Deux semaines en Bessarabie - Partie 2

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Article repris sur http://philbelanger.blogspot.com/2009/09/deux-semaines-en-bessarabie-partie-2.html

Voici la suite de mon aventure en Moldavie et en Ukraine, une partie un peu plus touristique de mon voyage.

12 septembre 2009, Jour 5 : Excursion dans la campagne Moldave vers Soroca

Tôt au matin, nous partons en voiture en direction nord, traversant d’abord la ville de Chisinau pour rejoindre Soroca à environ 160km. Il s’y trouve une forteresse médiévale. La moitié de la route se fait par une route nationale relativement bien tenue, et l’autre moitié par une route secondaire moldave, très cahoteuse. Bizarre d’imaginer qu’une telle route relie cette ville de 30 000 habitants à la capitale. La circulation est peu dense, et on traverse des villages typiques, on croise des charrues tirées par des chevaux, on rencontre d’anciennes usines abandonnées.
Sur les terres, la récolte de maïs suit son cours, on remarque aussi du tournesol qui s’assèche. Là où la terre est retournée, on voit la couleur foncée du tchernoziom riche, de ses terres qui sont parmi les plus fertiles du monde.

Soroca apparaît comme une ville qui a souffert de la décroissance. J’ai appris que Samuel Bronfman, célèbre entrepreneur établi à Montréal à l’origine de l’empire Seagram, est né dans les environs en 1889 et a fuit les pogroms.

On dit qu’avec la forte population gitane des environs, une partie de l’économie est soutenue par les nombreux trafics illicites, étant donné que nous sommes dans une zone frontalière : l’Ukraine est de l’autre côté du Nistru (Dniestr).

La forteresse en plein centre, un peu cachée par les arbres au bord du boulevard, s’érige directement au bord de la rivière, face à l’Ukraine. Elle y a été construite en pierre en 1505 par le voïvode Étienne le Grand, prenant la place de celle en bois construite quelques décennies plus tôt. Le site est relativement bien conservé et fait à noter, vous devez payer un prix différent pour visiter l’endroit si vous êtes un étranger, avec un supplément si vous prenez des photos.

Quelques kilomètres au sud de Soroca, dans une portion très sinueuse de la route, se trouve un parc au bord de la route avec une porte au bas d’un escalier. Afin de nous dégourdir les jambes, on amorce la montée vers ce que j’espère être un point de vue sur la vallée du Nistru. Au sommet, c’est ce que je trouve, avec une église orthodoxe en forme de chandelle. La construction de pierre est récente, 2004. De cet endroit nous avons la vue sur le Nistru, les terres de l’Ukraine, et la ville de Soroca. Le site est récent et a été inauguré par le président Voronin lui-même qui aurait gravit sans problèmes les quelques 700 marches pour atteindre le lieu de pèlerinage.

Sur la route, de nombreux puits, de nombreuses croix de chemin, et d’autres petites croix avec des fleurs soulignant une mort accidentelle sur la route jonchent notre itinéraire. La météo ne peut pas être meilleure, grand soleil avec 27 degrés, sans humidité accablante.

13 septembre 2009, Jour 6 : Jardin Botanique et pizzeria

Après la route d’hier, et en prévision de la visite de demain, nous avons pris une journée tranquille. D’abord, j’étais intéressé à écouter le Grand Prix de Formule 1 de Monza en Italie. Pendant près d’une heure et demie, nous avons cherché par tous les moyens de capter la station d’origine Roumaine TVR1 qui a les droits de diffusion pour la Roumanie et la Moldavie à la fois. En zappant d’une chaîne à l’autre, sur ces télévisions européennes avec des émissions sur le canal 0, branchées sur un service de câble, nous ne trouvions pas cette station roumaine qui est censée être sur le service de base.

Finalement après quelques téléphones, et recherches sur internet dans la langue la plus proche du latin, nous avons finalement trouvé la station alors que les voitures s’alignaient sur la grille de départ. J’étais à temps pour le départ, le gros du spectacle d’une course de F1 : le départ arrêté sur grille. L’information était que TVR-1 avait été mise hors d’ondes en Moldavie par le gouvernement communiste avec ses différends avec le gouvernement pro-occidental de Roumanie. Voronin n’avait pas cessé d’accuser les voisins Roumains de préparer une révolution colorée, pro-occidentale en Moldavie. Il semble que TVR-1 a été mise hors d’ondes par l’antenne, mais pas sur les câblodistributeurs, ni sur la télé satellite.

Un pays qui ne diffuse pas la F1… ça fait très Corée du Nord. Heureusement, nous en sommes pas là en Moldavie.

Après la course, nous avons pris le trolleybus électrique vers le jardin botanique, situé très près. Un seul lei par personne pour entrer, soit 10 cents. Un montant dérisoire à mes yeux.

Le jardin est un peu délabré, faute de budget, malgré de beaux grands arbres, de magnifiques saules, des châtaigniers, cèdres… l’endroit a probablement déjà été très beau. Aujourd’hui, il reste quelques endroits assez beaux pour prendre des photos de mariage, le reste du parc demeure un bel endroit pour se promener point.

En tant que pizzavore, j’avais hâte d’aller manger de la pizza. C’est chez Andy’s Pizza, un chaîne de pizzerias grand public de Moldavie qui fait la livraison 24/24, en cas d’urgence nocturne. Mes guides ont semblé déçus de la pizza, comparativement à ce qu’elle a déjà été. Effectivement, ça manquait de choix, et l’assemblage de la garniture était limité, en plus d’alliages bizarres, comme poulet-mayonnaise-champignons. Vu que j’avais très faim, j’ai commandé une pizza supplémentaire au pepperoni… très piquant. Mais je n’ai pas eu le goût de la finir. Au moins le fromage avait bon goût, bien qu’on n’ait pas découvert les vertus d’un « gratinage » doré de la pizza, c’est juste « fondu ».

Le tout a été accompagné de bières en bouteille de verre de 500ml de marque « Chisinau ». Ce qui est surprenant, c’est que je m’en suis tiré pour moins de 17$ Can, trois pizzas, deux bières 500ml, un Sprite. Pour la bière, la « Chisinau » goûte tout simplement l’eau, même pour moi qui aime les bières légères, c’est un peu trop light.

14 septembre 2009, Jour 7 : Route des vins Moldave

La journée commence tôt vers 9h alors qu’on part en voiture vers les plus grandes caves à vins du monde.

Nous nous dirigeons vers l’ouest de la ville, à une dizaine de kilomètres pour rejoindre les caves de Milestii Mici où nous avons réservé le tour guidé avec dégustation.

Nous sommes arrivés avec un peu d’avance, ce qui nous donne le temps de prendre quelques photos près des fontaines à l’eau colorée, qui donne la couleur du vin : une fontaine de vin blanc et une de rouge. L’entrée et le stationnement est bien asphaltée, contrairement aux routes qui mènent à ce coin du raion, où l’on a pu constater quelques fuites d’aqueduc en chemin. Nous y sommes entourés de murailles de château en pierre.

Notre guide en français embarque dans la voiture et on nous ouvre les portes des caves, la voiture entre alors dans les plus grandes caves à vins du monde, longe des milliers de barils de chêne et de cuves d’acier. Plus loin, la voiture doit s’arrêter, pour que l’on débarque et que l’on fasse la partie du parcours à pied. Il y a plus de 2 millions de bouteilles de vin ici, tenues à une température stable de 15 degrés, et un taux d’humidité supérieur à 85%. On nous montre même la chambre secrète, là où a été cachée une partie de la collection, pendant une période d’interdiction de production décrétée par l’Union Soviétique, dans la crainte que les vins soient saisis ou détruits, ce qui heureusement n’a jamais été fait.

À la fin on nous fait goûter trois vins, un rouge, un blanc et un blanc très sucré. Le rouge dont je ne me souviens pas le nom était particulièrement bon, même si selon mon standard, il était très tôt. Quelques bonnes gorgées me donnent le courage d’aller affronter cette fois les caves les plus étendues du monde, à Cricova. L’arrêt à la belle boutique de Milestii Mici me permet d’acheter un Negru de Purcari 1987 et un Codru, deux bouteilles de collection que je vais ramener au Canada.

Un chemin encore une fois chaotique, mal indiqué vers le nord de la ville de Chisinau, sur le chemin de Orhei, passé ce grand centre d’achat « Megapolis Mall » construit par les chinois, mène au vignoble entourant l’entrée des caves de Cricova.

Quelques centaines de mètres avant les champs de vignes et l’entrée du site, c’était encore ces maisons bâties n’importe comment, pas toujours entretenues, et ces fonds de cour qui ressemblent parfois à des dépotoirs. La pauvreté n’est pas le seul problème, les gens apparaissent pauvres parce qu’ils n’ont pas la culture d’améliorer leur environnement et personne ne leur demande d’en faire plus. C’est moins pire que l’Amérique latine avec ses bidonvilles, c’est plutôt dans le genre des moins beaux coins d’Italie et d’Espagne, là où une certaine latinité nuit à la qualité de vie, là où les gens s’en foutent : ça ne coûte rien de ramasser son petit coin, mais on ne le fait pas.

L’entrée du site plus connu et qui attire plus de touristes est magnifique, toujours avec un décor de château de pierre, ce qui contraste avec le quartier que l’on vient de traverser.

C’est un petit train qui nous amène dans les caves, cette fois on est avec un groupe d’Italiens et de ce que nous croyons être des Polonais, la visite se fera en anglais.

Lorsqu’on sort du petit train après un trajet assez rapide, on nous montre l’endroit où est produit le mousseux qui n’a pas le droit de s’appeler « Champagne » même s’il est produit exactement à la méthode française. On nous explique que les bouteilles dans les supports doivent être tournées régulièrement, et que les sédiments se retrouvent sur le bouchon, seront enlevés à froid, lors de la pose d’un autre bouchon sur la ligne de montage.

Ensuite nous allons vers la collection qui ici compte plus d’un million de bouteilles. Cet endroit sert à entreposer plusieurs collections privées et est un véritable musée du vin. On y trouve la collection de Vladimir Poutine et celle du dirigeant nazi Hermann Goering.

De nombreux vins datant des années ’40, et même d’avant se trouvent dans les cases devant nous. Tout ce trésor est devant nous, nous pouvons même y toucher, même si nous n’osons pas.

Ensuite après un autre bout de chemin en train, nous visitons les salles de réception et de conférence, très luxueuses, l’une d’elles est prête à une visite de dignitaires. En terminant, c’est la dégustation pour le groupe, et nous sortons du site alors qu’une petite averse localisée passe au-dessus de nous.

Les Moldaves n’ont pas les moyens de visiter ces trésors nationaux, pour prendre le petit train et goûter à Cricova, faut « déplier » 500 lei par personne. Pour nous canadiens, 50$ ce n’est pas si énorme, mais pensons que les gens ici gagnent 500$ dans le mois lorsqu’ils ont un bon salaire, donc comparons cela à un bon 300$ par personne. Les seuls Moldaves sur les lieux seront les employés.

Nous rentrons à l’appartement, manger et boire un autre vin Moldave, quand même très bon, bien que cette fois en tetra-pak. Au souper, on m’informe que Andy’s Pizza a perdu en choix et en qualité depuis que c’est le fils de l’ex-président Voronin, Oleg, l’homme le plus riche de Moldavie, qui a « acheté » (de force ?) la chaîne.

Y’a pas à dire, certains fils ont tous les talents… banquier (FinComBank), brasseur de bière et distilleur (Aroma), une firme de construction qui bénéficie de contrats publics (Metal-market), une firme de transport (Transline), et pizzaman (Andy’s Pizza). Un « homme d’affaires » qui semble réussir, mais on n’est pas certain que c’est grâce à son intelligence, son flair, ou plutôt grâce au pouvoir de son père président communiste de 2001 à 2008, qu’il « réussi ».

D’ailleurs pendant notre séjour, on a appris que le président sortant, Vladimir Voronin, est prêt à « collaborer » à la transition, à la condition que l’empire de son fils demeure intact. Drôle de façon d’admettre que l’on est corrompu… sans trop de gêne. Le nouveau gouvernement n’a pas répondu à cette pathétique demande.

Nous avons une épicerie « Sofia » 24 heures tout près, mais pour s’y rendre le soir, il n’y a pas d’éclairage, comme au bas de toutes les tours d’habitation, sur les trottoirs. Il y a des lampadaires, mais seuls ceux vers le boulevard sont allumés. Ça semble dangereux pour une femme seule, il y a beaucoup de gars louches autour de voitures louches, et on ne veut pas que j’y aille seul même si c’est tout près, avec ma tronche de Nord-Américain (qui ne fait pas de doute selon ce qu’on me dit). Ce n’est pas des coins noirs qu’il y a, mais c’est tout noir, avec des coins éclairés. On économise ainsi probablement l’électricité, au détriment de la sécurité civile.

15 septembre 2009, Jour 8 : Repos

Aujourd’hui nous préparons l’excursion à Orheiul Vechi et le voyage à Odessa. Nous allons nous promener un peu au centre-ville, au parc de la Cathédrale en fin de journée.

16 septembre 2009, Jour 9 : Tourista de viande avariée

Hier soir, j’ai mangé en fin de soirée des tartines avec de la viande fumée et du fromage. Il semble que ça m’ait rendu malade. Malade au point que la journée est gâchée, j’ai vomi, j’ai la diarrhée, et j’ai de la fièvre. Je suis cloué au lit prisonnier de l’appartement. On espère quand même aller à Orheiiul Vechi et ensuite à Odessa. Je crois que je serai mieux demain, donc on maintient le cap.

À suivre…