Le souci de l’Etat envers la famille fait peur aux cigognes

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Article de Daniela Galai, paru dans le journal « Gazeta libera » le 11 janvier 2007, choisi par Nadejda Demian, traduit par Olga Afanasie et relu par Michèle Chartier.

Les grandes familles deviennent de plus en plus rares en Moldavie, et, dans l’avenir, celles-ci seront une exception. Selon l’opinion de Boris Gîlca, le directeur de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la Population) en Moldavie, la cause réside dans le fait que « les Moldaves ont un trait de caractère spécifique :ils sont des maximalistes. Ils essaient d’offrir le meilleur à leurs propres enfants prenant en compte le principe : tout ou rien. Ce trait de caractère est propre à une société ayant le sens des responsabilités et qui est préoccupée par l’avenir de ses descendants », a ajouté B.Gîlca.

Toutefois, l’âge moyen des femmes qui donnent naissance à leur premier enfant augmente, 24 ans au lieu de 20 ans il y a quelques années, phénomène qui va causer, selon les experts, des résultats négatifs sur le plan démographique. Le manque d’argent, les mauvaises conditions de vie et l’instabilité de leur avenir, sont les causes le plus souvent citées par les couples sans enfants. Les sondages, en revanche, mettent en évidence un paradoxe : on trouve le plus grand nombre d’enfants dans les familles pauvres du milieu rural et non pas dans les familles avec un niveau de vie satisfaisant.

« Il y a des changements démographiques graves qui se produisent actuellement. En grande partie, les couples qui font des études se limitent à un seul enfant, s’identifiant de cette manière à certains états occidentaux, où la natalité diminue énormément », a déclaré le directeur de l’UNFPA.
L’émancipation de la femme et son implication dans des activités autres que les tâches ménagères, l’augmentation de la durée et du niveau de l’éducation, la mobilité sociale, l’apparition des moyens contraceptifs modernes… etc., sont des facteurs signalés par les spécialistes dans ce domaine. L’absence de certaines recherches, prévisions et recommandations d’ordre démographique effectuées au niveau local, font que les modèles des pays occidentaux, où la notion de « childfree » est très répandue, sont empruntés par les jeunes moldaves.

« Childless » (sans enfants) ou « childfree » ?

Autrefois, on plaignait les femmes qui n’avaient pas la chance d’avoir des enfants. Aujourd’hui, par contre, un grand nombre de représentantes du beau sexe insistent sur le terme de « childfree », mettant l’accent sur la notion de liberté, car , selon leur opinion, la maternité entraîne la perte de liberté, la diminution des chances pour faire une carrière et beaucoup de charges financières. D’ailleurs, en Europe, à peu près 10% des femmes atteignent l’âge de 45 sans avoir d’enfants. Les analystes européens soutiennent que le nombre de femmes sans enfants va doubler dans plusieurs pays, excepté l’Allemagne, où le taux respectif est de 30%.

« Childfree » gagne du terrain en Moldavie

Vera Zavandenco, la directrice du Centre « Pro-vita », soutient que la République de Moldavie emprunte les modèles occidentaux, mais malheureusement, elle ne peut pas les adapter à la réalité quotidienne. D’ailleurs, les femmes de l’ouest ne veulent pas d’enfants, car elles mettent en priorité la carrière et l’indépendance financière par rapport à leur mari. Par contre, aujourd’hui les jeunes partent à l’étranger pour gagner de l’argent pour le mariage, la maison et tout le nécessaire pour le ménage, plaçant la naissance de l’enfant au dernier plan, a rajouté V.Zavandenco.

Les données du Bureau National de Statistique montrent que l’indice de la natalité en Moldavie a été divisé par deux, en comparaison avec l’année 1985, qui a connu le plus grand nombre de nouveaux-nés - 21,5 pour 1000 habitants. Selon les statistiques du Fonds ONU pour la Population (UNFPA), à peu près 5% des personnes aptes à la procréation sont stériles, tout autant de personnes ne sont pas stériles. Près de 60 personnes sur 100 qui ont un enfant ou plus, ont affirmé qu’ils ne veulent plus d’enfants. Toutefois, le nombre de la population de la République de Moldavie a diminué ces cinq dernières années de 6,7%, et vers 2050 notre pays aura une population d’un million en moins, ce qui va nous conduire à une crise démographique importante.

Boris Gîlca soutient l’idée que « la baisse de la natalité est provoquée par l’incertitude des jours à venir, le manque de logement et le soutien de la part de l’Etat ». L’augmentation de l’allocation pour la naissance des enfants de 800 lei à 1000 lei n’entraînera pas l’augmentation de la natalité, considère M. Gîlca. Il a cité l’exemple de Moscou, qui offre 1000$ à la naissance du deuxième enfant et celui de la France- avec 5000€.