L’artiste chante… Les guitares pleurent

La troupe « Noroc » (en français - chance) est un symbole dans la culture musicale de Moldavie. Cette troupe a été fondée en 1967 par le grand compositeur musicien, Mihai Dolgan, dans le cadre de Philharmonie Nationale. Dès les premières parutions sur la scène, « Noroc » a réussi à conquérir le public.

Acceptés, malgré l’opposition du conseil artistique

Le premier concert de la troupe s’est produit devant « le conseil artistique » composé de membres de la direction de Philharmonie Nationale, ainsi que de représentants du Ministère de la Culture et du Comité Central du Parti Communiste. Le programme de la troupe englobait des chansons en français, anglais, roumain et des compositions propres. Indignés de leur prestation, les membres du conseil artistique ont interdit l’activité de « Noroc », car un répertoire pareil ne pouvait pas être accepté à l’époque. Les fonctionnaires de la Philharmonie Nationale ont discuté et finalement insisté sur une deuxième chance à offrir à la nouveauté parue sous le nom de « Noroc ». On leur a donc proposé de pratiquer le chant lyrique pour qu’on soit accepté par l’administration.

Les débuts de « Noroc »

Après la deuxième présentation, « Noroc » est acceptée comme troupe de la Philharmonie Nationale. Le premier concert a été donné devant une salle bondée. Les spectateurs étaient là pour eux, venus notamment pour leurs belles chansons. Le public était formé de l’élite de Chisinau et de beaucoup d’étudiants. Le spectacle représentait une vraie révélation devant un public en extase.

La troupe était formée de Mihai Dolgan, Vasile Verdeş, Victor Rusnac, Eugen Vorobiov, Victor Legaci, Valentina Repeţchi, Olga Sorochina, Stefan Petrache. Ils ont fait beaucoup de tournées dans les pays de l’ancien Union Soviétique, commençant par l’Ukraine et finissant dans les villes sibériennes. Le programme du chaque récital insérait de la musique rock étrangère et des compositions propres en roumain. A tous les concerts, la troupe était acclamée et les théâtres d’été abondaient de jeunes. Nous étions la troupe préférée de la génération hippie, affirme Alexandru Cazacu, membre de la troupe, en se souvenant des années ’60-’70.

Le phénomène « Noroc »

On avait besoin de ça - d’une troupe qui ose chanter du vrai rock à l’hémisphère totalitariste du monde. Malheureusement, un nombre restreint d’enregistrements faits pendant leurs tournées ont été conservés.

L’ampleur du phénomène « Noroc » qui n’a duré que deux ans s’identifie, sans aucun excès, au « phénomène Beatles » dans l’ouest. « De ce plâng chitarele » (« Pourquoi pleurent les guitares ») devint la chanson de toute une génération de jeunes.

En 1969, la troupe « Noroc » enregistre dans les prestigieux studios « Melodia » (« Mélodie ») de Moscou son premier disque qui comprend des tubes, comme « De ce plâng chitarele » (« Pourquoi pleurent les guitares »), « Dor, dorule » (« Mélancolie, oh, mélancolie »), « Cântă un artist » (« Un artiste chante »), « Copiii soarelui » (« Les enfants du soleil »). Le disque est vendu à 2,5 millions d’exemplaires.

La révélation des années ‘60 obtient le prix du public au festival « Bratislava Lyra » (« Bratislavien lyre »). Entre temps, la chanson « De ce plâng chitarele » occupe la huitième place dans le top allemand. Le groupe « Noroc » a fasciné les mélomanes moldaves et a bouleversé les jeunes de cette période-là.

Les Dolgans perpétuent la gloire de « Noroc »

La famille Dolgan peut être justement associée à la musique des années ’60. Mihai Dolgan a rencontré sa future épouse au moment où il cherchait une soliste pour la troupe « Noroc ». Lidia Botezatu lui a été recommandée par une proche. La collaboration professionnelle a passé dans le privé. Comme résultat, Mihai Dolgan et Lidia Botezatu se marient au printemps de l’année 1969.

Ils commencent à travailler ensemble, Mihai Dolgan comme compositeur et Lidia Botezatu -en tant que soliste. La troupe « Noroc » fleurit au sein de la famille Dolgan. En 1970, est né leur fils, Radu. Il a eu une enfance heureuse chez ses grands-parents à Hincesti. Plus tard, Radu décide de fréquenter l’école de musique à Chisinau. Même si Mihai Dolgan n’a pas été d’accord avec le choix de son fils, Radu insistait sur une carrière musicale.

Jusqu’en 1988, Radu Dolgan a été soliste de la troupe « Viitorul » (« L’avenir ») et à partir de l’année 1988, il rejoint « Noroc ».

Pendant la période 1988 - 2008, « Noroc » se présente devant le public comme un fort trio : Mihai Dolgan, Lidia Botezatu et Radu Dolgan.

Depuis 2008, Lidia Botezatu et Radu Dolgan sont ceux qui perpétuent les compositions de Mihai Dolgan. La troupe existera tant que leurs mélodies seront présentées devant le grand public. Le peuple moldave reste reconnaissant à cette étoile qui a été Mihai Dolgan.

La troupe « Noroc » est une légende - ses inégalables chansons ont survécu au régime totalitaire et aux démocraties embryonnaires. Beaucoup de mélodies de « Noroc » sont interprétées par la jeune génération du XXI siècle. La fameuse ex-troupe « Ozone », par exemple, avait repris la chanson « De ce plâng chitarele » qui est redevenue connue dans le monde entier.

Ce trésor qui s’appelle « Noroc » sera conservé comme une grande richesse spirituelle de la Moldavie.

Article de Rodica Istrati.

Le 2 mars 2009