Il est important d’améliorer le climat d’investissement pour que les Moldaves investissent dans leur propre pays

Interview de l’Agence de presse Info-Prim Neo avec Mélanie Marlett, directrice de pays de la Banque Mondiale pour la Moldavie.

Chère Madame, puisqu’il paraît que c’est votre première interview exclusive donnée depuis que vous êtes en mission à Chişinău, on va vous demander d’abord quelle est votre impression maintenant, au bout d’une étape, sur la Moldavie et les Moldaves ?

- J’ai été très impressionnée par la République de Moldavie et par ses habitants. Ici, les gens sont accueillants, amicaux et bons, pour ne pas mentionner qu’ils sont aussi assidus et dévoués. Ici, je sens un vrai sentiment de patriotisme et un amour des gens envers leur pays. Je suis très honorée pour l’opportunité offerte de travailler dans un pays avec des personnes si merveilleuses.

-Et sur l’envie et la capacité des Moldaves de travailler, vu que la société contemporaine n’a pas encore découvert d’autres voies pour assurer une vie meilleure ?

-Du point de vue microéconomique, l’engagement et le talent des Moldaves de travailler avec dévouement est prouvé par le progrès substantiel réalisé au chapitre transformation de la Moldavie d’une économie planifiée de type soviétique en une économie de marché de petites dimensions, ouverte et dynamique, avec une récupération relativement rapide et une réduction fort considérable de la pauvreté après la crise financière régionale de 1998, par l’élasticité de l’économie de la Moldavie au plus récent choc de la hausse globale des prix de l‘énergie et aussi à la perte temporaire de l’accès aux marchés traditionnels. De surcroît, la Moldavie est un des leaders mondiaux au chapitre du rapport entre paiement et le PIB. Au niveau personnel, j’ai déjà eu des entrevues avec beaucoup de Moldaves dont la plupart m’ont impressionnée par leur envie et leur engagement de s’impliquer dans le processus de développement et d’atteindre des résultats tangibles le plus tôt possible. Et j’ai été très enchantée de constater qu’une partie des personnes qui ont bénéficié d’études de qualité dans les pays développées et qui ont été exposées à maintes opportunités là-bas, reviennent néanmoins chez elles, en Moldavie, et contribuent à la prospérité économique de leur pays.

-On va vous poser la même question concernant la classe politique, économique et financière de la République de Moldavie - votre impression sur l’envie et la capacité de celle-ci de bien travailler ?

- Je suis encore une novice dans les aspects afférents à la Moldavie et il se pourrait que je ne détienne pas des connaissances suffisantes pour être à même de présenter un rationnement robuste à propos de ce sujet. Notre partenaire direct est le Gouvernement de la République de Moldavie et jusqu’à présent on a été content du niveau de coopération et d’engagement de la part de celui-ci. Actuellement, on est à l’étape de finition de notre stratégie de pays pour la Moldavie pour la période 2004- 2007, et on peut affirmer que, somme toute, l’implémentation du programme soutenu par la Banque a été très bonne et on peut avancer avec la préparation de la Stratégie suivante de partenariat avec votre pays pour la période 2008- 2011, en vertu du nouveau Plan National de Développement (PND) du pays. Je tiens à mentionner qu’on est fort content que le PND a été élaboré d’une façon très participative et consultative et que celui-ci, par conséquent, représente les points de vue de plusieurs parties intéressées.

-Encore une question généralisatrice pour les trois antérieures, pourquoi pensez-vous que les Moldaves ne peuvent pas trouver un travail dans leur propre pays, étant mis dans la situation de le trouver dans d’autres pays, ce qui a des répercussions sociales négatives ?

- Je ne généraliserais pas. Il y a des cas où les Moldaves ont trouvé des emplois réels ici et ont entamé leurs propres affaires. La situation actuelle n’est pas le résultat d’un manque d’offres d’emplois sur le marché (au moins, cela n’est pas dû uniquement à ce fait). Dans une plus grande mesure, cela est dû au fait que certains Etats membres de l’UE offrent plus d’opportunités, en comparaison avec celles existantes à présent en Moldavie. Cela ne signifie pas qu’une telle situation persisterait à l’infini. Les pays qui sont actuellement membres de l’UE et qui sont économiquement robustes, ont passé par des processus similaires dans leur passé. La situation pourrait changer en vertu des reformes économiques dans le domaine du milieu des affaires, des politiques sociales, de la collaboration avec l’UE, etc. Les facteurs de décision en matière de politiques en Moldavie devraient probablement tenir compte aussi du fait que la migration est un phénomène répandu à l’échelle mondiale. Actuellement, les gens migrent même des pays plus développés à la recherche de meilleures opportunités. Il existe aussi des exemples de migration massive des autres pays européens, comme la Suède, au début du XX-ème siècle, ou l’Irlande après la deuxième Guerre Mondiale. Il existe même une blague en Irlande qui dit : « Le dernier Irlandais quitte le pays, veuillez éteindre la lumière ». Quiconque pourrait à peine imaginer cette situation, jetant un regard sur ces pays à présent. Actuellement, ces Etats sont les points de destination pour les migrants.

-La Moldavie détient la primauté incontestable, paraît-il, dans le monde, du point de vue du taux des paiements provenant de l’étranger dans le PIB. Qu’est-ce qu’il y a davantage dans ce phénomène : élixir ou dynamite ? A quel point sont vraies les affirmations fréquentes et de longue durée que les transferts d’argents depuis l’étranger assurent la permanence de l’actuel modèle de gouvernement en République de Moldavie ?

-La migration pourrait exercer un impact positif sur l’économie au cas où les ressources monétaires et les flux de devises résultant du travail des citoyens moldaves d’au-delà les frontières du pays serviraient non seulement à la part de consommation, mais seraient également investis dans la création de petites affaires, dans la création des emplois et, en dernière instance, dans la contribution à la croissance économique. On pourrait aussi élaborer des mécanismes pour stimuler les Moldaves qui ont migré pour acquérir des aptitudes en dehors de la Moldavie et qui sont revenus et ont investi en Moldavie. Il est important d’améliorer le climat des investissements pour que les Moldaves investissent dans leur propre pays.

-A présent, on dirige vers la Moldavie d’importants flux financiers externes, y compris de la part de la Banque Mondiale, qui ont tendance à augmenter dans l’avenir. Quelle capacité d’absorption, de valorisation efficiente pensez-vous que possède le pays, quelle sûreté ont les donateurs que ceux-ci ne disparaîtront comme dans les sables, qu’ils ne seront pas volés, comme ça s’est passé dans d’autres endroits ?

-Avant d’être approuvé par le Conseil de Directeurs de la Banque Mondiale, chaque projet est tout d’abord soumis à une évaluation pour analyser en détail la capacité d’utilisation et l’efficience. En supplément, on analyse aussi les accords de gestion financière (contrôle, comptabilité, mise en rapport, audit) et d’acquisitions (les procédures d’acquisition pour assurer la compétitivité) et au cas où celles-ci sont inadéquates, on implémente des mesures de sauvegarde, de sorte que les fonds soient utilisés aux effets préconisés. Ces mesures représentent une assurance adéquate du fait que les fonds seraient utilisés de manière correspondante. En plus, la Banque Mondiale soutient l’augmentation des compétences dans le secteur public par le biais d’une opération de gestion des finances publiques, y compris par l’intermédiaire d’un fond fiduciaire multi-donateur pour la réforme de l’administration publique. Nous collaborons également avec d’autres partenaires de développement pour soutenir le développement des compétences de la Cour des Comptes.

- Comment appréciez-vous, au bout de maintes années d’implémentation, les résultats de la Stratégie pour la Croissance Economique et la Réduction de la Pauvreté, pour laquelle les donateurs externes, y compris la Banque Mondiale, ont offert une assistance importante, y compris financière ?

-Assez positifs. La stabilité macroéconomique générale a été maintenue. La croissance économique a progressé. La compréhension par le Gouvernement du processus d’identification des priorités stratégiques s’est considérablement améliorée. On a consolidé le droit de propriété du Gouvernement sur ce processus, fait confirmé par la récente élaboration du Plan National de Développement sous la surveillance et le conseil tenace du Gouvernement. En même temps, il ne faut pas nous arrêter uniquement aux faits réalisés. C’est pourquoi, il est nécessaire de continuer notre collaboration avec la Moldavie dans le contexte du PND.

-Dans le même contexte, pensez-vous que le Plan National de Développement a plus de chances de succès, ce Plan qui vient relayer le SCERS, et pour lequel on demande derechef d’importants flux financiers aux donateurs, y compris à la Banque Mondiale ?

-Oui, je considère que le PND sera un programme fructueux et que les résultats escomptés seront réalisés. La Banque Mondiale et autres partenaires de développement ont l’engagement de soutenir le PND de façon coordonnée et collaborative.

-Comment appréciez-vous l’état de l’économie moldave à l’étape actuelle et ses perspectives rapprochées, en termes économiques, peut-être même médicaux, par exemple, pour que ça soit à la portée de tout le monde ?

-Malgré la période de transition problématique, je considère que l’économie moldave avance dans le bon sens. Les perspectives à court terme sont prometteuses, grâce à quelques facteurs, y compris à proximité de l’UE et aux perspectives de collaboration avec l’UE pour implémenter le Plan d’Actions avec l’UE. Même dans le contexte des chocs externes considérables, tels que, par exemple, l’interdiction de l’exportation des vins dans la Fédération Russe, les prix élevés du gaz naturel et la sécheresse, l’économie moldave a fait preuve d’élasticité, avec une croissance économique annuelle d’environ 6 pourcent. L’augmentation des investissements et des exportations a été robuste. Donc, somme toute, je suis assez optimiste.

-Si on permettait aux représentants d’une institution sérieuse telle que la Banque Mondiale de répondre aux questions basées sur des rumeurs, comment commenteriez-vous, par exemple, les idées véhiculant que toute l’économie de la Moldavie se trouve sous le contrôle de quelques cercles très rapprochés politiquement et par degré de parenté de la direction de pointe du pays ?

-La Banque n’est pas une institution qui fonctionne à base de rumeurs. C’est pourquoi, je m’abstiendrai de donner une réponse à cette question.

-Aimeriez-vous célébrer la fête de Noël en Moldavie ?

-J’envisage de fêter plusieurs occasions ici en Moldavie. Je veux être exposée à la vie et à la culture de la Moldavie au maximum possible. Le 25 décembre, je serai à Vienne, et le 7 janvier je serai en Moldavie. J’attends impatiemment ces occasions. Je suis très contente par la neige qu’on a maintenant ici. J’aime avoir un Noël avec beaucoup de neige !

Article publié sur http://www.info-prim.md/?x=&y=12374, traduit par Ion Ciobanu.