« La danse est le langage caché de l’âme » (Martha Graham)

Article par Mariana Jurja

Mariana Jurja
Mariana Jurja

Dans le monde entier, il y a une variété des styles de la danse folklorique qui représente des différences impressionnantes d’une nation à l’autre. Toutes ces créations artistiques de l’humanité ont évolué en même temps que le développement des peuples, en reflétant leurs talents et leurs caractéristiques spirituelles cristallisées jusqu’à aujourd’hui sous la forme d’une valeur artistique incontestable.

Sans doute, la danse folklorique moldave est l’un des plus précieux trésors du monde. C’est le symbole de notre peuple attaché profondément aux chaînes d’événements historiques, au mode de vie traditionnel, aux aspirations et sentiments des Moldaves. Par le biais de la musique et la danse, les gens peuvent chanter leur vie, commémorer leurs ancêtres ou exprimer leurs troubles majeurs pendant quelques minutes.

Pour moi, la danse c’est le sourire de mon cœur, mais aussi mon compagnon fidèle dans les moments de joie ou de douleur. C’est comme une force divine qui vient de l’intérieur et qui me guide sans cesse depuis l’enfance. J’ai appris le sens esthétique pour la danse avec mes grands-parents. Ce sont eux qui m’ont raconté avec un esprit passionné comment ils passaient chaque dimanche au cœur du village, vêtus des plus beaux habits populaires, pour pratiquer leur danse magnifique. Pour mes ancêtres, cela signifiait plus qu’une occupation habituelle. La danse constituait la réunion de toutes les âmes du village – sombres et lumineuses. Une fois unis – leurs cœurs battaient à l’unisson dans le même rythme de la danse, indifférents des soucis ou des problèmes de chacun. Quand on danse, on oublie tous les maux.

Ainsi, quand j’avais 5 ans environ j’ai commencé à danser. C’était un passe-temps passionnant. Toujours sous les projecteurs, j’étais la plus petite “danseuse”, mais aussi responsable et enthousiaste que les autres. Dès lors, la danse est liée à mon âme comme les frères sont liés par le sang. Malheureusement, à cause du manque de possibilité, j’ai dansé seulement un an. Mais j’ai recommencé à danser il y a 2 ans dans le cercle de danse “Brasoveanca”. Notre chorégraphe, Sergiu Gutu, détient encore deux grands ensembles de danses : “Moldovita” et “Lozioara” qui ont remporté de nombreux succès pour notre pays. Roumanie, Turquie, Ukraine, Bulgarie, Russie, Pologne, Hongrie, Biélorussie – voilà les pays qui ont été parcourus pour promouvoir la culture nationale et la réputation du pays moldave.

L’année dernière, avec notre jeune troupe de danses “Brasoveanca”, en collaboration avec “Lozioara”, nous avons participé à un festival-concours international de danses folkloriques dans la République du Tatarstan (Russie). Là ont participé aussi plus de 50 troupes venant de Russie, Lituanie, Daguestan, Tatarstan, Kazakhstan, Yakoutie, Tchouvachie, etc. La Moldavie a pris part pour la première fois à ce festival, mais sa participation a connu un succès incroyable. Pour la première fois sur une scène internationale, moi et mes collègues avons montré avec fierté la dignité de la Moldavie ; nous avons obtenu la 2-ème place à ce concours-là. Malgré l’excitation et le manque d’expérience, je crois que nous avons touché notre but grâce à notre peuple qui n’a pas son pareil dans les bals et les fêtes, surtout quand il s’agit d’une “hora” animée, d’une « sîrba » éblouissante ou d’une “ciuleandra” rapide comme le vent.

Mais qu’est ce qui motive certaines personnes à sacrifier toute leur vie à cette activité ? À première vue, il est plus facile de dormir le weekend que de se réveiller tôt les matins et aller faire une même activité. Étant très curieuse de savoir la réponse des plus proches personnes dans ce domaine, ces jours-ci j’ai réussi à faire une petite interview sur le sujet de la danse, en demandant à mes collègues et à mon professeur ce qu’ils pensent et sentent quand ils s’engagent dans l’activité de la danse.

Mon professeur, Sergiu Gutu, qui pratique cette occupation depuis 20 ans, m’a répondu simplement, mais très profondément. Il a dit : “Pour moi, la danse ne signifie pas un moyen d’obtenir de l’argent. Oui, c’est ma profession et l’argent c’est aussi une nécessité, mais pour moi la nourriture de l’âme est plus nécessaire. Qu’est-ce qui peut être plus gratifiant que les sourires des enfants illuminés par l’énergie positive de notre danse nationale ? Rien. Parfois, je voudrais danser sans cesse, parce que sinon je crains que Dieu ne pense que je ne mérite pas le don qu’il m’a offert. Et j’ai peur de perdre ces sourires innocents des enfants qui me réconfortent et nourrissent mon âme”.

Une autre collègue, Elena Vatavu, m’a confessé que pour elle la danse populaire représente la plus belle occupation qui existe sur la terre. Et cela parce que la danse développe dans son cœur le sentiment de la dignité pour la nation, qu’elle lui apprend l’histoire, et qu’elle contribue à mettre en valeur la grande beauté du pays. Elle constate avec tristesse que la danse est en danger, car, avec la modernisation du monde, la spécificité nationale des Moldaves se détruit, les traditions périssent ainsi que les coutumes et les beaux souvenirs du passé. Pour les conserver, il faut exploiter et cultiver la danse en permanence, en commençant dès la petite enfance.

Pour nous, les danseurs de “Brasoveanca”, la danse est un élément commun qui nous rapproche et nous change spirituellement, en nous rendant plus amicaux et heureux. C’est l’un des arts les plus élevés, accompagné par un mélange d’émotions douces qui sont pour nous aussi indispensables comme le sont pour les petits enfants les belles histoires avant de dormir racontées par leurs mères.