village natal. Il a décidé de rentrer, mais il fallait le faire tout de suite. Accompagné par son ami, qui était originaire du même village, ils sont partis, portant une uniforme militaire, vers la Moldavie. Et comme ils se déplaçaient à pied, dans un village à proximité du Prout, il leur fut conseillé de quitter l’uniforme et de se mettre en civil, pour de ne pas être suspecté par les nouveaux gardes - frontières.

Mais, hélas, même s’ils étaient en civil, ils devaient traverser le pont sur le Prout entre Falciu (Roumanie) et Tiganca ( Moldavie) qui était surveillé par les Russes. Ni les uns, ni les autres ne parlaient pas la langue de l’autre, et Dieu seul sait ce que les gardes ont dit à mon père et à son ami, mais ils ont été embarqués dans un train et emmenés à Tambov (en Russie) où ils ont passé leur jeunesse comme « prisonniers de guerre »…Quelle guerre ?.. La guerre pour nous, les Moldaves, a commencé le 22 juin 1941, un an plus tard…
Ils avaient été déportés simplement parce qu’ils étaient Roumains. Mon père a passé 4 ans à Tambov et après il est rentré en Moldavie, mais certains ne sont jamais rentrés.

Ainsi, les déportations des Moldaves ont commencé bien avant 1949, le 28 juin 1940. Combien y a-t-il eu de déportés ? Et qui furent-ils ? On ne le sait pas. Mais on sait que le 28 juin 1940 a marqué le début d’une grande tragédie pour les Roumains de l’est du Prout.

Article par Valentina Bagrin

Vos témoignages

  • JAMOT Patrick 28 juin 2017 22:36

    Bonjour, l’oncle de mon épouse, Alsacien ’’ Brunnemer René, était lui aussi prisonnier à tambow, il est mort dans ce camp en 1945