Stella Ghervas a reçu le Prix de l’Académie Roumaine

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L’historienne Stella Ghervas, originaire de Moldavie, directrice d’études associée à l’Institut d’Etudes Avancées et à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris, a reçu le Prix d’histoire “Alexandru D. Xenopol” 2010 de l’Académie Roumaine pour son ouvrage “Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte-Alliance”, paru l’an dernier aux éditions Honoré Champion à Paris. La remise du prix a eu lieu le 16 décembre 2010, lors de la réunion solennelle de l’Académie Roumaine.

C’est un ouvrage unique qui permet de redécouvrir un personnage historique peu connu – Alexandre Stourdza, qui a joué au XIXe siècle un rôle important sur le plan européen. Pour ce même ouvrage, l’Académie Française avait décerné à Stella Ghervas en 2009 le prestigieux Prix Guizot, qui lui avait été remis par Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de cette institution. C’est la première fois qu’une telle distinction a été accordée à une personnalité moldave. Après être devenue une personnalité de première importance, surtout dans les milieux scientifique de France et de Suisse, Stella Ghervas bénéficie maintenant d’une reconnaissance dans son pays d’origine. L’an dernier, le Conseil Suprême pour la recherche et le développement technologique de l’Académie des Sciences de Moldavie lui a décerné le Prix et le Diplôme d’Excellence, en signe de reconnaissance pour la promotion du patrimoine historique et culturel.

Stella Ghervas et Dan Berindei, vice-président de l'Académie Roumaine
Stella Ghervas et Dan Berindei, vice-président de l’Académie Roumaine

“Les habitants de la Moldavie peuvent et doivent prendre leur avenir en main”

Interrogée sur sa vision concernant les changements de la scène politique et des mass-médias en Moldavie, Stella Ghervas a répondu : “Mon souhait est que les idées et les informations puissent circuler librement dans le pays. Globalement, si la scène politique et les mass-médias doivent changer, c’est en refusant désormais le fatalisme et d’être des outils ou des victimes des jeux politiques des puissances. L’indépendance sur le papier c’est bien, mais une indépendance avec l’auto-détermination, c’est mieux. En ce qui concerne les défis internes de la Moldavie, il y a deux attitudes possibles : soit on cherche des coupables, soit on cherche des solutions. On peut certes blâmer les siècles de domination ottomane, l’occupation soviétique et les nombreuses fautes des gouvernements précédents, mais cela ne produira pas grand-chose de positif. Les médias devraient diffuser la conviction que les habitants de la Moldavie peuvent – et doivent – prendre leur avenir en main”.

L’historienne considère que pour forcer le respect des autres et, particulièrement, des puissances étrangères, “il faut d’abord relever la tête et se forger une estime de soi. La réponse passera forcément par une responsabilisation face aux problèmes intérieurs et aux influences extérieures… et beaucoup de travail”.

Selon Stella Ghervas, pour créer un changement politique, “il faudra d’abord un changement des mentalités. Et pour cela, les médias ont un rôle constructif à jouer”.

“Les hommes politiques doivent montrer un front uni”

Si on ne veut pas revenir au passé, il faut d’abord le connaître et c’est là la contribution de l’historien. Pour aborder la situation de la Bessarabie, il faut comprendre la géopolitique européenne : parce qu’elle est située à l’ouest de la mer Noire, elle s’est trouvée à la fin du XVIIIe siècle sur le chemin de l’Empire des tsars, qui poursuivait sa politique d’expansion en direction de Constantinople et de la Méditerranée. Les motivations de l’entrée de la Russie dans cette région ont surtout été stratégiques et économiques.

Maintenant, si la République de Moldova souhaite vraiment aller en Europe, sa classe politique a sans doute raté le premier train. Mais elle a aussi été entravée : avant d’accéder à l’Union, elle devra avoir réglé ses problèmes territoriaux. Tant qu’il y aura une armée russe en Transnistrie, cela rendra la négociation difficile. La Russie aura des raisons géostratégiques pour vouloir rester présente. C’est là le problème.

Si on ne veut pas revenir en arrière, il faudrait faire en sorte que cette région ne soit plus continuellement soumise contre son gré à des hégémonies étrangères. Pour cela, il est nécessaire que la Moldavie soit intégrée à un système politique européen qui garantisse la paix et la sécurité. C’est pourquoi l’Union européenne apparaît comme une voie de sortie”, constate Stella Ghervas.

Pour les hommes politiques moldaves, elle suggère : “Il leur sera indispensable d’être réalistes et de montrer un front uni pour parvenir à leurs fins. Il leur faudra donc parler d’une même voix et dans un système démocratique, cela veut dire une action collégiale. Certains devront peut-être laisser derrière eux leurs ambitions personnelles afin de servir l’intérêt général”.

Pour ceux qui espèrent un grand changement en Moldavie, l’historienne a exprimé trois désirs : „ Rester unis, liberté pour chacun, ouverture d’esprit vis-à-vis de tous  !”

La République de Moldova devrait laisser derrière elle l’idéologie micro-nationaliste des gouvernements précédents, pour découvrir ce qui rassemble ses citoyens, et aussi ce qui les réunit à l’Europe. Ce pays est une terre de passage, un pont entre les cultures.

Une façon pour la Moldavie d’affirmer son européanité serait d’adopter la devise de l’Union européenne : ‘Unis dans la diversité’. Ou mieux, d’adopter celle de la Suisse, mon pays d’accueil : ‘Un pour tous et tous pour un’, a conclu la titulaire du Prix de l’Académie Roumaine.

Article par Angelina Olaru publié sur http://www.jurnal.md

Traduit pour www.moldavie.fr