Nadia sur le front russe

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Article par Alina Radu

Nadia est professeur de langue roumaine dans le village de Pârâta, situé dans la région transnistrienne de la Moldavie. Cela fait déjà 25 ans qu’elle enseigne le roumain et plusieurs promotions d’élèves lui sont reconnaissants. Après l’université, toutes les collègues de Nadia ont cherché un emploi à Chişinău ou dans la banlieue de la capitale moldave, tandis que Nadia a fermement décidé de rentrer dans son village natal pour enseigner le roumain. Etant l’aînée dans la famille, elle a suggéré à ses deux sœurs et deux frères de faire comme elle – rentrer dans le village après avoir fini leurs études. Ils ont tous suivi son conseil et sont revenu à Pârâta pour travailler. Cela n’a pas du tout été facile.

La vie dans un village sur le Dniestr paraîtrait particulièrement attirante, mais, depuis 1992, cette région doit faire face à des provocations permanentes. Mais eux, ils ont résisté.

Quant à Nadia, elle a élevé deux enfants et continue à enseigner le roumain. Beaucoup d’entre ses collègues ont abandonné l’école et sont partis travailler à l’étranger à la recherche d’une vie meilleure. Ils sont partis illégalement, en utilisant de faux visas, mais, au bout de quelques ans, ils ont fait leur vie dans divers pays européens. D’autres villageois, y compris des professeurs, ont trahi le roumain et ont pris la citoyenneté de l’ainsi-dite république transnistrienne afin de bénéficier d’une meilleure pension de retraite.

Nadia n’a pas cédé et elle n’est pas partie. Si elle a quelques fois quitté la Moldavie, c’était pour participer à des congrès pédagogiques tenus en Roumanie ou pour visiter ses enfants installés dans ce pays. Elle a aussi rendu des visites à des amis qui vivent à l’étranger. Elle n’a pas beaucoup voyagé. Par contre, elle a passé la frontière beaucoup de fois, même trop. Or, les sorties de son village sont contrôlées par des postes militaires. Vadim Pisari, son villageois, a payé de sa vie le fait qu’un militaire russe n’a pas aimé comment il avait traversé le pont. Nadia, comme tous les gens des villages moldaves situés au-delà du Dniestr, a appris à traverser les ponts prudemment.

Pendant les 25 ans de tourments, Nadia n’a pas cessé de rêver à une vie meilleure. Mais elle a réalisé qu’une vie meilleure ne peut pas se faire à Pârâta, car les militaires russes se comportent de plus en plus comme des maîtres dans la zone, tandis que les autorités de la Moldavie visitent de plus en plus rarement ce vilalge.

Nadia a pris la décision de faire une démarche pour réacquérir la citoyenneté roumaine. Mais on l’a informée qu’elle n’avait pas ce droit. Ce verdict lui a fait beaucoup de mal, car enseigner le roumain pendant un quart de siècle dans sa région c’est comme enseigner le roumain sur un front russe. Si Nadia avait demandait la citoyenneté russe, elle l’aurait facilement acquise, mais elle a préféré rester une Roumaine sans papiers officiels.

Parfois, l’envie lui vient de sortir pour quelque temps de Moldavie, d’aller visiter ses amis ou collègues dans des pays européens, mais obtenir un visa a toujours été une corvée, y compris du point de vue financier. Or, un enseignant n’a pas d’argent supplémentaire à payer pour le visa.

Depuis 28 avril dernier, Nadia peut voyager sans visa dans les pays de l’UE. De même que ses frères et sœurs. De même que ses enfants. De même que d’autres enseignants de la région transnistrienne. Et Nadia souhaite partir. Elle ne sait pas encore si c’est pour longtemps. Elle ne sait, non plus, si elle part immédiatement ou plus tard. Nadia sait seulement qu’un tel pas est possible. Elle est encore dans son école, dans la salle de roumain, mais elle sait qu’elle n’est plus un otage dans son village situé dans la région transnistrienne, elle sait que de nouvelles opportunités se sont ouvertes pour elle.

Nadia a une page sur Facebook. Le 28 avril, elle a lu sur des réseaux sociaux plusieurs commentaires qui blâmaient la libéralisation du régime de visas. Certains se vantaient qu’ils détenaient des passeports roumains depuis des années, d’autres – qu’ils ont des visas de longue durée, et d’autres encore disaient qu’ils étaient partis depuis longtemps et qu’ils ne voulaient plus rien. Nadia n’a pas eu la chance d’obtenir une autre citoyenneté, ni un visa. Elle n’a pas eu assez d’argent pour acheter de faux papiers. En fait, Nadia n’a pas voulu s’enfuir, ni trahir. Elle a toujours travaillé pour la Moldavie. La libéralisation du régime de visas est pour elle. Et pour des gens comme elle.

Source : http://www.zdg.md/editoriale/nadia-de-pe-frontul-rusesc
http://www.zdg.md/editoriale/nadia-de-pe-frontul-rusesc

Traduit pour www.moldavie.fr