Gianni Boninsegna : « La Moldavie est un sujet de film »

Gianni Boninsegna est un journaliste italien « qui flirte avec la Moldavie depuis plus de dix ans. » Lors sa première visite, il a connu un pays pauvre et sombre, mais il ne considérait pas cela un défaut, mais plutôt une opportunité. Il est sûr qu’un pays pauvre peut devenir riche.

Depuis plusieurs années déjà, il coordonne plusieurs projets dans le secteur énergétique. Il est (comme lui-même il aime le dire) un pont entre la Moldavie et les investisseurs étrangers qui veulent avoir des affaires dans notre pays. Chaque fois qu’il à l’occasion, il ne cesse pas de dire que la Moldavie est un beau pays, un endroit stratégique favorable aux investissements, ainsi qu’une voie ouverte vers la CEI. Gianni dit qu’il veut renoncer à toutes ses activités en Italie et cela arrivera bientôt.

Qui est Gianni Boninsegna ?

Je suis italien et pour la première fois je suis arrivé dans en Moldavie en 1999. J’ai pratiqué l’athlétisme. Depuis 1999, je viens très souvent, même plusieurs fois par mois.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir dans notre pays ?

Il y a deux raisons : la vie privée dont je ne veux pas parler, et le désir de faire quelque chose pour votre pays.

Comment pensez-vous aider ce pays ?

De diverses façons. Tout d’abord, l’objectivité avec laquelle j’essaye de parler à des étrangers, à des entrepreneurs, par exemple, parler de ce qui se passe dans votre pays et des efforts déployés pour éliminer la pauvreté. Cela nécessite des investissements.

Que faites-vous maintenant en Italie ?

J’ai abandonné le sport pour le journalisme. Maintenant je travaille en Italie en tant que porte-parole d’une équipe sportive. Mais j’ai l’intention de travailler en Moldavie, maintenant je négocie un poste dans le domaine des investissements étrangers. Je veux être un pont entre les investisseurs étrangers et les autorités locales. Sans manque de modestie, je connais très bien la langue roumaine, la culture et vos possibilités.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour connaître tellement bien notre pays ?

Chaque jour, j’apprends quelque chose. Je ne sais pas tout, mais assez pour aider la Moldavie. Ces dernières années, le gouvernement est plus ouvert au développement et aux négociations.

Comment avez-vous trouvé le pays à la première visite ?

J’ai trouvé un pays typique est-européen, avec différents problèmes et avec un régime qui n’a pas vraiment fait des efforts pour les résoudre.

Quels étaient, selon vous, les problèmes les plus impérieux ?

Il est évident que les egns, surtout dans les villages, se débrouillaient mal et que l’infrastructure publique est très limitée. Franchement, je ne voyais pas de bon avenir pour le pays. L’aspect le plus difficile était que la société et le gouvernement étaient fermés. Même maintenant, les gens ne vivent pas très bien, mais il y a de l’espoir.

Comment pourriez-vous caractériser les gens d’ici tels que vous les avez vus alors ?

Les gens ont de la dignité, c’est un peuple qui ne dérange personne, à l’étranger il n’y pas d’« incidents » avec des Moldaves. Vous avez une bonne conduite et soutenez les personnes âgées. Vous êtes bons ici, comme à l’étranger. Les Moldaves sont laborieux. Je veux bien qu’ils puissent travailler dans leur pays, aux côtés de leurs proches.

Qu’en pensez-vous, pourquoi les Moldaves ne font pas d’affaires ici, mais partent travailler à l’étranger ?

C’est une situation naturelle. Les conditions d’ici ne sont pas encore propices aux affaires. On a besoin d’un grand changement. Le problème c’est que les gens veulent voir des résultats concrets à partir d’aujourd’hui, mais malheureusement cela n‘est pas possible. Des changements sont nécessaires dans tous les domaines – légal, judiciaire, fiscal. D’après ce que nous voyons, le nouveau gouvernement essaye de changer ces aspects. Sous le gouvernement communiste, cela était plus difficile.

Pourquoi ?

Personne ne veut investir dans un pays où l’on doit « remercier » chacun. Et puis, vous n’êtes pas protégés par le pouvoir judiciaire. On a besoin d’être en sécurité. Ce n’est pas juste que tout soit contrôlé par un groupe de personnes.

Dans quel domaine peut-on investir dans notre pays ? Il y a des domaines-clés. Par exemple, a-t-on vu de grands mouvements dans le secteur de l’énergie ces huit dernières années ? Avez-vous entendu parler de l’interconnexion énergétique avec l’UE, la sécurité énergétique, les énergies alternatives ? Je ne crois pas … Les investisseurs ont maintenant de la confiance, et vous savez pourquoi ? Parce qu’ils voient qu’on leur crée des conditions favorables. Je sais beaucoup de gens qui veulent investir dans les énergies alternatives, un secteur qui pourrait créer de nombreux emplois. Je suis maintenant impliqué dans plusieurs projets de ce domaine.

Que connaissent les investisseurs sur le pays où ils souhaitent avoir des affaires – la République de Moldavie ?

Les investisseurs ne sont pas tous pareils. Il y a des gens sérieux et instruits, informés et il y a des gens qui savent très peu sur la Moldavie et ils pensent que c’est un pays des merveilles. Beaucoup d’entre eux s ’aventurent, mais s’arrêtent souvent sans obtenir de résultats.

Quelle est la chose la plus importante qu’un investisseur doit savoir sur notre pays ?

Un investisseur doit connaître la situation économique et juridique dans le pays.

Compte tenu de vos connaissances, comment voit-on la Moldavie depuis l’extérieur ?

Depuis l’extérieur, la Moldavie est considérée comme un pays qui tente de se développer. L’UE suit les réformes et la façon dont elles sont déroulées. La République Moldavie est un sujet de film, sans blague.

Vraiment ?

Moi, je ne suis pas le seul à penser que la Moldavie est une véritable histoire de succès, les représentants de l’Europe l’affirment aussi.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour apprendre le roumain ?

Pour un Italien ce n’est pas tellement difficile de le faire. Nous parlons une langue latine et beaucoup de mots se ressemblent. Il m’a fallu environ deux à trois ans.

Parlez-vous russe aussi ?

La langue russe est plus difficile, je parle un peu russe, mais je ne peux pas encore bien m’exprimer, je l’apprends de toute façon.

Vous en avez besoin ?

Ça dépend … En Moldavie il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas parler le roumain. Certains ne le parlent vraiment pas, tandis que d’autres tout simplement ne veulent pas le parler. Pour certains, c’est commode, car ils ne considèrent pas avoir besoin du roumain.

Mais il semble que vous avez besoin de la langue roumaine, pourquoi ?

Parce que la langue roumaine est la langue d’Etat.

Comment trouvez-vous notre pays maintenant, 13 ans après ?

C’est un pays qui a fait du progrès, mais qui réalise que ce n’est pas assez. Je veux lancer un message - il faut de la patience, parce qu’on ne peut pas tout faire dans peu de temps.

Cette année, ont été publiées deux études controversées sur la Moldavie. La première nous plaçait les premiers en Europe du point de vue de la consommation d’alcool, la seconde étude affirmait qu’une femme moldave sur trois se prostitue au moins une fois dans la vie. Qu’en pensez-vous ?

Les auteurs de ces études ne sont pas venus en Moldavie pour trouver des informations concrètes et fiables. Des chiffres erronés ont été présentés et la Fondation Scelles de France l’a reconnu. En termes de consommation d’alcool, il y a vraiment un problème, surtout parmi les jeunes et les personnes âgées.

Auriez-vous un message à adresser aux investisseurs ?

La Moldavie est attractive de plusieurs points de vue. Il suffit de dire la vérité : c’est un pays stratégique par sa situation géographique, intéressant, la main-d’œuvre n’est pas chère et c’est une porte ouverte vers le marché de la CEI.

Article de Irina Papuc repris sur le site http://www.timpul.md/articol/gianni-boninsegna-republica-moldova-este-un-subiect-de-film-36186.html

Traduction – Liliana Anghel