Elections en Moldavie - Lunettes de vue contre des voix.

Source : http://www.romanialibera.ro/a96062/alegeri-in-moldova-ochelari-contra-voturi.html

Auteurs : Gabriel Bejan, Petre Badica

Mercredi, 23 Mai 2007

A Costesti, localité du district Ialoveni, située à 30km de la capitale Chisinau, à quelques semaines des élections locales, les villageois pensent que le temps des communistes est révolu et que ces derniers devraient laisser leur place à d’autres. Les gens avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, des jeunes lycéens aux retraités, qui, eux, on connu l’expérience soviétique de la Moldavie, ont la conviction que laisser le pouvoir aux communistes n’est plus une solution.

Mais les jeux sont loin d’être faits. A Chisinau le parti à sorti 100000 $ pour faire venir en concert la star du pop russe Filip Kirkorov, ancien mari de Alla Pugachiova.

En revanche, dans les villages les voix s’achètent beaucoup moins cher et coûte à peu près une paire de lunettes. Le mois dernier 83 milles paires de lunettes de vue ont été distribuées gratuitement dans les provinces. L’argent pour cet investissement a été prélevé du budget de l’Etat.

Un jour quelques voitures se sont arrêtées devant la Mairie de Costesti. Plusieurs personnes ont annoncé la distribution gratuite de lunettes de vue. La nouvelle s’est vite rependue et dans une demi-heure la mairie était prise d’assaut. Les portes ont été défoncées. Un médecin ophtalmologue consultait sommairement. Serghei Grigorita a attendu que la foule se disperse pour recevoir lui aussi le présent empoisonné de la part des communistes.

« C’est une bonne chose qu’ils aient pensé à nous et qu’ils nous aient offert des lunettes. Je ne peux pourtant pas les utiliser car j’ai mal à la tête et j’ai le vertige quand je les mets. Toutefois je ne voterai pas pour eux ».

Serghei a 79 ans et a été pendant 40 ans prêtre à l’église du village. Ses enfants sont partis travailler en Israël. Lui-même vit d’une retraite de 450 lei moldaves (moins de 30 €) par mois.

La situation politique est paradoxale et trouve un correspondant de l’autre côté du Prut. Même si avant les élections on trouve difficilement des gens déclarant qu’ils vont voter PSD, à la sortie on trouve toujours de très bon scores pour ce parti. Ainsi le parti de Voronin à toutes ses chances.

Un Chiffre d’Affaires de 100$ par jour

Le village n’a pas profité du fait que Victor Stepaniuc, candidat possible à la présidentielle dans deux ans, soit né à Costesti. Célèbre pour avoir eu l’idée d’introduire dans les écoles le manuel d’histoire moldave, Stepaniuc a coupé les liens avec le village natal. Il n’a pas gardé la maison parentale. Le village n’a pas reçu non plus aucun de fonds préférentiels, comme l’ont fait certains hauts fonctionnaires, pour la modernisation de ses infrastructures.

Les maisons sont décentes, avec deux ou trois chambres, certaines avec étage. Sur la route quelques locaux roulaient en voitures de luxe - Mercedes, BMW - , indifférents au mauvais état de la route en gravier, très poussiéreuse. Même si les habitations s’élèvent partout où il existe un peu d’espace, le village à meilleure apparence que ceux du sud de l’Olténie ou du nord de la Moldavie en Roumanie. La différence est dans le prix. Une maison à Costesti sans eau courante, mais connectée au gaz naturel, peut être achetée avec 2000$.

A la gargote du village, baptisée « Cafète », la vie est belle. De la musique occidentale raisonne sans être trop gênante, les serveuses sont aimables, les prix raisonnables et les clients peuvent consommer à crédit. Tatiana et Victoria ont chacune 25 ans. Elles sont contentes de leur salaire mensuel qui est de 1000 lei moldaves (60 € environs). Victoria est déjà divorcée. Elle nous conseille de revenir plus tard pour voir l’attroupement qu’il y a chaque samedi soir.

« Ce qui se consomme le plus c’est la bière « Chisinau » à 12 lei (0.7 €) la bouteille de ½ litre, la vodka « Perfect » à 60 lei (3.6€) la bouteille et le poisson frit à 8 lei (0.5€) l’unité. Dans le village il ya plusieurs endroits où des personnes âgées se réunissent, mais il n’y a que chez nous que vous trouver un vrai bar », nous dit avec fierté Tatiana. La fille nous explique qu’elle vend pour 1500 lei (90 €) de marchandises par jour habituel.

« Les villages sont déserts »

Le prêtre Filip Filaret de l’église St. Nicolas du village nous a accueilli chaleureusement. Il dit qu’il ne prêche pas la politique et qu’il ne dira pas aux croyants comment voter : « Les communistes promettent beaucoup de choses aux gens, comme pour des idiots, avant de passer le cap. Ils ont donné quelques bribes aux retraités, des majorations de retraites, mais c’est très peu par rapport aux prix qui ont augmentés. »

Filip Filaret est en service depuis 35 ans sans interruption, malgré le fait qu’à un certain moment des 1500 églises en Moldavie il ne restait que 93. La majorité d’entre elles ont été transformées en salles de sport ou foyers culturels. « Notre église a échappé à la furie communiste uniquement parce qu’elle porte le nom de St. Nicolas, faiseur de miracles. Le commissaire soviétique qui nous menaçait tout le temps s’est repenti à la fin de sa vie et moi, je l’ai confessé ».

« Comment vivent les gens du village ? » « Chez nous, ça va encore, mais ailleurs les villages sont déserts. Ils sont partis sur toute la Terre. J’ai entendu parler d’un Moldave de Costesti qui est allé vivre en Jamaïque et qui vit avec une africaine. Ils s’entendent et vivent bien. »

Nous sommes arrivés à Bucarest très tard dans la nuit, après neuf heures de route - en évitant les trous chez nos voisins, arrêtés une heure et demie au poste de frontière d’Albita, conduisant avec une extrême prudence pour éviter les radars de la police routière roumaine qui guettaient affamée sur les routes. Je me suis arrêté au kiosque du parterre de mon block d’habitation et j‘ai acheté une conserve de poisson. J’ai payé 50 000 lei roumains (1.5€) en regardant l’étiquette à moitié décollée et j’ai éclaté de rire. J’ai réalisé que j’avais payé la même somme pour un morceau de saumon grillé, magnifiquement préparé, dans un restaurant chic de Chisinau.

Politique : « ils n’ont pas bien arrosé les communistes »

Sur une colline près de Chisinau, Père Culai faisait paître quatre vaches. Il a été très étonné d’apprendre qu’un cochon coute deux fois plus cher à Bucarest qu’en Moldavie. Pour 100 $ le vieil homme s’est offert de nous vendre une bête de 150 kg.

Après, il nous a montré dans la vallée un des plus longs circuits de motocross en Europe. «  Des Italiens devaient venir investir, construire des hôtels, des tribunes. Il paraît qu’ils n’ont pas suffisamment arrosé les communistes et tout a été gelé. La Moldavie était un pays très riche. J’ai chargé des wagons de céréales, des richesses que les Russes acheminaient vers Moscou. Le temps des communistes est passé et il faudrait qu’ils s’en aillent. »

Dans une vie d’homme simple, il a construit trois maisons : une pour lui-même, l’autre pour son fils et la troisième pour sa femme. L’année dernière il a vendu un terrain constructible pour 4000 € et vit bien. Son fils, camionneur en Finlande, le tient au courant de ce qui se passe dans le monde libre.

Pauvreté : Les investisseurs ne se précipitent pas en Moldavie

Même si les politiciens proclament un rapprochement accentué de la République de Moldavie, les hommes d’affaires ne sont pas très attirés par le pays d’outre Prout. Ce fait est visible à l’œil nu en Bessarabie, où les marques roumaines ont une présence plutôt discrète. En cinq jours je n’ai vu que deux voitures immatriculées en Roumanie et quelque cinq Logan transformées en taxi.

En même temps les représentants de la diplomatie et les hommes d’affaires de notre pays sont optimistes quant au futur des relations économiques, mais accusent les imperfections de la législation qui sont parfois plutôt une barrière aux investissements étrangers.

Les chiffres officiels montrent que le volume des échanges commerciaux entre la Moldavie et la Roumanie à augmenté de 37% en 2006 par rapport à l’année antérieure, atteignant 567 millions de dollars. Avant la fin de l’année dernière, le capital roumain investi ici était de 71 millions de dollars.

L’Attaché commercial de la Roumanie en Moldavie, Ion Serban, affirme que cette valeur va augmenter les prochaines années, car la Moldavie représente une rampe de lancement pour les pays de la CEI et, en même temps, les investisseurs disposent d’une main d’œuvre à très bas prix (le salaire moyen est de 100 $ environs).