Une victime parmi les 7 millions

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21 ans ont déjà passé depuis la plus grave explosion nucléaire du XX-ième siècle. 7 millions de personnes ont souffert à cause de cet accident. Veronica Leu du village moldave de Zambreni, district de Ialoveni, est une victime parmi les millions. Quoique la fille soit née deux années après l’explosion, le syndrome “Tchernobyl” a laissé sur elle de graves empreintes.

Le père de Veronica, Ion Leu, est le seul “tchernobyl” du village de Zambreni. Il parle toujours avec indignation du départ à Tchernobyl. “Le lendemain matin, je devais aller travailler dans les champs. Ils sont venus pendant la nuit sans rien dire…Ils ont forcé la porte et m’ont pris du lit. Ils étaient trois, tous en état d’ébriété, le maire, qui n’est plus parmi les vivants, un policier et un chauffeur avec sa voiture”, se souvient Ion Leu. “Le chauffeur me tirait dans la voiture, les deux autres me poussaient. J’ai été « vendu » par le chef d’une équipe d’ouvriers. Il a dit que je n’exécutais pas ses ordres et c’est pourquoi j’ai été choisi."

A cette époque-lа, Ion Leu avait 36 ans. “Maintenant, à 57 ans, je ne sens plus ma jambe à cause de la douleur. J’ai trouvé un médicament mais il coûte 52 lei ! Les os s’effritent. Je crois que je vais rester sans une jambe. Je n’ai plus de dents”, décrit sa santé le “tchernobyl”. Il ne peut presque rien faire. “Je vais au puits pour apporter de l’eau dans un seau de 7 litres, et je suis incapable de le porter jusqu’à la maison.”

J’ai voulu être comme les autres

« J’ai appris à faire sortir de l’eau du puits, à traire la vache, et j’apprendrai prochainement à cuire du pain » dit avec optimisme Veronica, la fille de Ion Leu. “Je me sens comme une personne incomplète”, continue sur une tonalité pessimiste la fille de 19 ans. “J’ai un ami. Il est normal, mais moi, j’ai un défaut physique…” Le défaut de Veronica est la paralysie infantile permanente.”Je me sens humiliée” continue-t-elle, en disant qu’un de ses proches lui avait dit que ça aurait été mieux si elle était morte quand elle était petite…

Veronica a fait ses études dans une école-internat de Ialoveni. Elle n’a pas réussi à finir ses études parce qu’en 9-ième elle s’est disputée avec un collègue. « Mon père m’a acheté un atlas géographique. Dans ma classe, il y en avait seulement deux. Un des mes collègues l’a pris pour faire ses devoirs, mais il refusait de me le rendre. J’en avais besoin, moi-aussi », raconte-t-elle. Un jour, le professeur a fermé а clé la porte et a laissé les deux collègues éclaircir la situation. ”Avec ma maladie, je n’ai pas pu supporter. Je suis épileptique”, dit la fille. Elle a abandonné l’école. “Je savais que je ne pourrais jamais refaire la relation avec le professeur et mon collègue”, dit elle. “Je regrette que ça s’est passé comme ça, mais je n’ai plus pu rester dans l’école où me manquait la paix dont j’ai besoin. Je voulais apprendre, mais je voulais être avec les enfants de mon village et pas avec ceux de Ialoveni. Là, je me sentais vexée.” Ce sont les parents de Veronica qui ont décidé de l’inscrire dans cette école. “Ma mère me visitait chaque jour а l’internat, mais je ne pouvais pas rentrer avec elle à la maison parce que je devais apprendre. Je leur ai toujours reproché le fait qu’ils m’ont inscrite dans cette école. Je leur ai dit que j’aurais voulu apprendre dans l’école du village.” regrette Veronica les reproches d’autrefois.

191 lei et quelques centimes

Au début, Veronica avait une pension de 25 lei, plus tard - de 50 lei, puis - de 113 lei, de 152 lei, et maintenant - de 191 lei et quelques centimes. Quand elle était élève, cet argent était transféré sur le compte de l’école. “J’aimerais être saine et ne pas avoir besoin d’aide ni de pension” soupire Veronica. “Mon père est malade, lui- aussi. Il souffre depuis qu’il a été amené à Tchernobyl contrairement à sa volonté. Il ne le voulait pas. Notre famille était en difficulté financière. Ce jour-là, on n’avait pas même pas du pain. Il y avait seulement trois galettes dans la maison. Mon père en a pris deux, une en est restée” se rappelle la fille les événements racontés par ses parents. “Ma mère recourait à l’aide des parents, mais tous avaient leurs propres problèmes. Souvent, elle allait à pied, portant mon frère aîné Vasile dans ses bras, chez ma grand-mère qui vivait dans le village de Cobusca Veche, dans le district de Anenii Noi. J’aurais aimé que mon père soit resté à la maison. Nous aurions été une famille saine.”

Veronica est contente qu’elle n’a pas de frères cadets. “Si j’en avais, ils souffriraient, eux-aussi, à cause de la catastrophe du Tchernobyl.” La fille ne se rappelle pas avoir bénéficié de l’aide de la part des autorités publiques ou des organisations humanitaires. “Quand j’étais à l’internat, c’était rarement qu’on nous apportait des vêtements, des fournitures scolaires…”

Elle ne se souvient pas avoir été dans une maison de santé, à part la période d’hospitalisation pour une intervention chirurgicale au bras droit. "Avec mon père, nous avons plusieurs fois fait des démarches pour obtenir un crédit de 10 000 lei. Nous avons pleuré devant plusieurs portes sans aucun espoir. Personne ne nous a aidé.”

La famille de Veronica essaye de se débrouiller avec la pension du père de 1 000 lei, celle de la fille de 191 lei, les compensations de 200 lei du père et de 16 lei de la fille. “Mon père a demandé un crédit préférentiel. Il n’y a pas réussi. On nous a dit que nous disposons d’une maison. J’aimerais vivre dans de meilleures conditions … Premièrement, il nous faut réparer le toit de la maison.”

5 lei pour chaque paire de pantalons vendue

Depuis le mois de décembre 2006, la fille travaille dans le magasin “Piata Belsug” qui se trouve près du marché central. Elle a trouve elle-même son emploi.”Je suis venue au marché pour demander si on avait besoin d’une employée. On m’a proposé de vendre des pantalons”, dit la fille. Veronica gagne 20 lei par jour et 5 lei pour chaque paire de pantalons vendue. “D’habitude, je vends deux paires par jour. Mais avant les fêtes, je peux en vendre 5”, compte son argent la fille. “Si je vends, c’est bien, sinon je reste avec rien…”

Les 20 lei gagnés chaque jour, servent à payer le transport. Veronica dépense chaque mois environ 600 lei pour se déplacer aller-retour, Zambreni -Chisinau. Les autres 5 lei, elle les dépense pour un petit pain. A 7 heures 30, elle est dejа au travail et à 19 heures, elle arrive à la maison. Elle a droit à un jour libre toutes les deux semaines, mais Veronica ne se rappelle plus quand elle en a bénéficié. En échange, la fille se sent très heureuse quand elle peut acheter quelque chose pour les gens qu’elle aime. “Aujourd’hui, j’ai acheté un beau costume pour ma mère. Je suis sûre qu’il lui plaira”, dit la fille en nous montrant l’habit de couleur verte.

Quant à l’état de sa santé…”J’ai des vertiges, parfois j’ai mal aux bras et aux pieds, d’autres fois, je ne peux pas me tenir debout.” Il y a peu de temps, Veronica a demandé de l’aide à une organisation. “Il fallait que je passe un examen. J’y ai renoncé dès le début…”

Veronica pense au mariage avec son ami, Ion. “Mais je ne veux pas qu’il se sente gêné à cause de moi” dit-elle. “Une fois, quand je suis allée visiter ses parents, Ion m’a donné un chocolat. Il m’a aidé à ouvrir l’emballage… Je pense qu’il ne veut pas que ses parents sachent que j’ai un défaut physique.”

Maintenant, la fille rêve d’un portable et de la possibilité de faire réparer sa machine à coudre. “Je veux aussi un autre emploi”, ajoute la fille aux yeux suppliants.

A la fin, je lui ai demandé ce qu’elle savait sur la catastrophe de Tchernobyl. “Je crois que j’en sais plus qu’il ne faut”, m’a répondu la fille.

P.S. 600 millions de pompiers, militaires et civils, ont enterré à grande hâte dans un sarcophage de béton le réacteur accidenté. Selon les savants soviétiques, cette mesure était censée assurer la sécurité pendant 50 ans. Mais les derniers calculs montrent que le sarcophage devait être remplacé en 2006, au plus tard, parce qu’il est tout en fissures.

Article par Anastasia Nani, publié sur http://www.garda.com.md/127/investigatii/, traduit par Valentina Ciobanica, élève en XI-ième de Cahul.