L’heure des marchandages ?

Article par Gilles Ribardière

Les résultats définitifs des élections de ce 28 novembre témoignent d’une évolution assez spectaculaire de l’opinion. Il est intéressant à cet égard de remonter aux élections législatives d’avril 2009.

Malgré la lassitude des citoyens face aux nombreuses sollicitations électorales depuis pratiquement 20 mois, le pourcentage de votants ne baisse pas d’une consultation à l’autre ; il augmente même légèrement, puisque après les 57,55 % d’avril 2009, il affleure à présent les 60%.

Mais ce qui apparaît essentiel, c’est d’une part la baisse assez considérable du poids du PCRM, et d’autre part la montée spectaculaire du PLDM.

Le PCRM en avril 2009 obtenait, à un demi-point près, 50% des voix pour passer légèrement en dessous de la barre des 40% ce 28 novembre, après une étape en juillet à hauteur de 44,69%. Le déclin semble bien se confirmer, et les pertes constatées à ce dernier scrutin ne peuvent pas être liées à quelque défection que ce soit : en effet, sa baisse d’influence en juillet dernier pouvait s’expliquer en partie par le départ de Marian Lupu vers le PDM, tandis qu’en novembre aucun fait comparable n’est à constater.

Le PLDM de Vlad Filat en revanche connaît une percée spectaculaire passant successivement de 12,43% à 16,57% et enfin à 29,38%. Sans ambiguïté, il est le vainqueur du dernier scrutin, ce qui est assez remarquable du fait de la position de premier ministre de son leader, dont l’action a pu être considérée par une partie de l’opinion décevante sur le plan économique et social. Mais le résultat est là. Le PLDM a pu profiter de l’effondrement de l’Alliance pour Notre Moldavie et des 4,5% perdus par le Parti Libéral. A cet égard, on peut penser que l’électeur s’interroge sur l’existence de deux formations qui mettent en avant le terme « Libéral » …

Quant au PDM, il stagne. L’arrivée de Marian Lupu à l’occasion des élections de juillet lui avait ouvert un espace. Depuis, il ne s’est pas élargi. Le PDM se contente-t-il de remplir un rôle charnière, avec un second de liste, l’homme d’affaire Vladimir Plahotniuc, qui ne fait pas mystère de ses ambitions. Certains le présentent comme un Berlusconi à la mode « moldave » !

En tout cas les semaines à venir s’annoncent agitées en matière de discussions, avec la recherche de positionnements stratégiques des uns et des autres, ce qui peut donner l’impression aux citoyens qu’il y a détournement de leurs votes. En effet, même si les trois partis de l’Alliance pour l’Intégration Européenne renforcent leur représentation au Parlement, ils n’ont pas les 61 voix nécessaires à la désignation du Président de la République. Ils détiennent en effet 59 sièges, face aux 42 sièges obtenus par le PCRM.

Verra-t-on un accord entre tous les partis pour éviter de nouveau un blocage. On sait qu’une modification de la constitution a été proposée en son temps par le PCRM consistant à maintenir un vote parlementaire, mais avec un troisième tour permettant d’élire le Président à la majorité simple. Or, changer les termes d’un article de la constitution exige une procédure qui peut prendre un certain temps.

Resterait l’hypothèse de l’apport de deux voix en provenance des rangs du PCRM …On sait que précédemment ce type de tentative n’a pas eu lieu. Il n’empêche, on devrait être à l’heure de marchandages, que ne devraient ignorer notamment, ni Moscou, ni Bucarest, ni Bruxelles …

Souhaitons que le pays trouve au plus tôt une équipe qui sereinement poursuive la voie des réformes indispensables.