Du potentiel chez les artistes bessarabiens

Auteur Marin Turea

Provenant de www.bbc.ro

BBC Romanian.com du 14 septembre 2006

(http://www.bbc.co.uk/romanian/news/story/2006/09/060914_time_out.shtml )

Choisi par Cristina Jumir, traduit par Anastasia Albu et relu par Michèle Chartier.

Les trois Muses (Clio, Euterpe et Thalia)
Les trois Muses (Clio, Euterpe et Thalia)

Ils ne sont pas nombreux, mais malgré tout cela, ils ont fait du bruit autour d’eux. L’été dernier, les chansons du groupe « O-Zone » pouvaient être entendues même dans les supermarchés nord-américains, tandis que l’artiste Pavel Braila annonce à Chisinau l’apparition du premier passeport moldave européen. Quelques paradoxes et contradictions que les artistes bessarabiens ont rencontrés dans l’émission « Time Out ».

« Je ne vois pas ce que l’art contemporain a à faire sur une chaîne nationale ou commerciale avec une grande audience. Jamais, jamais », dit Paul Cuzuioc. Paul Cuzuioc est le producteur d’une émission dédiée à l’art contemporain, diffusée hebdomadairement sur la chaîne publique télévisée « TVR Cultural ». Une attitude paradoxale à la première vue, mais, en effet, une attitude réaliste, fondée sur l’expérience du milieu artistique ainsi que sur celle de son public.

Le but des principales chaînes c’est l’audience et l’argent. Plutôt un téléfilm en « prime time » sur TVR qu’une émission sur l’art contemporain. C’est la loi du marché : on mise sur des choses insignifiantes et cela continue ainsi. Cette discussion serait trop longue pour expliquer pourquoi l’art contemporain - et l’art en général - est si formel comme une sorte de « niche » à part, croit le producteur Paul Cuzuioc.

Dans la plupart des cas, pour les sociétés en transition, comme c’est le cas pour la République de Moldavie , la discussion sur les réalités du domaine des arts se bloque sur quelques conclusions générales à propos du manque du financement. En abordant le sujet de façon plus approfondie, il y existe des détails qui pourraient expliquer la situation de manière plus nuancée.

« Personnellement je crois que la volonté est une chose très importante. On ne peut pas, en tant qu’artiste, se réveiller à midi et dire : « je me sens paresseux, je ne fais rien ». On dit aux amis qu’on n’a pas eu d’inspiration. Non. Il s’agit de volonté. L’artiste est comme n’importe quel humain qui travaille. On se réveille, on s’adapte au système. On travaille. L’inspiration vient en travaillant, si on a besoin d’elle. Il ne s’agit pas de la routine, mais bien de la détermination. Si on a déjà l’Internet chez soi, on ne peut pas dire que certains espaces sont isolés ou inaccessibles » dit Paul Cuzuioc. Or, même si le facteur humain se trouve partout à la base de la réussite d’un artiste, en Moldavie existent des barrières qui vont au delà de ce cadre.

Le problème c’est qu’il n’existe pas de feed-back. Il faut d’abord pénétrer dans le couloir roumain pour pouvoir accéder à la « salle à manger » européenne, faute d’absence d’un public. A quoi bon se révéler quelque part où le public fait défaut ?

« On fait de la radio pour que les gens nous entendent, on fait de l’art visuel pour que les gens nous voient. C’est normal que les talents partent. Ils partent là où quelqu’un les voit, les apprécie, les motive à travailler continuellement. Je suis ici, car en Moldavie je ne peux pas avoir tout cela ».

« Lorsqu’on n’expose pas son œuvre, on ne peut pas avoir de réflexion sur son travail en le montrant seulement à ses amis. Non. L’art doit être vu, doit être commenté, critiqué. L’artiste ne travaille pas pour exposer ses travaux dans sa cave ou pour les montrer à ses proches », dit Paul Cuzuioc.

Tous ces facteurs contribuent méthodiquement à la formation d’une mentalité spécifique aux Moldaves, peu importe leur domaine d’activité, depuis les ouvriers dans le bâtiment jusqu’aux artistes. L’activité dans un petit état est perçue avec scepticisme par beaucoup de gens , pourtant déterminés.

Il existe déjà de nombreux exemples dans des domaines absolument opposés : des histoires de réussites réalisées par des Bessarabiens qui se sont imposés à l’étranger. Il n’existe presque pas d’artistes locaux de renommée qui ne professent que pour le public local. Celui-ci est plutôt regardé comme un le pôle d’attachement auquel ils s’adressent habituellement.

« Sur le nombre d’artistes, la Moldavie ne peut se comparer à la Roumanie, mais sur la qualité, elle le peut facilement. Ce que Nicoleta Esinencu fait dans le théâtre contemporain est comparable avec n’importe quel théâtre fait ici. Oui, cela, c’est un problème ».

« Le public ne peut pas s’élargir s’il n’existe pas plusieurs artistes pour pouvoir faire un choix. Combien d’artistes existe-t-il chez nous : un, deux, trois, quatre, dix, vingt ? C’est tout. Certains partent, certains restent. Certains, soit changent de job , soit partent ailleurs chercher du boulot, un boulot qu’ils n’ont jamais désiré mais qui permet de survivre. L’émigration c’est le destin de la Moldavie. C’est clair comme de l’eau de roche » conclut Paul Cuzuioc.

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