Pourquoi cette décision ?
Plusieurs événements se sont produits en même temps :
– les prix mondiaux du pétrole et du gazole ont fortement augmenté, les cotations du gazole passant d’environ 880-900 dollars la tonne mi-juin à près de 1 300 dollars ;
– les tensions au Moyen-Orient perturbent les routes maritimes internationales ;
– les livraisons de brut kazakh via le terminal de Novorossiisk ont été temporairement interrompues, ce qui affecte les raffineries roumaines auprès desquelles la Moldavie s’approvisionne ;
– le faible niveau du Danube empêche les barges de charger à pleine capacité vers le port moldave de Giurgiulești, obligeant davantage de livraisons par camion, plus lentes et plus coûteuses.
Résultat : les stocks commerciaux de gazole sont tombés d’environ 17,6 jours de consommation fin juin à seulement 6,9 jours. Le 27 juillet, 53 stations-service sur les quelque 590 que compte le pays ne disposaient plus de gazole.
Que signifie concrètement cet état d’alerte ?
L’expression peut impressionner, mais il ne s’agit pas d’une situation de crise comparable à un état d’urgence. Elle donne aux autorités des moyens d’agir rapidement :
– accélérer les formalités douanières et créer des « corridors verts » aux frontières pour que les camions-citernes passent plus vite ;
– limiter l’achat de gazole dans des récipients de plus de 40 litres, afin d’éviter le stockage massif par des particuliers — avec une exception pour les agriculteurs, qui doivent pouvoir ravitailler leurs machines aux champs ;
– demander aux institutions publiques de réduire leur consommation de gazole d’au moins 20 % ;
– n’autoriser les exportations depuis le port de Giurgiulești que si des stocks minimaux de 7 500 tonnes de gazole et 2 500 tonnes d’essence sont garantis pour le marché intérieur ;
– majorer temporairement la marge de commercialisation du gazole de 25 dollars par tonne, soit environ 0,37 leu de plus par litre, pour permettre aux importateurs de continuer à approvisionner le marché malgré la hausse des cours.
Le gouvernement a en revanche refusé de libéraliser le marché des carburants, comme le demandaient les importateurs : le prix maximum reste fixé chaque jour par le régulateur national de l’énergie.
Les automobilistes doivent-ils craindre une pénurie ?
À ce stade, non — mais ils sentiront un effet limité à la pompe, avec la hausse d’environ 0,37 leu par litre de gazole.
L’objectif même de la mesure est d’empêcher qu’une pénurie ne survienne. Les autorités insistent sur la nécessité d’agir avant que la situation ne se dégrade, en pleine période de récolte où la consommation de gazole est particulièrement élevée. Environ 6 000 tonnes de gazole sont d’ailleurs entrées dans le pays en 24 heures, et un nouveau transport de même capacité était attendu dès le lendemain.
Un autre sujet de préoccupation : l’eau
Lors de la même réunion, le gouvernement a également déclaré un état d’alerte hydrologique. Le niveau du Dniestr est exceptionnellement bas, ce qui pourrait à terme affecter l’approvisionnement en eau potable de certaines régions, dont Chișinău, si la situation devait encore se détériorer.
Ce qu’il faut retenir
Cette décision montre surtout que la Moldavie reste très dépendante des marchés internationaux pour son approvisionnement énergétique. Face aux tensions géopolitiques et aux difficultés logistiques, le gouvernement préfère intervenir rapidement plutôt que d’attendre l’apparition d’une véritable crise.
Pour les citoyens, il ne s’agit donc pas d’un motif de panique, mais plutôt d’un signal que les autorités surveillent de très près l’évolution de la situation afin de garantir la continuité de l’approvisionnement en carburant dans les prochaines semaines.


