Les luthiers qui font chanter le bois

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Il existe à Gura Galbenei, un village dans le sud de la Moldavie, une dynastie de fabricants d’instruments de musique connue dans tout le monde.

Le chef de cette famille est le réputé musicien Nicolae Dron, un homme d’une culture raffinée et avec un grand cœur, père de onze enfants dont quatre (Mihai, Eugène, Igor et Stefan) ont pris le chemin de leur père – eux-aussi, ils confectionnent des instruments à cordes. A propos, tous ses enfants (sept garçons et quatre filles) ont fait leurs études à l’Ecole d’arts de Cimislia. Quant à lui-même, Nicolae Dron, disciple du célèbre traducteur Igor Cretu, écrit des poésies et a déjà publié quelques recueils de poèmes.

J’ai connu cette famille par le biais de Galina Buinovschi, directrice du Lycée de musique « Ciprian Porumbescu » de Chisinau. Selon elle, c’est grâce à Mihai Dron qui apprend actuellement en Suisse le noble et très rare métier de luthier que la bibliothèque du lycée a reçu de ce pays des partitions pour le violon et même une viole.

Stradivarius de Moldavie

Disciple du feu luthier Vladimir Dodon de Calarasi, Mihai Dron a pris des cours dans l’atelier du luthier Nicolae Ciurba de Reghin, en Roumanie, après quoi il a bénéficié d’une bourse d’études à l’Ecole de luthiers de Brienz, en Suisse. A présent, il est étudiant en IV-ième année et rêve de revenir dans la patrie pour augmenter, ensemble avec ses frères, le niveau de l’art de fabrication des instruments de musique à cordes.

Mihai Dron a confectionné son premier violon à l’âge de douze ans dans l’atelier de Vladimir Dodon, où il est arrivé suite à l’encouragement du musicologue Ion Pacuraru. Rappelons dans ce contexte qu’Antonio Stradivari a confectionné son premier violon à treize ans. Mais Mihai n’ose pas se comparer au grand maître. « La seule chose que je souhaite, c’est devenir un bon luthier. Je ne veux concourir avec personne, sauf avec moi-même : je voudrais m’auto-dépasser », m’a dit Mihai Dron.

De Reghin à Brienz

Quand il a fini de confectionner son premier violon, son maître Vladimir Dodon lui a dit : « Ne perdons pas le temps, commençons un autre ». Et Mihai a commencé à faire deux autres violons à la fois qu’il a présentés en 2007 à la IX-ième édition de l’Exposition Internationale d’art moderne « Ax-Art », où il a obtenu un diplôme du Ministère de la Culture. Tous les deux instruments ont été beaucoup appréciés par le grand violoniste Nicolae Botgros, ainsi que par Nicolae Bazgan, directeur de la fabrique d’instruments de musique « Hora » de Reghin, en Roumanie, et par le luthier roumain Dumitru Farcas. « Mihai a gardé pour soi-même son premier violon, le deuxième - il l’a offert à la famille Emciuc de Balti qui est autant nombreuse que la nôtre », se rappelle son père, Nicolae Dron.

Peu à peu, son nom devenait de plus en plus connu dans le monde. Un jour, une délégation de Suisse lui a rendu visite dans son atelier afin de réaliser un reportage. Plus tard, les Suisses sont revenus pour lui demander deux violons. En août 2008, il apprenait la grande nouvelle qu’il avait gagné une bourse d’études à l’Ecole de luthiers de Brienz, en Suisse. En 2010, Mihai est déclaré le meilleur élève de son école et obtient une nouvelle performance dans ce domaine-là. Il est présenté aux diverses chaînes TV de Moldavie, Russie, Allemagne, Etats-Unis, Israel, France, etc.

« Je parle au bois et je vois le violon depuis son intérieur »

Quand on lui demande quels sont les secrets de son métier, Mihai répond d’habitude : « Il n’existe pas de secrets, mais il existe des choses que nous ne connaissons pas encore. Il y a des techniques de transformation du bois, ainsi que des procédés censés l’animer. Mon violon c’est ce que je pense, ce que je sens. Je parle au bois et je vois le violon depuis son intérieur. Je crois qu’il faut avoir le sens de l’élasticité », affirme-t-il.

Le jeune et talentueux luthier a déjà confectionné plus de 30 violons et violes, ainsi qu’un violoncelle qui sont dans les mains de fameux solistes-instrumentalistes de divers pays du monde.

Pendant son séjour en Suisse, il a fait des visites d’études à plusieurs écoles spécialisées d’Italie, d’Allemagne, de France et d’Angleterre. Grâce à ses qualités et à son sens de la responsabilité, l’école de Brienz l’a désigné responsable du dépôt où l’on conserve les œuvres des plus fameux luthiers. Il est fort apprécié par l’ex-ministre de la culture, le musicologue Ion Pacuraru, par des luthiers comme Serguei Goluboki d’Ukraine, Valdemar Spengler d’Allemagne, Dumitru Farcas et Nicolae Ciurba de Roumanie, etc.

Sur les traces de son père et son frère

Dans l’atelier de la famille, aux côtés de leur père, travaillent les frères de Mihai - Igor, Eugen et Stefan. Igor et Eugen ont fait leurs études à l’Université Technique de Moldavie, mais ils ont été attirés par le métier de leur père et leur frère. Ils confectionnent des cobzas (instrument cordophone de la famille du luth oriental). Ils ont aussi fabriqué quelques violes suivant les conseils de Mihai et du maître Nicolae Ciurba. A l’âge de seulement 14 ans, Stefan a eu, lui-aussi, une passion pour le cobza. Avec son père et en collaboration avec les maîtres Nicolae Bors et Nicusor Mardare, ils ont fait des cobzas pour plusieurs ménétriers.

Afin de se perfectionner, ils ont fait de nombreuses visites chez des fabricants de cobzas de Roumanie, où ils ont connu Constantin Negel et Vasile Ursache, ainsi que d’autres musiciens fameux de l’autre côté du Prut. Leur atelier a été visité par le joueur de cobza Marin Ganciu, qui a acheté un instrument pour un de ses disciples de l’Académie de Musique, Théâtre et Beaux-Arts. Les frères pensent fabriquer autant de cobzas pour pouvoir satisfaire à l’ensemble des besoins de la Moldavie.

Ion Pacuraru : « Mihai Dron est le premier luthier professionnel de Moldavie »

Comme nous le disions, ce fut le musicologue Ion Pacuraru qui a conseillé à Nicolae Dron d’emmener son fils dans l’atelier de Vladimir Dodon. Quand nous l’avons contacté, il nous a dit : « Mihai Dron est sûrement un talent et, en même temps, le premier luthier professionnel de chez nous. Je suis content qu’il envisage de revenir dans sa patrie. En Moldavie, le violon est non seulement un instrument universel, mais surtout un instrument national. Je suis content de lui avoir fait connaissance avec Vladimir Dodon, car son succès ne s’est pas laissé attendre. »

Mihai à l'école de Brienz
Mihai à l’école de Brienz

Espérons que la dynastie Dron continuera à faire chanter le bois et qu’on entendra parler d’eux beaucoup de bonnes choses …

Article de Nicolae Roibu repris sur le site http://www.timpul.md

Traduction – Nina Tampiza.