La Moldavie entre deux cultures

Gilles Ribardière
Gilles Ribardière

Article de Gilles Ribardière

Autour de la République de Moldavie, le climat est plutôt hostile. Le voisin ukrainien semble chatouiller les principes d’indépendance de la justice en s’engageant dans une poursuite acharnée contre l’ancienne premier ministre Ioulia Timochenko ; l’autre voisin, la Roumanie, a du mal à s’extirper du spectre de la dictature Ceausescu et est prise dans la tourmente dans laquelle l’Union Européenne se débat, cette Union Européenne à laquelle aspire malgré tout une majorité de la population moldave.

Parmi les grandes puissances composant l’UE, la France ne semble pas marquer un empressement particulier pour favoriser un processus d’intégration. Elle semble, par la voix du Président Sarkozy, s’intéresser ces derniers temps plus au Caucase et notamment à la Géorgie. Quant à l’ancienne puissance occupante, elle se prépare au retour à la présidence d’un leader qui entend redonner à la Russie une influence sur une partie de ses anciennes possessions.

Cela ne constitue pas pour la Moldavie les conditions d’un développement serein. Y a-t-il pourtant quelques signes qui seraient un peu plus positifs pour l’aider à trouver la voie vers l’intégration souhaitée au sein de l’Union Européenne ?

On peut penser que la reconduction en Pologne de la majorité conduite par Donald Tusk assure un soutien de poids en faveur du long parcours de la Moldavie vers l’UE. Varsovie en effet ne manque pas de donner de bons points en faveur de Chisinau ces derniers mois, surtout en comparaison de ce qui peut être constaté en Ukraine ou au Belarus.

La Roumanie, par diverses actions, s’attache à accrocher la petite république à l’ensemble européen : en distribuant par exemple plus de 1000 bourses aux étudiants moldaves, en accordant relativement facilement la nationalité roumaine aux citoyens moldaves (mais selon une procédure moins facile qu’annoncée), en facilitant le transit des habitants éloignés de moins de 50 km de la frontière.

Mais l’ensemble de la classe politique européenne a besoin d’être convaincue. Or ces derniers mois on sent une crispation à toute idée de nouvel élargissement de l’Union Européenne. On sent un repli des Etats sur eux-mêmes, compte tenu de la crise de la dette de la Grèce, par exemple, un rejet de « l’autre », à qui on accole sans discernement le nom de Rom, et la Moldavie serait une source potentielle d’une « nouvelle invasion de populations peu maîtrisables ».

Il faut donc tenir un discours pédagogique ferme, insistant sur la vocation naturelle de la République de Moldavie à être dans le cercle européen compte tenu de la langue commune qu’elle partage avec la Roumanie, compte tenu du fait que la langue française connaît une diffusion encore dominante dans le pays, qu’une part non négligeable de sa population se trouve aujourd’hui notamment en Italie (on parle d’un peu plus de 300 000 Moldaves). Ajoutons que plus qu’aucun autre pays de l’Europe, la Moldavie est une interface entre deux traditions culturelles : l’occidentale et la slave - en effet, la présence russe sur plusieurs siècles a eu pour effet d’imprégner aussi les mentalités.

L’Union Européenne devrait comprendre qu’elle pourrait tirer profit d’un partenaire ayant une compréhension de deux cultures, considérées souvent comme antagonistes, ancrée dans ses gènes.

Le 13 octobre 2011