L’Union Européenne se rapproche …

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Article de Gilles Ribardière

La fin de ce mois de novembre est présentée par certains observateurs comme une étape historique importante pour la Moldavie. En effet, les 28 et 29 novembre a lieu à Vilnius un sommet au cours duquel devrait être acté l’Accord d’association et de libre échange dans le cadre du Partenariat Oriental de l’Union Européenne.

Manifestement, la Moldavie semble être la plus à même d’entrer dans ce processus, avec, dans une moindre mesure selon moi, la Géorgie. Quant à l’Ukraine, son gouvernement a choisi de se mettre hors jeu.

Pour la Moldavie, ce qui devrait se passer à Vilnius constitue l’aboutissement d’années de transformations courageuses par des gouvernements résolument favorables à l’intégration européenne. Le contexte est pourtant délicat : une Russie hostile qui a en main, par exemple, l’arme de l’approvisionnement en hydrocarbures, ainsi que la question de la Transnistrie ; une situation économique difficile, un exode de nombreuses forces vives …

Mais la volonté demeure plutôt largement partagée par la population, comme en témoigne le résultat d’un récent sondage : 48% des personnes interrogées affirment être favorables à l’intégration contre 34% hostiles, 10,6% restant indécis. Plus spectaculaires sont les 62% de personnes interrogées pour qui la libéralisation du régime des visas est importante.

Toutefois, on peut être interrogatif si on croise ces données avec celles que livre le baromètre politique : le PCRM, qui marque une moindre appétence pour le rapprochement avec l’UE – c’est le moins qu’on puisse dire - obtiendrait, si des élections avaient lieu maintenant, 34,9% des voix, tandis que les 3 partis, PDLM, PD et PL, de la coalition favorables à l’intégration ne cumulent que 29,4 des voix.
Certes ces partis sont pratiquement stables par rapport au mois de mai, tandis que le PCRM perd 4%, mais le fait est là : aujourd’hui une opposition moins favorable au rapprochement avec l’UE dominerait la vie politique du pays.

Certes, il y a eu une démonstration de force le 3 novembre à Chisinau : des dizaines de milliers de manifestants sont venus clamer leur désir d’intégration dans l’UE. Mais le succès semble être à mettre au crédit du pouvoir en place et non d’une société civile suffisamment structurée susceptible de prendre l’initiative d’une action de masse.

Par ailleurs, il n’est peut-être pas particulièrement pédagogique de faire croire que le rapprochement avec l’UE aurait pour conséquence un mieux être dans les meilleurs délais …Il eut sans doute été plus exact d’appeler à la poursuite de l’effort ; mais le langage de vérité lorsqu’il est sans concession n’est pas apprécié des populations où que ce soit. Alors on peut comprendre le langage optimiste des dirigeants politiques à cette occasion ! Mais si après la signature de l’accord les effets espérés en faveur de la population tardent, les sondages favorables aux partis hostiles à l’accord seront transformés en faits réels : le PCRM est à l’affût et garde sa capacité à mobiliser des foules, comme en témoigne la manifestation organisée ce 23 novembre, même si elle a réuni une foule moins importante que les partis pro-européens au début du mois de novembre.

Cela étant, l’UE doit aussi agir avec fermeté pour engager la Moldavie dans la voie irréversible du rapprochement devant conduire à l’intégration. Sur ce point, les autorités européennes restent encore prudentes par excès. Or, il y a urgence. Une grande part de la population, on l’a vu, a l’œil tourné vers un PCRM qui a le regard plus volontiers porté du côté de Moscou ; quant aux autorités de l’Ukraine voisine, elles viennent de faire machine arrière par rapport à l’UE ; mais on sait que dans ce pays une part importante de la population aspire à une autre problématique. Si le travail UE/Moldavie est exemplaire avec à la clé des résultats tangibles en faveur de la population, Kiev, par effet de contamination, pourrait connaître des évolutions internes telles qu’un virage vers l’Ouest serait de nouveau amorcé. Ainsi non seulement l’après Vilnius serait effectivement profitable pour la Moldavie, mais aussi pour l’Union Européenne dans sa démarche raisonnable d’élargissement.

Pour terminer, on reproduira ici les propos d’un leader de l’opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, rapportés par le journal Le Monde et qui bien qu’appliqués à son pays sont tout à fait appropriés pour qualifier les enjeux pour la Moldavie de la signature de l’Accord d’association : « Ce n’est pas un choix entre l’Ouest et l’Est, c’est un choix entre l’avenir et le passé ».

Le 25 novembre 2013