Une Moldave a remporté le plus prestigieux prix français d’histoire

C’est dans le cadre d’une cérémonie somptueuse que l’historienne Stella Ghervas a été récemment récompensée par le prestigieux Prix Guizot 2009 de l’Académie Française, pour son livre “Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte-Alliance”, paru chez Honoré Champion à Paris. C’est la première fois qu’une personnalité originaire de Moldavie remporte ce prix. En signe d’appréciation et de gratitude pour la promotion à l’étranger du patrimoine historique et culturel national de notre pays, l’Académie des Sciences de Moldavie a quant à elle accordé à Stella Ghervas un Prix et un Diplôme d’Excellence. Cette distinction lui a été remise lors d’une réunion solennelle du Conseil suprême pour la recherche et le développement technologique de l’Académie des Sciences.

Stella Ghervas, une Moldave récompensée par l’Académie Française, également distinguée dans son pays

« Je suis très heureuse et honorée d’avoir reçu cette distinction prestigieuse, qui a une signification particulière pour moi, de la part de l’Académie des Sciences. Il y a 18 ans, quand j’ai entamé les premières recherches qui ont mené à ce livre aujourd’hui récompensé, j’ai fait un séjour de deux mois ici, à l’Académie, au cours de mon itinéraire de chercheur de Saint-Pétersburg à Bucarest. Me retrouver ici, après plusieurs années, c’est revenir chez moi et j’en suis très heureuse », a dit la chercheuse.

« Le personnage de mon livre, Alexandre Stourdza, était un intellectuel et un diplomate d’origine greco-roumaine qui vécut durant la première moitié du XIXe siècle et qui œuvra dans la diplomatie russe et européenne. C’est lui qui rédigea le premier traité européen signé par tous les Etats du continent : la Sainte-Alliance. Il fut également l’auteur du premier statut de la Bessarabie après son annexion. Mais il avait surtout souhaité être un messager pour l’Occident de son monde orthodoxe - un monde certes attiré par la prospérité matérielle et le progrès, mais en même temps désireux de conserver ses traditions séculaires héritées de Byzance, de plus en plus remises en question par la sécularisation de la société et la modernité.

En fait, ce dilemme est encore d’actualité. Alexandre Stourdza était-il un précurseur ? Son rêve d’unir pacifiquement l’Europe entière semble aujourd’hui se concrétiser, avec l’élargissement de l’Union européenne après 2004, en direction de l’Est et du Sud-Est. Cette reconnaissance intellectuelle qu’il avait espérée et qu’il a à mon avis méritée, il la trouve d’une certaine façon aujourd’hui, après deux siècles. Cette récompense me donne de l’espoir pour l’avenir de cette Europe qui n’est pas seulement unie, mais surtout élargie », a dit Stella Ghervas.

Aux côtés des sommités du monde francophone

Mentionnons que le Prix Guizot de l’Académie française a été remis, sous la coupole de l’Académie, par sa Secrétaire perpétuelle Hélène Carrère d’Encausse. La seule et unique cérémonie annuelle publique de cette célèbre institution, au cours de laquelle les prix sont traditionnellement remis avec solennité, est toujours un événement imposant. Être parmi les lauréats est d’autant plus flatteur que l’Académie n’est pas seulement une institution d’écrivains et de chercheurs célèbres, mais aussi et surtout la protectrice et l’arbitre de la langue française.

« Participer à une de ces cérémonies imposantes de l’Académie française est, je crois, un moment assez unique dans une vie ! La Garde républicaine présente les honneurs, accompagnée de roulements de tambours, à chaque lauréat et à ses invités, ainsi qu’aux académiciens. J’ai eu le bonheur d’être accompagnée par mon père, qui est venu à Paris à cette occasion, ainsi que par quelques amis suisses et français. Ma plus grande satisfaction a été de me retrouver parmi des auteurs exceptionnels, lauréats de cette vénérable institution, fondée par le cardinal de Richelieu en 1635 », a relevé la chercheuse.

Les surprises de Stella Ghervas ne s’arrêtent pas là. Son livre consacré Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l’Europe de la Sainte-Alliance a été mis en lice pour l’attribution du XXIIIe Grand Prix d’Histoire Chateaubriand, considéré en France comme le plus prestigieux dans le domaine de l’histoire (si on exclut les prix de l’Académie) et qui récompense le meilleur livre d’histoire de l’année.

Les quelques 1’400 livres d’histoire publiés en France en 2009 ont été soumis à une présélection, après quoi dix ouvrages seulement ont été retenus. Signalons que, parmi leurs auteurs, Stella Ghervas est l’unique d’origine non-française et que la plupart des candidats sont des sommités, historiens ou écrivains déjà reconnus en France et dans le monde francophone.

Le Grand Prix d’Histoire Chateaubriand récompense une œuvre de recherche historique ou d’histoire littéraire, une édition critique substantielle ou une fiction fondée sur des travaux historiques sérieux, portant sur la période contemporaine de Chateaubriand au sens large, c’est-à-dire de la fin du siècle des Lumières jusqu’au XIXe siècle. Fondé en 1987 et doté de 15 000 € par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, il a déjà été attribué notamment à Jacqueline de Romilly, Gérard de Senneville, Paul Veyne et à Emmanuel de Waresquiel. Parmi ces lauréats, Jacqueline de Romilly est l’académicienne la plus âgée de l’Académie Française (98 ans !), tandis que Paul Veyne et Emmanuel de Waresquiel sont considérés parmi les plus remarquables historiens et écrivains vivants.

Article par Angelina Olaru, publié sur http://www.timpul.md/