Et après le 7 décembre ?..

0 vote

Article par Gilles Ribardière

Gilles Ribardière
Gilles Ribardière

On sait que suite à l’échec de l’élection de Marian Lupu en tant que Président de la République de Moldavie, quatre parlementaires du Parti des Communistes (PCRM) ont quitté leur organisation.
Plusieurs questions se posent alors. Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés au moment du scrutin du 7 décembre ? Vont-ils rejoindre le parti de Marian Lupu ou créer un nouveau parti ? A qui profite la situation actuelle ? Comment peut-elle se débloquer ?

En fait, on savait que des discussions ardues avaient lieu au sein du Parti des Communistes, ce qui avait pour effet de laisser ouvert l’espoir d’une sortie de crise le 7 décembre. Dans une interview de Marian Lupu ce 17 décembre à Radio Free Europe, celui-ci admettait qu’il y eut des contacts avec des membres du PCRM pour envisager d’aborder positivement la journée du scrutin.

Mais peut-être ces quatre personnalités en voie de « dissidence », conduites par Vladimir Turcan et Victor Stepaniuc (que Radio Free Europe dit être jusqu’ici considéré comme l’idéologue du PCRM) ont-elles estimé prématurée la certitude d’atteindre le nombre suffisant de voix en vue d’avoir une chance quasi-certaine d’aboutir à l’élection du Président ? Sans doute, ont-elles alors préféré jouer « profil bas » pour mieux aborder la suite des événements.

C’est ce qui s’est passé. Un risque a ainsi été pris, celui de laisser perdurer la crise institutionnelle, mais tout en sachant que le gouvernement n’est pas empêché de travailler. L’apport de quatre voix pour la désignation du président aurait de toute façon été insuffisant. La dissidence n’aurait servi à rien sinon à isoler ses promoteurs.

S’amorce ainsi une nouvelle étape. Il n’y a toujours pas de Président de la République. Mais avant des élections législatives en 2010, rendues à présent obligatoires, il y a le temps d’une recomposition du paysage politique.

Deux options s’offrent aux quatre élus démissionnaires du PCRM. Intégrer un autre parti, et plus particulièrement le Parti Démocrate de Marian Lupu, ou créer une nouvelle formation. Il semblerait qu’une telle solution tienne la corde en ce moment. Elle aurait sans doute l’avantage d’attirer d’autres membres du PCRM.

Il paraît évident que le parti de Vladimir Voronin ne semble pas pouvoir tirer profit de son attitude intransigeante. Les observateurs estiment en général qu’il s’est mis hors jeu, prenant le risque de contribuer au maintien du pays dans une situation chaotique. Ce parti espère que l’Alliance pour l’Intégration Européenne va se briser très vite, que la population va se retourner contre elle du fait d’une situation économique et sociale se dégradant. Outre qu’il n’est guère productif de fonder une action politique sur un déclin annoncé, il apparaît assez clairement que la population ne comprend pas la non-désignation de Marian Lupu à la tête de l’Etat ; dans la même interview de Radio Free Europe, Marian Lupu se prévaut du reste d’un fort soutien de l’opinion publique.

Il s’ensuit qu’il réaffirme sa candidature à la fonction suprême, en visant peut-être un renforcement d’un pôle de centre-gauche incluant son parti et celui qui serait formé par les dissidents du PCRM.

Il n’en demeure pas moins attaché à l’Alliance pour l’Intégration Européenne, qu’il sait ne pas être homogène, mais dont il ne veut pas croire que certaines de ses composantes se radicaliseraient en faisant l’impasse sur les accords qui fondent cette alliance.

Reste que les résultats des futures élections peuvent ne pas permettre de nouveau la formation d’une majorité suffisante pour élire le Président de la République. Cependant, il apparait bien que la classe politique dans son ensemble n’entend pas changer dans l’immédiat la constitution en instituant l’élection au suffrage direct du Président, même si ce devrait être pour certains la solution d’avenir : Marian Lupu y est favorable, de même que l’opinion publique, semble-t-il. Mais cela aurait pour conséquence une modification fondamentale de l’équilibre entre les pouvoirs…Une telle réforme ne peut être de simple circonstance.

En revanche, estime Marian Lupu, introduire pour la prochaine échéance, la formule d’un vote des parlementaires à la majorité simple après deux tentatives appliquant le principe de majorité qualifiée pourrait être envisagé, sans que ce soit considéré comme la violation des principes fondamentaux de l’actuelle constitution.

Pour ma part, je pense que même si du point de vue purement juridique la mise en œuvre de cette réforme a minima peut se révéler délicate, on doit aussi considérer que rester des mois, voire plusieurs années, avec un Président par intérim, par ailleurs Président du Parlement, ne paraît pas la meilleure application des principes démocratiques tels que pratiqués dans « la vieille Europe » !

On peut donc penser qu’une partie du monde politique moldave, les mois qui viennent, va tenter de mettre un terme à l’imbroglio institutionnel auquel le pays se trouve confronté. Ce monde politique devrait par ailleurs bouger, avec sans doute un renforcement du centre-gauche composé du PDM et d’une nouvelle formation peut-être, la poursuite du déclin du PCRM s’il persiste dans sa mise hors du jeu politique actuel, éventuellement une recomposition du centre-droit, qui affirmerait, plus nettement qu’il ne le fait en ce moment, son orientation atlantiste.

Je signale à cet égard, une excellente étude sur les évolutions possibles du paysage politique, par Petru Culeac, à lire sur le site www.azi.md/en/comment/7796