Le livre d’un auteur de Moldavie a reçu le Prix de l’Académie Française

Stella Ghervas
Stella Ghervas

La chercheuse Stella Ghervas, originaire de Moldavie, a remporté le prestigieux Prix Guizot de l’Académie Française 2009 pour son ouvrage intitulé « Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte Alliance », édité aux Editions Honoré Champion de Paris.

Stella Ghervas est le premier historien à avoir tiré de l’oubli la personnalité de Alexandre Stourdza, conseiller du tsar russe Alexandre I. Alexandre Stourdza faisait partie de l’aristocratie grecque et roumaine. Sa présence au Congrès de Vienne, où il a participé en tant que membre de la délégation du tsar russe, a eu une grande importance historique. Or, c’est Alexandre Stourdza qui a été l’auteur du Traité de la Sainte Alliance (une coalition de l’Empire russe, de la Prussie et l’Empire Autrichien, considérée comme la première organisation internationale censée défendre la sécurité et de la paix en Europe), fait découvert par Stella Ghervas. C’est toujours Alexandre Stourdza qui a proposé que Chisinau soit désignée capitale de la Bessarabie.

C’est un ouvrage unique, de réhabilitation d’une personnalité historique peu connue, surtout dans notre pays, qui dépasse les frontières. Alexandre Stourdza est une personnalité à plusieurs dimensions. Cet ouvrage constitue un volume d’histoire intellectuelle de l’espace sud-est européen et de celui russe au début du XIX siècle », a dit le docteur en histoire, Andrei Cusco. L’ouvrage a également été hautement apprécié par dr. Igor Caşu, dr. Virgil Pâslariuc et dr. Petru Negură.

J’ai travaillé plus de dix ans sur cet ouvrage : il y a eu des déceptions, des encouragements, ainsi que des abandons. J’ai étudié plus de trois milles dossiers que j’ai découverts dans les archives de la maison Pouchkine de Sankt-Petersburg, ainsi que dans celle de Chisinau et de Odessa. Ça a été une aventure et je ne pouvais point imaginer qu’elle allait m’amener à … l’Académie Française », a dit Stella Ghervas.

« Alexandre Stourdza a eu une position ferme à l’égard de l’élargissement de l’Europe. Bien qu’il ait surtout travaillé en Russie, à la cour de Alexandre I, comme un véritable européen, il n’a pas oublié la Moldavie », a dit l’écrivaine lors du lancement de son livre à Chisinau.

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Présentation de l’éditeur :

1815. Après vingt années d’expansion révolutionnaire et napoléonienne, l’heure est à la réaction. La Russie, qui a été menacée dans son existence même, émerge comme pilier du nouvel ordre politique européen. Pour assurer celui-ci, et sceller la paix enfin retrouvée, le tsar Alexandre Ier propose une Sainte-Alliance des souverains et des peuples chrétiens. Il charge son conseiller Alexandre Stourdza (1791-1854) de mettre en forme cette surprenante proclamation politico-mystique bientôt ratifiée par tous les pays du continent.

Après le fracas des armes, le destin de l’Europe se joue désormais dans les chancelleries, dans la presse et dans l’opinion. Face à l’héritage des Lumières, les partisans d’un retour à la tradition sont pourtant divisés : mystiques et théocrates d’un côté, conservateurs plus laïcs de l’autre, catholiques ou orthodoxes, Russes ou Français. Chaque parti, chaque puissance du moment, a en fait sa propre vision du nouvel ordre qui doit régir l’Europe. Défendue par Stourdza de congrès en congrès, la Sainte-Alliance sera bientôt mise en échec par les libéraux allemands, et débordée par le système répressif de Metternich.

Abandonné par son souverain, Alexandre Stourdza quitte le service diplomatique en 1822 pour s’établir à Odessa. Il mettra désormais sa plume au service d’une orthodoxie rénovée, qui soit capable de fédérer les différentes populations chrétiennes de Russie et de l’Empire ottoman. Loin de se réduire à un combat d’arrière-garde, ce grand projet de « modernisation défensive » des sociétés orthodoxes incluait l’émancipation nationale des Grecs et des Roumains, ainsi que l’abolition du servage en Russie.

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Formée d’abord à Saint-Pétersbourg, Stella Ghervas est docteur en histoire de l’Université de Bucarest et docteur ès lettres de l’Université de Genève. Ses travaux portent notamment sur les mouvements culturels et politiques dans l’Europe de l’Est (Russie, Balkans) au XIXe siècle et sur les échanges intellectuels avec l’Occident.

Stella Ghervas est actuellement chercheuse associée à l’Institut d’Etudes Avancées - Paris, où elle travaille sur le projet de recherche « L’Europe élargie : de la Sainte-Alliance au traité de Lisbonne » et dirige un séminaire sur le même sujet. À partir de novembre 2009, elle sera Directrice d’études associée à la Maison des sciences de l’homme de Paris.

Elle est également collaboratrice scientifique à l’Institut d’études sud-est européennes de l’Académie Roumaine (Bucarest) et contribue au programme d’échange inter-académique « Relations de la Russie avec la Roumanie et les pays du Sud-Est de l’Europe (XVIIIe-XXe siècles » avec l’Institut d’Études slaves de l’Académie Russe (Moscou).

Stella Ghervas est l’auteur de nombreuses publications, dont plus de 30 études de spécialité consacrées à l’histoire culturelle et politique européennes et, en particulier, les relations intellectuelles entre les pays de l’Europe de l’Est (Russie, Sud-Est européen) et l’Occident aux XIXe-XXe siècles. Elle a rédigé plusieurs articles et comptes rendus sur des thèmes de géopolitique du monde orthodoxe et sur les imaginaires politiques et culturels européens. Elle est enfin l’auteur de deux monographies relatives aux mouvements politiques et religieux de la première partie du XIXe siècle (Europe de la Sainte-Alliance, Restauration), coordinatrice et éditeur de deux volumes collectifs relatifs à l’histoire et à la géographie de l’Europe, avec un accent particulier sur la question de l’identité européenne (dans une perspective à la fois comparative et transnationale).