Deux semaines en Bessarabie - Partie 3

17 septembre 2009, Jour 10 : Orheiul Vechi

Article repris sur http://philbelanger.blogspot.com/2009/10/deux-semaines-en-bessarabie-partie-3.html

Je suis suffisamment remis de mon intoxication, malgré que j’ai encore quelques malaises et que je n’ai pas beaucoup mangé. On va à Orhei Vechi en voiture à environ 50 kilomètres au nord de Chisinau où il se trouve un monastère médiéval creusé dans le relief d’une falaise, afin de se cacher de l’envahisseur Ottoman.

La cache se trouve dans un lieu historique protégé et payant d’accès, mais l’accueil (personnel froid) est avant un village typique au bord de la rivière au pied de la falaise. Il s’y trouve un petit musée avec peu d’explications et des pièces archéologiques dont certaines sont intéressantes. Il y a un prix spécial, plus élevé pour les étrangers, que je paie sans rechigner parce qu’il est lui aussi très bas.

Dans ce village nous sommes en plein tiers-monde, dans des conditions qui me font penser à l’Amérique Latine encore une fois, un chemin de terre avec plein de tas de gravats, détritus, parsemé de puits, parce que les habitants n’ont pas l’eau courante. Pourtant, avec des infrastructures modernes, ces environs pourraient presqu’être une banlieue éloignée de la capitale.

Les enfants s’amusent et regardent les touristes comme s’ils étaient des extra-terrestres, bien qu’ils en voient tous les jours, même si le lieu est relativement pas si fréquenté que ça.

Le monastère creusé n’est pas très spectaculaire pour le visiteur parce qu’il n’est que partiellement accessible, probablement en raison de la sécurité, pour des risques d’effondrement des galeries. Le paysage par contre autour est magnifique. Pour la sécurité, vous restez le dos contre la falaise, parce qu’il n’y s’y trouve pas de rampe, pour garder les gens en haut d’une falaise d’au moins 40 mètres.

Le paysage est à couper le souffle. C’est comme si avec une pelle énorme, un géant avant décidé de créer un sillon en « s » écrasé, qui donne une mince et longue colline au milieu, sur lequel repose depuis plus de 600 ans ce refuge de chrétienté dans cette terre jadis occupée par les conquérants de Constantinople.

La steppe en cette saison y est aride, le sol fait une poussière, craquelé, peu d’arbres poussent ici.

Au sommet, près du clocher de l’entrée des galeries, se trouve un cheval majestueux, attaché seul à une amarre au sol.

Bien que déçu de n’avoir pas vu de plus longues galeries, je suis marqué par ses images qui me resteront en tête longtemps.

Nous rentrons pour souper à Chisinau, où des amis de mes hôtes nous reçoivent pour un repas traditionnel Moldave : la mamaliga. C’est un espèce de pâté jaune de farine de maïs, que l’on trempe dans un jus de viande aux oignons avec des morceaux de poulet, de porc, que l’on ajoute à notre fourchette, pour après y coller du feta de brebis. Délicieux.

18 septembre 2009 - Jour 11 : Départ pour Odessa

Nous nous levons tôt pour rejoindre un bus qui doit partir vers 9h45 à l’autre bout de la ville, soit à la gare du nord. Je prends la décision de prendre le taxi pour y aller plus rapidement, étant donné que c’est loin, que nous avons des bagages, et que la course me reviendra de toute façon sous les 6$.

La gare du nord semble être un trou. Les taxis arrivent de partout, les bus et microbus s’y déplacent anarchiquement, les quais sont à l’extérieur, sur-achalandés, l’endroit semble être un autre de ces chantiers inachevés de Moldavie. Nous prenons un bus assez vieux, mais pas le plus vieux de l’endroit. Au moins, il a l’air climatisé, la saleté sera moins inconfortable.

Pour sortir de Chisinau, nous traversons un quartier industriel abandonné en partie, avec des entrepôts qui ont des arbres qui poussent à travers le toit et les cadres de fenêtres.

Des tuyaux géants de béton effrité passent par-dessus la route. Ça ne semble plus servir à rien.

La route est très secondaire, étroite, car nous avons pris des billets par la route qui contourne la Transnistrie. Il serait très imprudent qu’en tant que citoyen canadien j’aie présenté mon passeport à ces douaniers imposteurs transnistriens, une république fantoche, où règne le crime. Trafic humain, trafic d’armes, transit de drogue venant de l’est, rien n’est à l’épreuve de cette région gérée comme un dernier bastion du stalinisme en ex-URSS. En Transnistrie, l’URSS n’est pas si « ex » que ça.

Étant donné que ma curiosité ne va pas jusque là, je passerai mon tour. Le bus roule assez lentement, rarement en dépassant 70 km/h vers le sud, passe les villes de Anenii Noi, Căuşeni, Ştefan Vodă, en faisant plusieurs arrêts. Après un peu moins de deux heures, nous arrivons au poste frontalier moldave de Palanca. Nous sommes contrôlés à la sortie.

Après une trentaine de minutes d’attente, où les douaniers ont estampés tous nos passeports (après les avoir pris, sortis du bus, amenés dans une cabane), la même opération se déroulera de l’autre côté au poste ukrainien, quelques kilomètres plus loin, qui franchement est encore moins bien organisé.

Au poste Ukrainien, nous devons attendre près d’une heure, le moteur de l’autobus fermé, donc sans l’air climatisée, alors qu’il n’y a pas d’abri pour les véhicules… La température monte.

Sans trop de problèmes nous passons, et poursuivons notre route en passant par-dessus le Nistru, vers la quarantaine de kilomètres qui nous sépare encore d’Odessa. La région a les mêmes caractéristiques de la Moldavie, mais les bâtiments semblent un peu plus entretenus. La route est meilleure, plus large, et même nous avons un bout de vraie autoroute.

Le roumain en Moldavie m’apportait peu de choses, mais c’était beaucoup, considérant que je pouvais un peu lire, déchiffrer tant bien que mal cette langue latine avec un alphabet latin. Souvent dans des conversations, je pouvais saisir des mots, je connaissais les sujets… En Ukraine je ne peux rien faire seul. Si je partais en solitaire me balader, je pourrais me retrouver dans des situations inconfortables, comme être perdu, sans pouvoir lire clairement une carte et le nom des rues.

Aussitôt, je me dits qu’il me serait impossible de venir ici seul, sans ma compagne qui parle russe et qui déchiffre un peu l’ukrainien. La population à Odessa est en bonne partie russophone.

Dans ce début de nuit, je m’endors sur un temps à nouveau orageux au bout de cette réflexion.

À suivre…

http://www.republiquedebananes.com/?p=7330