Le monastère de Ţîpova : passé et présent

Le monastère de Ţipova, situé sur la rive abrupte du fleuve le Nistru, à une centaine de kilomètres de la capitale, est le plus grand monastère rupestre orthodoxe de Moldavie et un des plus grands en Europe. C’est un impressionnant musée en plein air. Une communauté monacale existait dans ces parages longtemps avant la constitution de l’état féodal en Moldavie.

Le monastère se situe sur trois terrasses. Il comprend deux églises (la première - construite au XIIIe-XIVe siècles, la seconde - au XVIe-XVIIIe siècles), creusées dans la rive abrupte du Nistru, à la hauteur de 90-100 mètres, de même qu’un clocher, des cellules de moines, un réfectoire et des annexes, datant du XIXe siècle. La petite rivière de Ţîpova qui descend vers le Nistru forme de nombreuses cascades avec une hauteur de 10-16 mètres qui mettaient jadis en fonctionnement des moulins d’eau.

Dans son ouvrage intitulé « Les monastères de Bessarabie », publié en 1919 à Chişinău, l’archimandrite V. Puiu écrivait : « On ne sait pas quand et par qui fut construit cet ermitage. On suppose que, comme toutes les autres grottes dans la rive rocheuse du Nistru, cet ermitage est au service des chrétiens depuis le XIIe siècle. L’église et le petit clocher, 15 cellules et le réfectoire se trouvent sur la rive haute et rocheuse du Nistru, dont la côte est couverte d"une magnifique forêt de chênes. En 1776, l’ermitage fut rénové par le moine Vartolomeu Ciungu, fondateur du monastère de Saharna : le trouvant abandonné, le moine fit réparer les cellules ainsi que l’église et commença à y célébrer des messes ».

Le prospectus illustré « Rezina », édité en 1989 à Chişinău, nous dit la chose suivante : « Aux alentours du village de Ţîpova, au bord du fleuve le Nistru, semble être pendu un rocher qui protège contre l’érosion les grottes naturelles, ainsi que celles artificielles. Le monastère rupestre de Ţîpova, creusé dans un rocher gigantesque, est, selon les spécialistes, un des plus importants parmi tous les complexes monastiques existant le long du fleuve le Nistru. Le monastère surprend par ses dimensions et par la multitude de pièces connectées par des passages intérieurs. Il y a beaucoup de légendes concernant le monastère de Ţîpova ; selon une d’entre elles, c’est dans ce monastère que le prince régnant Etienne le Grand s’est marié avec son épouse Maria Voichita. Une autre légende affirme que c’est dans le monastère de Ţipova que le poète mythologique grec Orpheus vécut les derniers jours de sa vie et qu’il fut enterré dans une niche aux pieds de la cascade, derrière une dalle à sept trous ».

Il est difficile de vérifier la véridicité de ces affirmations, ce qui est certain, c’est que l’ermitage de Ţîpova est un des plus précieux trésors du patrimoine de notre peuple. Les archéologues ont découvert aux alentours de Ţipova des vestiges des civilisations anciennes datant du XIIe siècle avant Jesus-Christ.

En juillet 1998, un journal local consacrait un ample article à un groupe de jeunes gens qui effectuaient des fouilles au sommet de la colline de Ţîpova. En voilà un extrait : « Les membres du club « Fenix » ont découvert environ cinq cent dessins, signes, inscriptions rupestres, effectués avant notre ère par des tribus peuplant nos environs, et les ont remis aux historiens et archéologues pour examination ultérieure ».

Au terme des fouilles, l’association « Fenix » a édité un bulletin informatif sur Ţîpova, consacré au touristes souhaitant visiter cette contrée. Voilà un bref fragment de ce bulletin : « Le long de quelques kilomètres, au bord du Nistru, on a découvert des centaines de monuments de l’histoire et de la culture antique. Le site est unique par la diversité de vestiges archéologiques des villes et des villages anciennes, des forteresses, des églises et des nécropoles creusés dans la rive rocheuse. Le monastère protégé par le rocher millénaire a servi de bastion pour plusieurs générations qui durent faire face aux attaques des Tatares et des Turcs ».

Le monastère de Ţîpova est inclus dans les plus prestigieux catalogues et prospectus touristiques publiés en Europe. Ayant été dévasté et profané à l’époque soviétique (en 1949, le monastère fut fermé et les moines bannis), en 1975, l’Etat reconnut quand même la valeur inestimable de ce monastère et plaça les ruines du monastère de Ţipova sous sa protection. Depuis l’an 1994, des messes sont à nouveau célébrées au monastère de Ţipova.