Le Ministre de la Culture et les artistes ont des visions différentes

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Une conférence internationale dédiée à la politique culturelle de la Moldavie a eu lieu ces jours-ci à Vadul lui Voda, non loin de la capitale moldave. Dès le premier jour, des divergences d’opinions sont apparues parmi les officiels et la société civile.

Le Ministre de la Culture, Artur Cozma, a confirmé le soutien accordé par le gouvernement de la République de Moldavie à la communauté artistique moldave.

Artur Cozma, ministre moldave de la culture et du tourisme
Artur Cozma, ministre moldave de la culture et du tourisme

Lors du discours du Ministre de la Culture concernant la politique de son institution, quelques directions prioritaires peuvent être mises en évidence. Parmi celles-ci, on peut citer le développement de la culture dans les villages par le biais de la reconstruction des maisons de culture, des librairies et la préservation du patrimoine.

Vlad Us
Vlad Us

« La stratégie est la même que celle d’il y a 15 ans : sauvegarder le patrimoine national, en sorte qu’au moins il ne disparaisse pas. C’est-à-dire, rien n’est prévu pour l’organisation de certains programmes, pour la promotion de nouvelles visions de développement culturel en Moldavie », intervient l’artiste Vlad Us, qui était présent, lui-aussi, à la conférence.

Manque de visions

« Il y a autant de gens talentueux ! En pourcentage, il y a autant de jeunes talentueux qu’en Angleterre, Allemagne ou en Russie. Sauf qu’ils n’ont pas la chance de développer leur fleurir. Nous tuons ces fleurs ici, quand elles commencent à faire des boutons », affirme l’artiste hollandais Ron Sluik.

Etant venu en Moldavie il y a 12 ans, il a suffisamment aimé le pays pour décider de rester dans la capitale, à Chisinau et y créer une famille.

« Le premier problème est que si on constitue un Ministère de la Culture, il faut l’alimenter de la capacité de pouvoir coordonner le procès éducationnel. Mais ici, le Ministère de la Culture est lié au tourisme. Ce qui veut dire que son intérêt prioritaire est de préserver le patrimoine et non pas de créer quelque chose de nouveau. Gaspiller de l’argent pour sauvegarder certains bâtiments, c’est nécessaire, mais ça ne doit pas devenir une priorité. La priorité principale doit être l’éducation. C’est une des raisons principales pour laquelle j’ai commencé à enseigner à l’Université Pédagogique « Ion Creanga » de Chisinau », s’explique Ron Sluik.

« La perspective, je la vois dans une plus étroite collaboration avec la société civile, et notamment, dans la création d’une société civile. Il faut créer des institutions avec un potentiel d’influence autant sur les facteurs décisionnels, ainsi que sur la promotion de nouveaux projets pour la scène locale. Ce que nous devons entamer aujourd’hui, c’est une collaboration étroite. Une collaboration entre les différents acteurs de la culture », intervient Vlad Us.

Ron Sliuk
Ron Sliuk

« Ici, tout est basé sur de relations de famille et d’amitié, mais pas sur la valeur. Et jusqu’à ce que nous ne sommes pas capables de faire les choses, en nous appuyant sur les connaissances et l’expérience, nous perdrons. C’est justement ça que nous sommes en train de faire actuellement. Nous perdons », affirme l’artiste hollandais.

Des jeunes artistes

Ron Sluik travaille sur un grand projet : la création d’un centre d’arts d’alternative à Chisinau. Ce centre a été créé avec l’argent et l’expérience européenne.

Comment voit-il l’avenir des arts en Moldavie, espace où les institutions d’état paraissent se résumer au financement des projets artistiques traditionalistes ?

« A mon avis, tout endroit sur cette planète qui repousse l’art, surtout l’art contemporain - est un pays qui veut la guerre. Je n’accepte pas la guerre dans le pays de mon fils. Peu importe de quelle guerre il s’agisse. Même s’il s’agit d’une guerre métaphorique. Il faut faire quelque chose », répond Ron Sluik.

« On peut compter sur ceux qui ont entre 2 et 23 ans, car ils n’ont pas la mentalité d’un « homo soveticus » et ils n’ont pas connu les frustrations de la période communiste. C’est une génération qui va donner des résultats dans vingt ans. Voilà pourquoi, dans le projet sur lequel je travaille, 50% des actions sont dédiées à l’éducation », affirme l’artiste hollandais.

Ron Sluik propose, lui-même, une solution pour les jeunes artistes jusqu’à ce que les choses reviennent au normal.

« Tu veux devenir un artiste contemporain ? Pars d’ici ! Mais, s’il te plaît, reviens ! Mais pour l’instant, pars ! Ces 2-3 dernières années, j’ai aidé les meilleurs jeunes artistes à partir, dans l’espoir qu’ils vont revenir ».

« Qu’en penses-tu, vont-ils revenir ? »

« Il ne me reste qu’à espérer que oui », conclut sur une note optimiste l’artiste hollandais.

Article publié sur http://www.bbc.co.uk/romanian/news/story/2007/06/070621_moldova_cultura_politici.shtml, traduit par Olga Afanasie.