La corruption et les corrompus potentiels seront pris dans un étau : Interview avec le nouveau maire de Chisinau, Dorin Chirtoaca.

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- Depuis que les résultats des élections ont été révélés, penses- tu être entouré par davantage de personnes à considérer comme des amis ?

  • Existe-t-il déjà des attentes concrètes ?
  • Qu’est-ce que ta mère a dit quand elle a appris la victoire de son fils aux élections ?
  • Est-ce que les répressions et les persécutions du régime pourraient se répéter, en rapport avec le nouveau maire de Chisinau ?
  • A ton avis, pourquoi est-ce que les analystes et les politiciens évitent de qualifier ta victoire comme une victoire face au régime communiste qui est au pouvoir ?

- Depuis que les résultats des élections ont été révélés, penses- tu être entouré par davantage de personnes à considérer comme des amis ?

  • Les amis ne se font pas en un jour et il ne se pose pas le problème aujourd’hui de se faire plus d’amis. Il s’agit d’une situation absolument normale : les citoyens expriment leur joie, ils veulent que les problèmes soient résolus rapidement et ils le font savoir. Je considère cela naturel. Je me réjouis de savoir qu’il existe pareillement une réaction de la part des citoyens qui veulent que nous réussissions, mais qui ont des exigences.
  • Existe-t-il déjà des attentes concrètes ?
  • Un club de sport a souhaité être soutenu afin de participer à un championnat. Les citoyens mettent en avant différents problèmes d’ordre social. Nous nous orientons vers les priorités et nous recherchons des solutions possibles légales.
  • Qu’est-ce que ta mère a dit quand elle a appris la victoire de son fils aux élections ?
  • Elle s’est réjouie, évidemment qu’elle s’est réjouie…mes parents se sont battus toute leur vie contre le régime communiste. En même temps, ma mère m’a dit de faire attention à ce que nous a fait endurer ce régime, en faisant référence à nos expériences et à nos connaissances du communisme : les persécutions, les répressions et les déportations.
  • Est-ce que les répressions et les persécutions du régime pourraient se répéter, en rapport avec le nouveau maire de Chisinau ?
  • La réponse est claire et univoque en ce qui concerne notre capacité à progresser continuellement et à résoudre les problèmes. Pendant la période soviétique et le contrôle total par les communistes, peu de personnes eurent le courage de s’exprimer sans avoir eu peur du régime, en assumant évidemment tous les risques que comportaient les actions anti-communistes. Maintenant, 20 ou 30 ans plus tard, c’est avec la même pugnacité que nous devons aller en avant pour que la situation soit autre pour tous. Du fait de toute l’énergie du régime communiste actuel, il existe beaucoup d’alternatives, il existe un cadre dans lequel nous ne pouvons pas nous manifester plus librement qu’à cette époque. Alors, purement et simplement, une discussion normale aurait signifié notre expédition directe derrière les barreaux.

« Le Parti Communiste de République de Moldavie est en déclin et, très clairement, ne peut plus faire face à la situation »

  • A ton avis, pourquoi est-ce que les analystes et les politiciens évitent de qualifier ta victoire comme une victoire face au régime communiste qui est au pouvoir ?
  • Il est évident qu’il existe une très grande inquiétude en ce qui concerne le gouvernement communiste, par crainte des répressions qui ont fait la force du communisme d’antan. Personne ne devrait accorder trop d’attention au PCRM, vu que ce parti est en déclin et, très clairement, ne peut plus faire face à la situation. Il est important que nous nous concentrions et que nous déterminions comment nous pouvons mettre en place quelque chose de meilleur, de plus durable au service de la démocratie.
  • Tu vas être investi dans ta nouvelle fonction à la mairie dont on dit être touchée par la corruption et où les décisions prises par les fonctionnaires du service public sont « non-transparentes ». Que vas-tu faire, en tant que maire, pour vaincre la corruption au sein de cette institution ? Quel degré de transparence aura cette institution au niveau décisionnel ?
  • Dans un premier temps, non seulement les décisions et les dispositions seront publiques, mais aussi les projets de décisions ainsi que le processus décisionnel dans l’ensemble seront accessibles à la presse et aux citoyens.
    Dans un deuxième temps, nous garderons toujours une relation directe avec les citoyens. Nos collègues du CMC (Conseil Municipal de Chisinau) feront de même pour pouvoir gérer les informations à destination des citoyens en ce qui concerne les abus qui peuvent se produire dans les structures administratives publiques de la municipalité de Chisinau. Seront sanctionnés tous ceux qui transgresseront la prise de décision comme le stipule la loi. Toute tentative d’escroquerie sera punie et la corruption et les corrompus potentiels seront « serrés comme dans un étau ». Ceci s’appliquera également à tous les phénomènes néfastes, incluant la bureaucratie et le dilettantisme au sein l’administration publique locale.
  • Depuis les récentes élections davantage de partis soutiennent la constitution de pôles politiques, par exemple, le pôle social-démocrate. Est-ce qu’un pôle libéral pourrait être créé en République de Moldavie ?
  • Notre position est très claire et je l’ai annoncée publiquement. Nous sommes pour la consolidation des forces libérales et démocratiques, mais dans un cadre comportant certains principes fondamentaux : sans la nomenclature communiste, sans ceux qui ont mis en place les forces d’occupation et de propagande, ni ceux qui ont fait l’éloge des actes communistes, ni leurs complices. Nous nous référons avant tout à l’ancienne direction communiste. Ceux qui ont exploité l’idéologie communiste contre la population ne doivent plus représenter la société dans l’administration publique, ni dans les partis politiques.

« Nous verrons, enfin, combien de communistes nous avons en réalité »

  • Comment est la relation du PL(Parti Libéral) avec le PPCD (Parti Populaire Chrétien-Démocrate) ?
  • J’ai dit très clairement que, au CMC, nous sommes ouverts à toutes les formations politiques, en excluant le PCRM, qui va entrer dans l’opposition. C’est l’option des citoyens. En effet, nous allons procéder à un traitement non-discriminatoire, nous allons entamer une relation de coopération, nous espérons, avec toutes les formations politiques qui ont des représentants au CMC. Maintenant il faudrait que nous voyions quelle sera la position des formations respectives, étant donné que, dans le parlement, certaines de ces formations ont déjà des relations, même les moins tacites, avec les communistes.
  • L’expérience du 4 Avril 2005 a déçu une bonne partie de l’électorat défenseur de la démocratie, manquant de confiance dans nos partis politiques.Penses-tu que, dans le nouveau CMC, un nouveau « vote de la trahison » est exclu ?
  • Vous vous référez à la formation d’une éventuelle alliance avec des communistes ? Si cela arrivait, je verrais, enfin, combien de communistes nous avons en réalité. Pendant la campagne électorale, j’ai dit : nous avons beaucoup plus de communistes, et pas seulement dans le PCRM. Nous sommes conscients que cette situation ne va pas changer. Nous tenons compte de tout ce qui a été fait jusqu’à présent et nous espérons que les partis qui se disent démocratiques, ne vont pas davantage investir dans le PCRM, comme cela s’est produit auparavant, afin de mieux nous entendre avec ces partis. Nous verrons comment vont évoluer les choses. Ce que je peux vous dire c’est qu’il est sûr que nous suivons strictement notre fil conducteur, nous respecterons nos engagements, nous discuterons au CMC des projets en vue de trouver des solutions aux problèmes des citoyens et nous verrons alors quelles seront la réaction et la position des autres formations.
  • Est-ce que des éléments de chantage ont été utilisés pendant la campagne électorale ?
  • Nous avons réussi à dérouler la campagne électorale comme nous l’avons voulue parce que nous avons préparé toutes les étapes importantes pour un scrutin ouvert, juste et sincère. Depuis le début, j’ai senti qu’il y avait des personnes qui auraient désiré s’impliquer dans la campagne du PL, mais qui ont suivi leur instinct personnel, en refusant de se soumettre aux chantages et je les remercie. Nous n’avons pas besoin d’acheter ; ni de vendre au sein du PL, nous n’acceptons pas de négocier les fonctions. Nous nous sommes impliqués à contribuer à la réalisation des changements, pour rendre plus juste l’administration publique. Jamais je ne tolérerai le chantage.
  • Dès le début de la campagne électorale, le président du PL, Mihai GHIMPU, a déclaré qu’il n’avait pas besoin du soutien des autres partis politiques, puisque « Dorin est le maire ». Cela a été une déclaration politique ou aviez vous réellement la certitude que vous alliez gagner ?
  • Pendant la campagne de 2005 déjà, j’étais convaincu que la victoire serait la nôtre. Les évolutions ultérieures ont démontré que nous avions une trajectoire correcte, mais qu’il fallait que nous suivions nos idées et que nous ne commettions pas les mêmes erreurs et les mêmes incohérences dans nos activités et le travail que nous réalisions. J’ai constaté que le PCRM n’a aucun sens à Chisinau et je suis allé de l’avant, plus proche des gens, pour promouvoir notre programme et notre plate-forme électorale. Cela a été une compétition, mais j’avais la conviction que nous pouvions gagner.
  • Les relations du nouveau maire, Dorin Chirtoaca, avec le président du PL, Mihai Ghimpu, sont sans cesse commentées, laissant place à diverses interprétations…
  • Je ne veux pas me fier aux affirmations issues de mauvaises informations et fondées sur de mauvaises intentions, concernant la situation au sein du PL. La liberté d’expression est une réalité et chaque personne est libre de croire en ses idées. Nous sommes ouverts d’esprit, quiconque peut venir voir ce qui se passe au PL. Nous avons une équipe qui s’est consolidée ces dernières années, une équipe qui grandit sans cesse, nous avons beaucoup de jeunes qui s’impliquent pour pouvoir contribuer à la réalisation des changements dans la société ; j’y pense, ceci disant, aux législatives de 2009, aussi. Le mérite appartient en majorité à M. Mihai Ghimpu, qui a eu le premier l’idée de cette stratégie politique pour le PL. Il a mis beaucoup d’efforts pour d’éviter des déviations ou des dérapages qui auraient ultérieurement pu nous placer dans une situation difficile.
  • Pendant la campagne électorale, as-tu rencontré Veasceslav Iordan, ton adversaire à la candidature ?
  • Nous nous sommes rencontrés une seule fois, au lycée « Mihai Viteazul », où j’ai été invité. J’avais compris qu’il [Veasceslav Iordan] était présent en tant que père. J’ai salué tout le monde, amicalement, je me suis adressé à M. Iordan en lui demandant : « Comment allez vous, qu’avez-vous fait de votre gant ? » Il a réagi violemment, en gesticulant de façon agressive, en me crachant à la figure des paroles déplacées. Il m’a dit : « Tais toi, tiens-toi sage ! » Je n’y ai pas fait de commentaires. J’ai compris que ce n’était pas le moment de plaisanter. J’ai invité les jeunes, les élèves, les diplômés de ne pas oublier que j’ai fait mes études au lycée « Mihai Viteazul », et que Mihai Viteazul a lutté pour un idéal à l’attention des générations futures.
  • Que penses- tu du procès intenté à certains membres du Conseil de Coordination de l’Audiovisuel ?
  • Je ne connais pas l’affaire dans les détails, mais il n’est pas exclu qu’il s’agisse d’une action politique pour entacher l’image du CCA, afin d’établir un autre moyen de contrôler le Conseil ou encore les moyens de communication électroniques, comme ont toujours essayé de le faire les communistes. Je ne sais pas si, jusqu’à présent, le gouvernement a compris qu’il fallait mettre sur pied un méchanisme dans les institutions publiques, afin de rétablir la vérité, la transparence et l’équilibre au sein du CCA. Nous allons chercher une solution concrète afin de rétablir la vérité.

« Nous attendons, à présent, qu’un bourreau nous rende justice ? »

  • Dernièrement, le gouvernement a décidé que les déportés qui revendiquent leurs droits sur les propriétés séquestrées par le régime soviétique doivent détenir un certificat d’héritage. Comment a pu naître une telle idée dans l’esprit des membres du gouvernement ?
  • Une telle idée a été adoptée par le régime communiste. Les communistes sont ceux qui nous ont déportés en Sibérie, ceux qui se sont moqués de notre population et ce sont ceux qui gouvernent aujourd’hui. Nous attendons, à présent, qu’un bourreau nous rende justice ? Compte tenu des conditions imposées par les communautés européennes et le CE, de nombreuses fois les communistes ont voté des lois qui paraissaient être justes, car leurs titres semblaient répondre aux attentes des communautés européennes, cependant dans le fond, certaines clauses rendaient impossible la résolution des problèmes.
  • Quelle serait la solution à prendre dans ce cas de figure ?
  • Une seule, que nous prenions leur défense au niveau administratif, que nous acceptions leur retour au pays et que nous résolvions le problème avec l’aide de l’administration publique locale, et ce n’est qu’après que les changements seront faits sur le plan national, que nous pourrons résoudre le problème du point de vue des normes de l’administration centrale.
  • Les anciens employés de Antena C et de Euro TV, ainsi que les bénéficiaires des ces chaînes, vivent encore avec l’espoir que le nouveau CMC pourrait revoir les décisions de privatisation des deux chaînes municipales. Vas-tu soutenir la remise en cause de ces décisions ?
  • Nous pensons que ces décisions doivent être remises en cause, mais je ne suis pas sûr qu’après cela, nous pourrons recréer Antena C et Euro TV tant que la loi votée inhibe toute décision du CMC. Nous pouvons contourner ces décisions mais les chaînes ont déjà été privatisées et nous nous retrouvons soudainement face à une impasse. Les nouveaux propriétaires pourront invoquer le fait qu’ils aient été de « bonne foi ». Nous allons essayer de leur redonner la situation qu’ils avaient auparavant, mais, sachant que leur disparition est la conséquence d’une loi votée par le Parlement, je ne sais pas par quelle mesure le CMC pourra résoudre un problème issu d’un acte normatif avec une forte puissance juridique. Si nous ne pouvons pas résoudre le problème dans un délai suffisamment court, en 2009, après les élections parlementaires, le nouveau Parlement pourrait rendre à l’administration publique locale le droit de recréer les chaînes de radio et de télévision.
  • A propos, que vas-tu faire en 2009 ?
  • En 2009 je continuerai d’exercer ma fonction de maire, je ne serai pas candidat à la fonction de député.

Article publié sur http://www.garda.com.md/135/interviu, traduit par Maël Bieules. Relecture - Michèle Chartier.