Alex Calancea, un instrumentiste à l’esprit ouvert

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Il a travaillé avec presque tous les solistes et instrumentistes de Moldavie, mais il se retrouve mieux dans la musique instrumentale.

Alex Calancea
Alex Calancea

Le talent est certainement un élément inné qu’on peut développer par le travail assidu ou qu’on peut mettre au rebut. Notre protagoniste a fait face aux défis du pacte avec la réalité : la musique est un plaisir, mais il faut aussi avoir un métier.

Après trois ans d’études à l’Université Technique, il a changé de voie, étant convaincu que sa place n’était pas là. Il s’est alors inscrit au conservatoire. Comme on dit, dans la vie soit on est rebelle, soit on accepte n’importe quoi. Toutefois, sa carrière s’est déroulée avec sensibilité et très qualitativement, fait confirmé par ses albums qui sont bien prisés. Aujourd’hui « Alex Calancea band » est considéré comme un modèle de virtuosité musicale.

Il a fait partie de la troupe « Millénium », puis, en tant que participant au projet de Dan Balan, il a importé « illégalement » de Los Angeles un peu de musique country et de nouvelles méthodes d’arrangement. Riche de toutes ces expériences, il a entamé son propre projet musical, jetant les fondations de la première et, à ce moment, unique troupe de musiciens de studio de Moldavie. Le succès ne s’est pas laissé attendre, à part peut-être en Moldavie, et les jeunes musiciens ont peu après commencé une tournée en Europe, participant aussi au concours « Le Cerf d’Or », tenu en Roumanie, et à divers spectacles de divertissement. Selon Alex Calancea, leur musique est particulière, rompant définitivement avec les stéréotypes du « style moldave ». Alex a ambitionné de recruter dans sa troupe exclusivement des jeunes très bien instruits - Marcus Selski, Sandu Arcus et Petrica Moiseev qui, comme leur « chef » Alex Calancea, vont achever leurs études au Conservatoire.

« Pourquoi me suis-je tant investi ? Parce que je me suis rendu compte que quelque chose manquait à notre musique, surtout à la musique des jeunes – il s’agit de la tendance de chanter en live. Avec mes collègues, nous avons essayé de faire des enregistrement en studio, une sorte de produits de studio, car ce genre d’arrangements sont rares, tout se faisant à l’aide de l’ordinateur, ce qui est dommage, à mon avis. Evidemment, tout dépend du style : pour la musique électronique, ça peut aller, mais pour le rock ou le pop-rock, la qualité est meilleure quand on entend plusieurs instruments ».

„Tout vient de l’extérieur”

Il a collaboré avec presque tous les solistes et instrumentistes de Moldavie, mais il préfère la musique instrumentale où, lui-même le dit, il se sent comme un poisson dans l’eau. « Récemment, j’ai eu une collaboration avec l’interprète Natalia Barbu, qui est une soliste exceptionnelle. Cette collaboration m’a beaucoup plu, car elle a de l’expérience, une belle voix et un charme à part. Mais, assez souvent il nous arrive de travailler avec des chanteurs qui ne correspondent pas à nos attentes. Beaucoup d’entre eux, n’ayant pas l’habitude de chanter en live, ne réalisent pas vraiment ce que c’est que la véritable musique que lorsqu’ils chantent accompagnés par « Alex Calancea band » », affirme Alex, tout en précisant que l’expérience d’outre-mer a eu un impact important sur lui en tant que musicien, mais aussi du point de vue psychologique.

A Los Angeles, il a eu l’occasion de travailler avec l’un des plus prestigieux professionnels américains en mixage, production et arrangements, Jack Joseph Puig. « C’est vrai que les tendances dans la musique sont dictées de l’extérieur, comme c’est l’exemple de sound. Or, cette expérience m’a aidé à me détacher de notre musicale typique. Notre troupe a tiré partie de la musique country d’abord à petites doses pour qu’elle soit appréciée et écoutée chez nous. L’appréciation du producteur m’a réconforté psychologiquement et m’a fait prendre conscience que la musique ne connaît pas de frontières. En d’autres termes, notre nationalité moldave ne nous condamne pas à produire de la musique insipide, typiquement moldave. J’ai l’esprit plus ouvert et je vois les choses différemment ».

„C’est difficile de plaire chez soi”

Nul n’est prophète dans son pays, comme le dit la Bible. Les membres de la troupe « Alex Calancea band » ont accepté l’idée qu’en Moldavie ils n’auront pas la chance d’être appréciés par le grand public, mais ils continuent à travailler. « Organiser un spectacle dans notre pays demande beaucoup d’efforts. L’indifférence des Moldaves n’est pas compréhensible. Soit nous sommes plus réservés, soit nous ne nous aimons pas », s’inquiète le guitariste, tout en expliquant son point de vue par un incident récent. Il s’agit du dernier album de Geta Burlacu : l’interprète apparaît sur la couverture dénudée comme Eve, tandis qu’Alex et ses collègues sont dans les habits d’Adam. Les critiques dans les médias ou dans les réseaux sociales se sont répandues rapidement, les mauvaises langues faisant totalement abstraction de la qualité et du message des mélodies du CD.

« Pour nous, les garçons, il fut assez difficile de nous déshabiller, pour Geta - cela fut encore plus difficile, car elle a dû faire abstraction de certains préjugés. Tous ont pris ce geste comme une gaffe et hors des habitudes moldaves. On se demandait comment nous nous étions permis une telle chose », nous dit l’instrumentiste, tout en ajoutant que le projet a eu un grand succès en Chine, en Allemagne et en Roumanie.

« Nous n’avons pas été compris dans notre pays, mais nous sommes déjà habitués à des réactions pareilles et ce n’était pas le moment d’avoir le cœur gros.

Oui, nous avons organisé le lancement du CD à la Philharmonie nationale où la salle était pleine, les spectateurs semblaient contents, cependant, il y avait un grand « mais » - on a senti une certaine réticence de la part du public », témoigne l’artiste.

Le nouvel album, une marque de virilité artistique

En dehors des commentaires critiques, il existe aussi, heureusement, de petites déclarations d’amour, la vie de la troupe d’Alex Calancea continue, prévoyant de nouveaux projets musicaux d’ampleur et de nouveaux enregistrements. « Cette année, nous avons produit quatre albums et nous avons l’intention de faire sortir trois autres. Un des albums qui comprend exclusivement de la musique instrumentale, ayant à sa base des éléments folkloriques, sera interprété à la guitare basse et beaucoup de percussion - assez dur, mais agréable à l’ouïe. Nous produisons de la musique underground Pour nous, la qualité est plus importante que la quantité, raison pour laquelle le processus de création est plus lent », affirme Alex.

Enfin, il nous a dit qu’il souhaiterait qu’apparaisse en Moldavie une autre troupe de musiciens qui assureront la suite du projet. « Je voudarais que des jeunes prennent le relais et s’occupent de l’accompagnement, parce que dans tous les pays il y a des musiciens de studio, c’est-à-dire, des musiciens capables de faire face à divers styles et genres et à travailler avec divers vocalistes, comme nous le faisons ».

Article de Nadia Tataru repris sur le site http://www.timpul.md

Traduction - Nina Tampiza.

Relecture - Aurélie Bouffard.

Le 5 décembre 2011