Paul, 24 ans

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« Je suis né à Chişinău. Quand j’ai eu un an, ma famille a déménagé à Ialoveni, une ville en périphérie de la capitale. J’ai fait des études de relations économiques et internationales. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai pris des cours de journalisme pour me réorienter et maintenant je suis reporter à Radio Europa Libera.

J’habite avec mes parents. Pour le moment ça n’a pas de sens de louer un appartement puisque je voyage souvent, à quoi bon dépenser mon argent dans une location ? Mes parents sont un peu comme des colocataires, ça ne me dérange pas d’habiter avec eux.

Je suis journaliste freelance, mon salaire est différent chaque mois, il varie selon mon temps de travail. Quand je travaille beaucoup, je n’ai que peu de temps pour sortir avec mes amis.

Je parle le roumain, l’anglais et le russe. Le russe, je le parle moins bien parce qu’à Ialovenu, la ville où j’ai grandi, les gens parlaient plus roumain que russe. Concrètement, je parle le russe seulement quand j’en ai besoin. La majorité de mes amis parlent roumain et/ou anglais.

J’aime la Moldavie parce que c’est un pays « exotique ». Chişinău n’est pas très différente des autres capitales. Mais dans les villages les gens sont spéciaux. Ils se comportent de manière sincère, ils parlent, pensent et regardent les choses différemment. C’est ça que j’aime et mon travail me permet de voyager dans ces villages moldaves. Ce que j’aime le plus, c’est de parler avec les anciens. Parfois j’ai l’impression qu’ils sont les seuls à penser dans ce pays. Ce sont des sages. Ils ont vécu la guerre, puis la paix, ont beaucoup souffert. Ils comprennent bien mieux ce qui est important dans la vie.

Les dernières élections ont montré l’influence qu’a eue l’Union Soviétique sur les citoyens de ce pays. Presque une personne sur deux a voté pour le Parti Communiste. Ils attendent toujours que l’État fasse tout pour eux, même de prendre les décisions à leur place. Certaines personnes mal informées croient même que Poutine ou Medvedev « sont les présidents de notre pays qui est la Russie ». Certains ne supportent pas le présent et vivent dans le passé.

Les résultats des élections ne me plaisent pas. Ce n’est bon ni pour la Moldavie, ni pour les citoyens. Beaucoup de gens en ont assez de ces élections à répétition. Ils veulent de la stabilité. Notre société est scindée en deux parties presque égales. Une partie veut se tourner vers l’est et une autre vers l’ouest. Et cela signifie une lutte permanente.

Je veux rester vivre en Moldavie parce que c’est mon pays mais j’aimerais aussi beaucoup voyager en dehors de nos frontières. Aujourd’hui, j’ai l’impression de travailler en vain. Parce que ce que nous faisons à la radio c’est d’aider les gens à penser. On leur offre de l’information sur laquelle les auditeurs se font leur propre opinion. Ainsi, quand j’ai appris que 40% des gens avaient voté pour le passé pas pour l’avenir, ça m’a attristé. J’ai eu envie de partir loin de la Moldavie parce qu’ici rien ne change. »

Interview réalisée en décembre 2010, reprise sur le blog http://moldaviemoldova.over-blog.com