Deux témoignages d’étudiantes « citoyennes » (2)

Cristina et Doina nous apportent deux témoignages d’une totale sincérité sur les élections. La rédaction a traduit de l’anglais la contribution de Doina qui fait le bilan d’actions de mobilisation de l’électorat hors démarche partisane, et mis en forme le texte de Cristina rédigé en français sous le coup de l’émotion suite aux résultats. Dans les deux cas, les versions proposées ici ont reçu leur approbation.

On notera la très forte hostilité de Cristina à l’égard du Parti des Communistes. C’est un sentiment partagé par une frange importante de la jeunesse instruite, il ne faut pas l’ignorer.

Son pays est partagé sur le bilan de la présence soviétique passée. Des historiens travaillent sur documents qui révèlent de nombreux aspects tragiques vécus par la population durant des décennies. Ainsi peut-on expliquer la réaction de la jeune fille qui, comme Doina, aspire à une totale liberté, à une ouverture sans barrière vers l’Europe, à une vie meilleure partagée par l’ensemble des Moldaves. Espérons que les jeux en coulisse actuels ne les désespèrent pas.

Un engagement citoyen

Article par Doina Marinescu

Les élections sont terminées. Au moins pour le moment, je pense. Après tout ce travail de mobilisation, la situation en Moldavie reste toujours incertaine et est entre les mains de ceux qui ont le pouvoir dans notre pays, dans nos entreprises et dans la vie sociale. Plusieurs scénarios pour notre futur se déclinent, mais un objectif demeure : arrêter la crise politique et bien sûr avoir un nouveau président et un parlement.

des jeunes en action
des jeunes en action

Cependant, les élections de cette année ont un sens différent pour les jeunes ; là je veux évoquer tous ceux qui se sont fortement intéressés à chaque événement de la vie politique et ceux qui il n’y a pas si longtemps étaient indifférents, mais se sont rendus compte que beaucoup était fait pour eux, que l’on fait appel à leur participation, qu’on sollicite leur opinion. J’ai senti leur satisfaction sur le fait que l’on se préoccupait d’eux.

J’ai constaté cela à l’occasion de notre campagne « Action Days » organisée à Causeni, situé au centre de la République par le National Democratic Institute. Nous y avons eu le soutien de personnes de tout âge. Ce fut vrai en particulier quand avec mon équipe nous sommes venus avec des ballons qui eurent beaucoup de succès ; les gens s’intéressèrent à notre présence et à notre message. La plupart nous demandaient à quel parti nous appartenions, ce que nous faisions, et les filles et moi répondions que nous n’appartenions à aucun parti, que notre mission était d’inciter les gens à aller voter le plus possible. Alors, d’un seul coup, les sourires apparaissaient, ce qui suscitait en nous une grande satisfaction.

En voyant des personnes pauvres, dans le besoin, avec leurs enfants, j’avais du mal à m’imaginer leur point de vue sur la nécessité d’aller voter, alors qu’ils devaient affronter tant de problèmes et penser à bien d’autres choses. Malgré cela, chacun était le bienvenu pour nous interroger, recevoir des crayons, prendre une photo avec notre mascotte : une silhouette de Popeye à côté d’une « jolie » fille, le message étant : « C’est sexy et cool d’aller voter ! Prenez des photos ensemble, venez avec vos amis, sortez pour vous rendre au vote et faites de ce jour un jour de vacances ! »

la bannière suscite l'intérêt des gens
la bannière suscite l’intérêt des gens

Malgré la température glaciale les jeunes étaient en permanence très réceptifs. Je veux croire que notre charme défiait aussi bien la pluie, que le soleil et la neige ; que cela allait les dissuader de rester à la maison.

Pour notre action nous avions aussi apporté une grande bannière pour l’accrocher entre deux arbres. Nous y avions écrit « Triste dans ton pays ? Tu veux changer quelque chose ? ». Ceux qui le désiraient pouvaient écrire ce qu’ils voulaient voir changer dans le pays, ce qu’ils souhaitaient faire ou ne pas faire.

Ce qui était écrit par les jeunes était intéressant : « plus de clubs » ; « plus de loisirs » ; « je ne veux plus voir mes amis partir du pays » ; quant aux personnes âgées de plus de 30 ans, elles écrivaient « plus de travail » ; « plus jamais de corruption »….C’était triste, mais en même temps c’était bien de voir les gens s’exprimer ouvertement.

Mais ce qui demeure la plus grande avancée pour les jeunes générations, c’est que nous n’avons plus peur de dire ce que nous pensons, au contraire de la période précédente, que nous pouvons dissuader certains de penser que la politique n’a pas de sens ; que nous pouvons leur faire comprendre que quoiqu’il arrive nous devons rester unis, que nous devons nous mobiliser pour agir utilement pour notre pays, devenir amis pour le futur de la Moldavie. Enfin, l’équipe et moi-même avions beaucoup à apprendre de cette expérience : rassembler tout le matériel au dernier moment, rester dans le froid, coller les affiches jusque tard dans la nuit, distribuer dans tous les magasins des sacs avec nos slogans, ou donner dans les restaurants des serviettes avec notre message.

Pour moi ce fut une grande et belle activité dans laquelle je me suis totalement impliquée, pour laquelle je n’ai plus eu de difficulté pour m’adresser à des inconnus. A chaque fois, j’ai essayé de faire de mon mieux. Pour être sincère, je suis fière de ce que nous avons fait et je suis certaine que chacun d’entre nous a réussi à convaincre au moins un jeune à se déplacer pour voter.