Publicité Votre publicité ici !

La Roumanie perd son gouvernement : ce que ça change pour la Moldavie

Le Premier ministre pro-européen Ilie Bolojan a été renversé mardi 5 mai par une alliance inattendue entre socialistes et nationalistes . Une crise politique qui inquiète Bucarest — et Chișinău.

La Roumanie vient de vivre sa énième crise politique en moins de deux ans. Son gouvernement pro-européen est tombé mardi sous les coups d’une motion de censure. Pour la Moldavie, dont l’avenir européen dépend en grande partie de la stabilité de son voisin roumain, c’est une mauvaise nouvelle.

Le Parlement roumain a voté mardi la censure du gouvernement, à la suite d’une alliance entre les sociaux-démocrates du PSD et l’extrême droite pour faire tomber le Premier ministre pro-européen Ilie Bolojan. La motion de censure a recueilli 281 voix sur les 233 nécessaires pour être adoptée dans un Parlement qui compte 464 sièges.

© Jorge Franganillo / Flickr CC BY

Cette alliance a tout d’un calcul politique. Le PSD avait quitté la coalition fin avril, en contestant les mesures d’austérité du gouvernement. En s’agrégeant à l’AUR pour renverser Ilie Bolojan, il a obtenu un coup politique immédiat contre un premier ministre libéral, mais au prix d’une proximité très critiquée avec les nationalistes.

Qui est Ilie Bolojan et pourquoi est-il tombé ?

Bolojan était arrivé au pouvoir en juin 2025 avec une mission claire : redresser les finances publiques roumaines, parmi les plus déficitaires de l’UE. Sa promesse était claire : remettre de l’ordre dans des finances publiques très dégradées et maintenir la Roumanie sur une ligne pro-européenne. Mais ses mesures d’austérité — gel des salaires publics, hausse des taxes, coupes dans les dépenses — ont irrité le PSD dont les électeurs en ont payé le prix.

© Daniel Mihailescu / AFP

Bolojan a dit qu’il avait pris des mesures difficiles mais nécessaires qui avaient effectivement regagné la confiance des marchés dans le gouvernement roumain. Trop tard : le PSD avait déjà choisi de le lâcher.

Une crise qui profite aux nationalistes

L’Alliance pour l’unité des Roumains — l’AUR — sort renforcée de cet épisode. En s’alliant avec ce parti nationaliste pour faire tomber Bolojan, le PSD a contribué à le légitimer davantage sur la scène politique roumaine. Avec 37% d’opinion favorable dans les sondages, l’AUR dépasse déjà le PSD dans les intentions de vote. Une montée en puissance qui inquiète les partis pro-européens — et leurs alliés à Bruxelles.

Pourquoi ça concerne la Moldavie ?

La Roumanie est bien plus qu’un voisin pour la Moldavie. C’est son principal avocat au sein de l’Union européenne, le pays qui parle la même langue, qui accorde la nationalité roumaine à des centaines de milliers de Moldaves, et qui soutient activement l’adhésion moldave à l’UE.

La Roumanie doit encore mettre en œuvre des réformes et des investissements liés à son plan de relance avant l’échéance d’août 2026. Un blocage politique à Bucarest pourrait retarder ces engagements — et affaiblir la voix roumaine dans les négociations européennes concernant la Moldavie. Le président roumain Nicusor Dan a néanmoins assuré que son pays resterait sur la voie pro-européenne. Le camp présidentiel insiste sur la continuité de l’État. Pour Chișinău, c’est un message rassurant — mais la crise est loin d’être terminée.

Revenir en haut
Soutenir par un don