Le calvaire des monastères moldaves

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Profanés, détruits, transformés dans hôpitaux, camps de pionniers, clubs de distractions, musées, etc. - ce fut la destinée des monastères de Moldavie pendant la période soviétique. Animés du slogan prononcé par Lénine - „La religion c’est de l’opium pour le peuple”, les ainsi-dits athées s’acharnaient à faire disparaître les saintes demeures. Quoique l’„œuvre” de fermeture des églises et monastères fut réalisée par des athées, et qu’il soit difficile de le croire, cette œuvre a été soutenue par certains moines, y compris des supérieurs enrégimentés par le KGB.

En 1947, à la tête de l’Archiépiscopat de Chisinau et de toute la Moldavie fut désigné le russe Nectarie Grigoriev, une personnalité fidèle aux gouvernants qui a directement contribué à la fermeture de plusieurs monastères, invoquant leur précarité économique.

En 1947, le monastère de Frumoasa fut bestialement fermé et les moines en furent bannis. Un an plus tard, le monastère fut transformé dans un orphelinat, puis, en 1965 - dans une école pour sourds-muets, ultérieurement, il devint colonie pour filles et ensuite - une école pour les enfants mentalement retardés. Lorsqu’il fut rétrocédé à l’Eglise en 1994, le monastère se trouvait dans un état désastreux.

Les autorités fabriquaient toute sorte de mensonges et des rumeurs pour calomnier les serveurs de l’Eglise. Selon une information datée du 5 octobre 1949, par exemple, le monastère de Capriana était devenu une maison de débauche et une pépinière de diverses maladies contagieuses. Dans la même information, on incriminait aux moines du monastère de Hârjauca le viol d’une femme.

L'église du moanstère de Hârbovăţ
L’église du moanstère de Hârbovăţ

En 1952, le monastère de Hârjauca fut fermé sous le prétexte du nombre restreint de moines et de la nécessité de conserver l’édifice en tant que monument de l’architecture. Mais, sans égard au prétendu prétexte de la conservation, les églises du monastère furent cyniquement dévastées. Le patrimoine du monastère, comprenant plusieurs objets précieux de grande valeur et beaucoup de livres rares, fut bestialement brûlé dans le cimetière des prêtres. Lorsque ce monastère fut transformé dans un sanatorium, le cimetière devint un terrain de danses.

Le monastère de Tabăra fut détruit sous les “auspices” du prêtre Bădăreu, servile au pouvoir, qui fut envoyé au monastère pour y “examiner la situation”. Au terme de cet “examen”, en 1960, des représentants du régime ont envahi le monastère où seule une nonne se trouvait, les autres étant dans les champs. Ils ont dévasté les icônes qui, aux côtés des livres religieux, furent brûlées sur une des plus hautes collines des alentours. Suivant le scénario bien connu, une des églises du monastère de Tabăra fut transformée dans une école, l’autre - dans un club.

Le monastère de Răciula « doit » sa dévastation aux prêtres Belous et Vustean, agents du KGB, eux-aussi. Ayant fait une visite à ce monastère, ils ont rapporté que les nonnes et les fidèles ont eu une réaction hostile envers eux, raison pour laquelle ils ont recommandé l’intervention des forces de l’ordre. Mais la volonté de défendre la foi chrétienne s’avéra plus forte que l’intérêt des autorités. Les nonnes et les fidèles ont opposé une résistance pendant une dizaine de jours, s’opposant acharnement à la fermeture de la sainte demeure. Lors de ce délai, les cloches ont sonné continuellement pour appeler les gens à la défense du monastère. Des centaines de policiers furent alors mobilisés et ils reçurent l’ordre de tirer contre la foule : trois morts, plusieurs blessés, la supérieure et huit fidèles condamnés à la détention, l’église d’été transformée dans un club et celle d’hiver - dans un entrepôt de céréales, ce fut le bilan des révoltes.

Le monastère de Hârbovăţ connut la même destinée, à la seule différence que sa fermeture fut un processus long, à plusieurs étapes. Or, puisque des milliers de pèlerins y venaient, les autorités craignaient une tuerie pareille à celle de Răciula. Le supérieur du monastère, Evtihie Andronache, agent du KGB, reçut la mission de créer au sein du monastère un climat favorable à sa liquidation. Ainsi, 52 des 94 moines abandonnèrent le monastère. Puis, un autre agent du KGB, le supérieur du monastère de Noul Neamţ fit transférer à Chiţcani les moines restés. En 1962, des soldats profanèrent les tombes des ecclésiastiques qui se trouvaient dans le sous-sol du monastère. Les icônes et les livres furent brûlés, tandis que les six cloches furent transportées dans une direction inconnue. C’est par miracle que le prieur Veniamin réussit à sauver certaines pièces du patrimoine du monastère - des récipients rituels, des livres et des icônes. Pendant plus de 30 ans, dans le monastère fonctionna une école pour les enfants au retard mental. L’église principale fut transformée dans un club, puis- dans une écurie.

l'église Saint-Georges de Suruceni
l’église Saint-Georges de Suruceni

Le plus ancien monastère de Moldavie, celui de Vărzăreşti, fut condamné au silence en 1959. La prieure Feoctista, témoin du calvaire traversé par le monastère, se souvient que des policiers accompagnés du maire du village étaient venus chasser les nonnes. Ils veillaient à ce qu’elles n’emmènent quoi que ce soit. Les nonnes pleuraient et imploraient les dévastateurs de ne pas toucher aux choses saintes, mais en vain… Les policiers obéissaient strictement au scénario de destruction. Il y a quelques décennies, l’église d’été du monastère tomba en ruine…

Le 10 juillet 1955, pendant la messe, un groupe de personnes ont attaqué le supérieur et les moines du monastère de Suruceni. En 1959, le monastère fut fermé et les moines bannis. Pendant une trentaine d’années, le monastère hébergea un hôpital du typé fermé, gardé par la police. L’autel d’une église fut transformé dans une salle d’opérations, les cloches détruites, le cimetière et les églises - profanés.

Pour ce qui est du monastère de Căpriana, un programme de liquidation des monastères moldaves, datant de l’an 1949, « constatait » que les moines de ce monastère exploitaient les paysans pauvres et créaient des obstacles à la collectivisation des terrains agricoles. Il a fallu que les athées entreprennent plusieurs efforts pour étouffer l’opposition des croyants et fermer le monastère dont les cloches devinrent muettes en 1962. Bien que les autorités soviétiques aient reconnut le monastère de Căpriana comme monument de l’architecture protégé par l’Etat, la « protection » ne concernait que ceux qui venaient au monastère s’emparer des objets précieux du patrimoine du monastère - icônes, objets rituels, livres rares (le monastère disposait d’une très riche bibliothèque qui disparut après l’invasion des athées). Dans les anciennes cellules des moines fut ouvert un sanatorium pour les enfants malades de tuberculose, tandis que l’église du Saint-Nicolas devint club du village et celle du Saint-Georges - entrepôt.

Le monastère de Curchi en reconstruction
Le monastère de Curchi en reconstruction

Un des plus remarquables monastères moldaves - celui de Curchi - fut fermé par les autorités soviétiques en 1958 et fut transformé en 1961 dans un hôpital de psychiatrie. L’église d’hiver devint boîte de nuit, celle d’été - entrepôt. Le cimetière fut nivelé, les pierres tombales étant utilisées à la construction de l’enceinte autour du monastère. Les tombes furent profanées par des barbares à la quête des trésors.

A présent, ont lieu des travaux amples de reconstruction du monastère de Curchi qui est un monument historique protégé par l’Etat.

Le programme de fermeture des églises et monastères n’épargna certainement pas le monastère de Ţigăneşti, mais il fallut que plusieurs tentatives soient faites avant de transformer ce monastère en hôpital pour des personnes aux déficiences physiques. Lorsqu’un capitaine accompagné de quelques soldats y vinrent pour la première fois, ils furent fort impressionnés par le mode de vie des moines. Le supérieur Ioachim Burlea leur dit : « Camarades, le communisme fut instauré dans notre monastère depuis longtemps. Nous portons tous les mêmes vêtements, nous mangeons tous du même pot et au même moment ». Mais la diplomatie du religieux ne put pas résister au scénario diabolique des athées - en 1960, le monastère fut dévasté, les livres et les objets rituels - brûlés.

Beaucoup d’autres monastères et églises moldaves eurent la même destinée tragique. La foi crucifiée a marqué une des plus sombres pages dans l’histoire spirituelle des Moldaves.