Un roi du ballet

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Le couple Poclitaru a fêté ses « noces d’or »

Il y a quelques années, il y a eu des articles dans la presse sur la dynastie Poclitaru. C’était à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de Vitalie Poclitaru, un des fondateurs de ballet en Moldavie. Cette fois-ci, un nouvel évènement nous a réunis - l’anniversaire de 50 ans de mariage avec sa femme, Ludmila Nedremscaia-Poclitaru.

Comme la fois passée, l’événement s’est passé discrètement, sans la presse et sans le ministère de la culture, sans les responsables de l’Opéra National, qui ne s’empressaient pas de commémorer la première génération d’étoiles du ballet.

Il y a plus de trois décennies, au bout de 20 ans d’activités, personne ne lui a organisé de soirée de congratulations. L’administration de l’opéra lui a remis un bouquet de fleurs et un diplôme derrière les coulisses, immédiatement après son dernier spectacle. Ses collègues sont restés consternés par une telle attitude. Plus tard, il est revenu au théâtre : à 60 ans, il a joué Capulet dans ,,Romeo et Juliette’’.

Les mérites de son épouse, Ludmila Nedremskaia, qui a amassé dans son CV les rôles les plus mémorables, n’ont pas été davantage reconnus par un titre honorifique. Et le fils Radu, qui pendant les années 2001-2002 avait dirigé la troupe de ballet de l’Opéra National de Chisinau, a été démis par les communistes en même temps qu’on a changé l’administration de l’établissement. A présent, il a son propre théâtre de ballet moderne à Kiev. Ici, ces derniers temps, il a mis en scène plusieurs spectacles à résonance : ,,Carmen TV’’,Le forze del destino’’, ,,Le mythe véronais, shakesperiment’’, ,,La pluie’’, ,, Bolero’’. Sur la scène du Bolchoï de Moscou, il a mis en scène ,,Romeo et Juliette’’, ,,Le salon nr.6’’ etc.

Comme sa mère, il a fini la réputée école de ballet de Perm, en Russie, où maintenant fait ses études son cousin, Eugen. Celui-ci, à 18 ans, a réussi à remporter des succès à festivals et concours internationaux.

De Chetroshica Veche à Leningrad

« Les noces d’or » ont été célébrées dans un modeste cercle d’amis. Dans la maison de leur fils Vladimir, ingénieur de profession, Radu est venu de Kiev, lui qui, ces jours-ci, monte un spectacle au théâtre d’Odessa. A tour de rôle, les membres de la famille ont commencé à évoquer leurs souvenirs.

Vitalie Poclitaru, est né le 28 octobre 1934 dans le village de Chetroshica Veche (maintenant Cupcini), du district de Balti. A 11 ans, parmi d’autres enfants, la plupart - des orphelins, il est sélecté pour faire ses études à l’Ecole Chorégraphique - Académique ,, A.I.Vaganov’’ de Leningrad. Là, il a eu comme collègue, celui qui est devenu plus tard un écrivain et cinéaste connu, Vlad Iovita. C’est dans la maison parentale de ce dernier, à Cocieri, district de Dubasari, que, pendant les années d’études, il passe ses vacances d’été. En 1954, il commence sa carrière de ballet à l’Opéra National de Chisinau ; mais, la même année, après de nombreuses démarches écrites de la part de ses ennemis, il est exilé pour faire son service militaire à l’extrême sud de l’URSS, à la frontière avec l’Afghanistan, dans la ville de Kuska.

Durant les trois années d’armée, on lui « vole » plusieurs rôles, mais même là-bas, il ne quitte pas le ballet - il a créé et dirigé une chorégraphie pour l’ensemble de la division. En 1957, après une opération compliquée aux poumons, il revient au théâtre, comme invalide de l’armée soviétique, avec son carnet de retraite dans la poche. Là, il fait connaissance avec Ludmila Nedremskaia, née à Gorki, une ancienne étudiante du collège de ballet de Perm, qui devient sa partenaire sur la scène et dans la vie. Un spectacle inoubliable reste pour eux ,,La Fintina din Bachcisarai’’ (Le puits de Bachcisarai’’) où ils ont joué les rôles principaux.

Ange et démon sur la scène

Tout au long de sa vie, Vitalie Poclitaru a interprété différents rôles, souvent tranchants : le prince Siegried et Le Génie du Mal dans l’opéra “Le Lac des Cygnes Lebedelor”, Vaclav et Ghirei dans « Fintina din Bahcisarai “ (Le puits de Bachcisarai’’) ; Albert et Hans dans “Giselle” ; Franz et le comte dans “Dunarea albastra” (« Le Danube bleu ») ; l’Admirateur et le Poète dans “Straussiana” ; Foebus dans “Esmeralda” ; Espado dans “Don Quijote” ; Torero dans “Carmen” ; Cesar dans “Antonio et Cléopatre”, le jeune en noir dans le “Bolero” ; Bomciu et Mircea dans “Zorii” (« L’aube ») ; Severian dans “La fleur de pierre”, etc. Pendant les années ’80, il a eu des rôles plus complexes : Rajah dans “Baiadera”, l’Idole dans “La construction du monde” ; Crassus dans “Spartacus” ; le roi dans “La Belle au bois dormant” ; le duc dans « Giselle », etc.

Aux années ’80, le cinéaste Emile Loteanu lui a proposé d’interpréter le rôle du roi dans le ballet “Lucifer”, d’après le poème de Mihai Eminescu, le livret étant signé par l’auteur du film “Satra” et la musique - par le compositeur Eugene Doga. Dans le générique du film, Vitalie Poclitaru a été présenté par le maître Emile Loteanu comme un artiste du peuple, même si ce danseur notoire était tenu dans l’ombre. Ce n’est que le 20 juin 1992 que le président Mircea Snegur a signé le décret par lequel il recevait le titre de ”Maître émérite en arts”.

Cette distinction lui a été accordée pour « sa longue et riche activité créatrice, pour ses mérites dans le développement de la culture nationale, sa contribution personnelle à la formation des musiciens et des solistes ».

Radu et Vladimir

Le plus grand bonheur de la famille c’est leurs deux fils : Vladimir et Radu, le second complétant la dynastie des danseurs. Radu est né le 22 mars 1972 à Chisinau. A ses 36 années, il a consacré à la danse académique plus de 3 décennies. Après ses études au Collège Chorégraphique de Perm, il a travaillé pendant 10 ans en qualité de soliste de ballet au Théâtre Académique du Ballet de Minsk. Au côté de ses rôles de théâtre, il a essayé de monter des spectacles, le premier étant “Quo Vadis” d’après la musique roumaine et celle de Sophie Gubaidulina, un modèle de ballet moderne, qui a eu beaucoup de succès.

En 1999, il a fini ses études à l’Académie de Ballet de Minsk, à la spécialité Maître de ballet. Après avoir été destitué de sa fonction de chef de la troupe du ballet de l’Opéra National de Chisinau, il a mis en scène au théâtre “Bolchoï” de Moscou “Romeo et Juliette” de S. Prokofiev (2003) et “Le salon nr. 6”, une adaptation d’après la célèbre nouvelle historique de Tchékov. Le ballet “Romeo et Juliette” a fait le tour du monde, étant considéré par les spécialistes comme “la sensation de la saison” et un “triomphe du théâtre Bolchoï”. Ces dernières années, Radu est devenu un chorégraphe et librettiste à renommée mondiale, il a été invité en qualité de membre du jury à plusieurs festivals internationaux.

La force du destin accompli

Aujourd’hui, les époux Poclitaru sont des professeurs de ballet. Vitalie Poclitaru enseigne, depuis l’an 1970, l’art de la danse à l’Ecole de Chorégraphie de Chisinau, transformée ultérieurement en lycée, et après - en collège. Ludmila Nedremcaia donne des cours particuliers. L’artiste qui s’est dédié à la scène tout au long de sa vie continue de danser devant ses étudiants, rêvant du moment où ceux-ci danseront sur les grandes scènes du monde…

Article publié sur www.timpul.md, traduit par Nelu Ivascu et Vadim Birca, élèves en XI-ième, Lycée Théorique « Ioan Voda » de Cahul, membres Junact. Relecture - Michèle Chartier.