Référendum en Gagaouzie : un avertissement …

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Gilles Ribardière
Gilles Ribardière

Article de Gilles Ribardière

Un référendum illégal s’est tenu ce 2 février 2014 dans le district autonome de Gagaouzie, au sud de la République de Moldavie. Etaient posées 3 questions et pour chacune d’entre elles le résultat est massif : entre 97 % et 99%, pour 70 % d’électeurs. Il s’agissait de donner son accord en faveur d’une union douanière avec les Etats de la CEI, son opposition à une intégration plus poussée dans l’UE et le droit à l’indépendance au cas où la Moldavie devrait abandonner sa souveraineté.

On peut bien sûr relativiser un tel résultat en rappelant que seul 150 000 personnes sont concernées, sur une population moldave de 3,5 millions. Mais on doit aussi avoir en mémoire le cas de la Transnistrie, ce territoire qui a fait dissidence et que manifestement la Russie utilise comme instrument de chantage : le vice-ministre russe Grigori Karasin ne vient-il pas de déclarer qu’en cas d’accord d’association de la Moldavie avec l’UE, la réintégration de la Transnistrie va devenir impossible. Il faudra à cet égard expliquer que de tels propos ne constituent pas une ingérence dans les affaires intérieures de la Moldavie …

En tout état de cause, on assiste là à une conjonction de propos et d’actions allant dans le sens de tentatives de dépeçage d’un petit pays qui par ailleurs avec courage entend affirmer son identité en construisant les instruments de la démocratie, sachant que notamment la corruption est une tare difficile à extirper, qu’il subit la blessure d’une région séparatiste, qu’il est à proximité d’une Ukraine particulièrement instable et qu’il est vulnérable face à la conception qu’a Vladimir Poutine du voisinage proche de la Russie et face à l’utilisation par l’hôte du Kremlin de la fourniture du gaz comme arme de chantage.

Comment les autorités moldaves peuvent elles maintenir le cap sans risquer de subir d’autres coups comme ce référendum qui n’est donc pas si anecdotique, compte tenu du contexte décrit à l’instant ? Certes, en maintenant le cap des réformes, mais aussi à condition que l’UE soit à la fois offensive et raisonnable dans ses relations avec la Moldavie.

A cet égard, on doit se féliciter bien sûr de la signature par la Moldavie à Vilnius de l’accord de libre échange, celui-là même qui ébranle l’Ukraine voisine, compte tenu de son refus de dernière minute. S’ajoute la suppression tant attendue de l’obligation de détenir un visa pour circuler librement notamment dans les Etats de l’UE, sous réserve d’être titulaire d’un passeport biométrique. Ces nouvelles modalités devraient être effectives dans les semaines qui viennent ; en effet, le Comité Libertés Civiles, Justice et Affaires Intérieures du Parlement Européen a émis un avis favorable, précédant l’adoption par l’Assemblée de cette levée de l’obligation de visas avant son adoption par le Conseil des Ministres en mars.

On a le sentiment que l’UE a conscience qu’il faut aller vite. Du reste, 13 Etats de l’Union ont adopté un texte incitant à une accélération du processus de signature de l’Accord d’Association, qui pourrait alors intervenir vers la fin août, avant donc les élections législatives moldaves du mois de novembre.
On remarquera les propos tenus ce 11 février à Chisinau par le premier ministre polonais, Donald Tusk : il affirme, en prenant l’exemple de la Pologne, que l’intégration dans l’UE est dans l’intérêt du pays et de sa population. Il revient dans la capitale moldave fin mars, preuve de son intérêt pour la voie suivie par la Moldavie en vue de se rapprocher de l’UE.

Il faut aussi apprécier à sa juste valeur l’intention des ministres des Affaires Etrangères français et allemand, Laurent Fabius et Frank-Walter Steinmeir, de se rendre prochainement ensemble à Chisinau.

Mais il convient de ne pas agir avec le risque de heurter une large opinion soucieuse de voir son pays approfondir son identité : à cet égard il ne faut pas que l’UE, par son activisme, donne l’impression qu’elle viserait à réduire l’indépendance du pays. Sans doute faut-il aussi que la Roumanie se comporte avec circonspection lorsqu’elle exprime par ses propos et ses actions sa solidarité avec la Moldavie, pour ne pas laisser croire qu’elle souhaiterait retrouver les contours de la Grande Roumanie.

Le résultat du référendum gagaouze n’est pas étonnant : il traduit un sentiment de peur - cette population turcophone craint pour son identité et pense qu’elle est mieux protégée dans un ensemble plutôt tourné vers le monde slave qu’elle connaît bien et qu’elle estime sans doute pour avoir respecté son identité, tandis que l’UE, c’est l’inconnu et le risque de disparaître. Notons que dans toute l’UE ce sentiment s’exprime en ce moment avec force.

Mais restons optimistes : ce référendum peut se réduire en une simple péripétie, si la signature de l’Accord d’Association avec l’UE est effective à la fin de l’été, accompagnée d’un discours de vérité sur ce qu’il peut apporter de positif à la population, sans pour autant, au contraire, négliger de nécessaires et non-négligeables apports économiques concrets. Il faut par ailleurs que ces mois soient utilisés pour que soit affinée l’organisation de la diversité des cultures qui vivent sur le territoire moldave, afin d’assurer leur pérennité, leur développement, dans le respect de l’intégrité du territoire.

Le 16 février 2014