L’union fait la force !

Les paradoxes de la recherche d’identité

Nous publions l’article d’une étudiante, Cristina Aparatu, qui a participé à Chisinau à la marche du 16 septembre en faveur de l’union avec la Roumanie. Son propos s’inscrit dans la recherche que les citoyens de la Moldavie engagent pour affirmer l’ identité de leur pays mise à mal durant des décennies compte tenu des vicissitudes de l’histoire.

Or, parmi d’autres, deux courants s’opposent : celui défendu par ceux qui prônent une appartenance à l’ensemble « étranger proche » souhaité par la Russie, et celui défendu par ceux qui militent pour l’union avec la Roumanie ; or dans les deux cas on aurait une identité diluée dans un plus vaste ensemble, ce qui constitue un réel paradoxe car qui dit dilution, dit disparition ! Bien évidemment entre ces deux extrêmes s’expriment des voix qui insistent sur l’histoire originale de la République, sa structuration sociale spécifique, ce qui ne dispense pas de rechercher l’équilibre dans les relations avec le monde de tradition slave et celui tourné vers l’Europe de l’Ouest sans pour autant s’y laisser absorber.

Mais pour nous en tenir au courant favorable à l’Union avec la Roumanie, tout en étant conscient qu’il regroupe des courants de pensée qui peuvent aller jusqu’à un nationalisme dangereux, nous devons essayer de comprendre pourquoi des jeunes comme Cristina peuvent adhérer à ce désir d’union. Il y a d’abord le rejet radical de tout ce qui rappelle la présence soviétique. Ensuite il y a l’attirance pour l’Ouest avec le constat que le voisin roumain, qui partage la même langue, a su s’intégrer à l’Union Européenne.

Et puis il y trois faits : d’abord nombreux sont les futures élites moldaves qui se forment dans les universités roumaines, ensuite nombreux sont les Moldaves qui ont un parent de nationalité roumaine qui vit de l’autre côté du Prut, et enfin il y a le phénomène massif d’obtention du passeport roumain qui constitue le sésame pour parcourir librement le monde …

Alors, à la communauté internationale de tenir compte des aspirations légitimes d’une reconnaissance et affirmation de l’identité moldave, en y apportant des réponses satisfaisantes qui empêchent les excès nationalistes.

Gilles Ribardière

Article de Cristina Aparatu

Le 16 septembre est considéré comme le jour de Bucarest. Ce jour-là, les rues de Chisinau ont été remplies par les drapeaux tricolores et on a entendu des slogans comme : « union avec la Roumanie ».

Un groupe de jeunes a organisé une dénommée « marche de l’union ». Ces jeunes ont voulu donner un signal à la classe politique, aux citoyens des deux Etats roumanophones et à la communauté internationale : selon eux, la réunification de la Moldavie et de la Roumanie est déjà un processus irréversible et un grand nombre de personnes la désirent. Ceci est démontré par la récente enquête organisée en Roumanie selon laquelle près de 90% des Roumains veulent l’union. La plateforme civique « Action 2012 » a appelé toutes les forces pro-union de la Moldavie à rejoindre la Marche du 16 septembre pour sortir dans les rues de Chisinau, pour montrer qu’ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants, toujours plus unis !

Bien que la police municipale a déclaré qu’à la marche il n’y avait que 1200 personnes, des sources non-officielles du Service d’Information et Sécurité disent que plus de 8000 personnes ont participé à la marche. Je suis heureuse que les gens de tous âges, de toute catégorie, de tous les horizons, des parents avec leurs petits enfants ont participé à cette marche ; moi- même, j’étais avec mon père.

Les chants et les discours patriotiques ont animé l’atmosphère, des historiens, des politiciens et des artistes ont aussi participé à cette marche pour soutenir le désir de réunification nationale. Les manifestants ont défilé pendant environ une heure et demie sur le parcours déterminé par la mairie.

Je me pose la question si cette manifestation aura un résultat, si nous allons revivre cette année 1918, où il y avait la grande unité de tous les pays roumains. Mais je suis sûre qu’il y aura un prise de conscience de la population et peut-être le 16 septembre a réussi à attirer de nouveaux adeptes. La Grande Union, selon moi, a été le plus grand événement de notre histoire roumaine, et je crois que nous avons l’obligation de lutter pour revenir à ce que nos ancêtres nous ont laissé et surtout de préserver notre identité nationale. Nous allons faire l’histoire et un nouvel avenir dépend de nous !

Le 23 septembre 2012

P.S.Pour éclairer l’article de Cristina Aparatu, nous conseillons vivement la lecture de l’article de Julien Danero Iglesias : Moldavie, la crise politique en cache une autre. A cet effet, connectez-vous à « ladocumentationfrancaise.fr ». En bas de page, cliquez sur « plan du site », puis en bas à droite « p @ges europe ». Sur la colonne de gauche allez sur « tous les produits » où compte tenu du classement par dates vous irez à : 10/09/2012.