Les racines moldaves d’une chanteuse qui conquiert les grandes scènes mondiales

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Article de Gilles Ribardière

Diana Axenti
Diana Axenti

Chaque pays, même parmi les plus modestes, est riche de ses artistes, même si certains vont chercher le succès loin de chez eux. Ils peuvent alors être les ambassadeurs de leur culture . C’est le cas de Diana Axentii, originaire d’une petite localité moldave, Nisporeni, et qui aujourd’hui partage sa vie entre Paris et Rotterdam, où elle rejoint le plus souvent possible son mari, ingénieur de nationalité hollandaise.

Pour le reste, et de plus en plus, elle parcourt le monde en offrant aux oreilles du public une voix de mezzo qui a su retenir l’attention de 3 jurys de concours : en 2003 - celui du concours Montserrat Caballe en Andorre (prix spécial), la même année - celui du concours Enesco à Bucarest (3e prix) et en 2004 - celui du prestigieux concours Reine Elisabeth (5e prix). Depuis, les engagements s’accumulent et obtiennent de beaux succès comme en témoignent les représentations cet hiver de « la botte secrète » de Claude Terrasse au théâtre de l’Athénée à Paris. L’automne prochain, elle sera avec un des plus fameux orchestres au monde, le Symphonique de Boston, pour participer à l’exécution de « L’enfant et les sortilèges » de Maurice Ravel, sous la direction de Charles Dutoit.

Mais comment Diana en est-elle arrivée là ? Et en oublie-t-elle son petit pays d’origine ?

L’apprentissage

C’est sa maman, soucieuse de ne pas voir son enfant « traîner » sans but dans les rues du village qui l’inscrit à un cours de violon. La jeune fille est manifestement douée et ainsi peut intégrer un collège de musique.
Une fois, à 12 ans, en fin d’année, alors qu’elle s’acharne sans réussite sur un trait de violon particulièrement délicat, elle remplace le frottement de la corde de son instrument par sa voix….Or, à ce moment-là, passe son professeur de musique qui lui dit de ne surtout pas laisser de côté un timbre de voix mezzo aussi prometteur…

Ainsi pendant plusieurs années réussira-t-elle à suivre la formation aussi bien en violon qu’en chant. Le Conservatoire de Chisinau n’acceptant pas le double cursus, elle se présente à Cluj (Roumanie) pour l’année 1999/2000. Elle est admise aux deux formations. Mais le compositeur et chef d’orchestre Gheorghe Mustea, qui vient alors d’être nommé directeur du Conservatoire de la capitale moldave et qui compte tenu de sa très grande notoriété exerce un poids important sur les autorités, parvient à faire « rapatrier » un talent aussi évident que celui de Diana.

Une autre personne va contribuer à l’épanouissement de la jeune artiste ; c’est madame l’Ambassadrice de France qui organise des concerts à l’ambassade. Diana y participe et est remarquée par la représentante de la France qui lui demande ce qu’elle aimerait… Et la réponse est immédiate : parfaire sa formation musicale en France ! Suite à de nombreuses démarches soutenues par l’Ambassadrice, Diana à la rentrée 2001/2002 peut passer le concours d’admission au CNSMD de Lyon (Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse) pour entrer dans le Département Chant. 75 candidats sont sur les rangs pour 5 places !… Elle est reçue en seconde position. Et en 2 ans elle suivra un cursus pourtant prévu sur 4 ans. La suite, nous l’avons décrite au début de cet article.

La Moldavie toujours présente dans son cœur

Il est évident que déjà engagée dans une carrière internationale, son port d’attache semble pouvoir difficilement se situer en Moldavie. Mais chaque année elle y retourne pour aider sa famille à faire les vendanges. Elle y va aussi pour y donner des récitals, et elle souhaite que ce soit prochainement qu’elle puisse y chanter des mélodies françaises. Son répertoire intègre des mélodies de compositeurs moldaves et elle adore reprendre des chants du folklore si riche de son pays d’origine. Dans l’entretien que j’ai pu avoir avec elle, j’ai observé combien elle est attentive à l’évolution des institutions culturelles de Chisinau. Si elle déplore le « provincialisme » de l’Opéra qui présente le grand répertoire avec de nombreuses coupures sous prétexte qu’il ne faut pas que ce soit trop long pour le public, dans des mises en scène très « Union Soviétique », et sans doute avec des moyens financiers réduits, elle se réjouit que l’œuvre de son mentor Gheorghe Mustea « Lapusneanu » soit reprise dans de bonnes conditions et que soit présentée une nouvelle production de « La fiancée du Tsar » de Rimsky-Korsakov grâce au soutien de l’Ambassade de Russie.

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Diana Axentii a la chance d’avoir un timbre de mezzo magnifique qui lui permet d’aborder un riche répertoire, avec une affirmation de goût très sûr pour des écritures qui ne risquent pas d’abîmer sa voix. Ainsi a-t-elle peu d’attirance pour Wagner, mais se délecte avec Richard Strauss dont on sait l’extraordinaire don pour écrire des rôles souvent longs, avec une orchestration extrêmement riche, sans pour autant « fatiguer » la voix. Elle aime aussi Alexander von Zemlinski, cite avec émotion « Les nuits d’été » d’Hector Berlioz. Elle adore se produire en récital, notamment avec son amie la pianiste Alisa Zoubritsky qui est aussi Moldave et vit en France… Nul doute que Diana saura conduire sa carrière avec discernement et ainsi grâce à son talent contribuer à faire connaître la jeune République de Moldavie.

Le 22 juin 2012