Diana Axentii et Alissa Zoubritski magnifient le chant français

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Article de Gilles Ribardière

Vous qui habitez Paris, un dimanche d’hiver vous sortez votre carte de transport Navigo zone tarifaire 1 et 2 et vous vous rendez bien au-delà, en zone 4 par exemple, sans supplément. En effet vous avez entendu parler d’un récital dans une commune de l’Ile-de-France, Herblay, où jamais vous n’avez eu l’idée de vous rendre. Et c’est ce que j’ai fait ce 2 février, car à l’instar de très nombreuses communes situées en « banlieue de Paris », on y trouve un établissement culturel dynamique qui offre des spectacles de très grande qualité. Cet après-midi-là, deux artistes d’origine moldave se produisaient : Diana Axentii et Alissa Zoubritski.

De la première citée j’avais déjà tracé le portrait et pu l’entendre à l’Opéra de Paris, mais dans des conditions qui ne permettaient pas d’apprécier tout son talent. Or rien de tel qu’un récital pour goûter les qualités d’artistes lyriques ; c’est ce que Herblay nous offrait.

Ne voyez pas dans les propos qui vont suivre la critique d’un musicologue, mais l’expression du sentiment d’un auditeur qui plus d’une heure durant a été captivé par deux artistes qui ont su livrer à nos oreilles la nature particulièrement sensible de la mélodie française.

Alissa Zoubritski est une accompagnatrice particulièrement attentive, qui épouse totalement l’esprit de l’œuvre interprétée et qui surtout a le même souci que le grand Gerald Moore (l’accompagnateur en particulier du baryton Dietrich-Fischer Dieskau ) exprimé dans le titre de ses mémoires « Faut-il jouer moins fort ? » (Am I too loud ?).

Quant à Diana Axentii, ce qui frappe d’entrée, c’est sa présence, les couleurs extrêmement variées de sa voix de mezzo, et sa capacité à planter le décor que le poète et le musicien ont voulu. J’ajoute qu’il n’y a aucune affectation dans la prononciation des mots, ce qui n’est pas toujours le cas chez les cantatrices lorsqu’elles chantent des mélodies françaises. En revanche, la diction est remarquable : on entend les mots des poèmes dont la valeur littéraire est évidente ; ils ont pour auteur Lamartine, Hugo, Baudelaire … Enfin, elle fait de chaque œuvre une scène qu’elle joue avec finesse.

S’il fallait retenir deux ou trois merveilles, je mettrais en avant « Chant d’amour » de Georges Bizet sur un poème de Lamartine « L’île inconnue » de Berlioz, texte de Théophile Gautier et « L’invitation au voyage » de Henry Duparc, poésie de Charles Baudelaire.

Il y a eu dans le cadre de ce concert deux moments d’une réconfortante chaleur : la prestation du chœur de femmes du Conservatoire de Herblay, d’abord avec le seul accompagnement de Alissa Zoubritski (Marine de Jules Massenet) puis avec la présence affectueuse de Diana Axentii pour un lied extrait de Turandot de Ferrucio Busoni …Voilà une belle manière de rendre hommage à une pratique amateur de réelle grande qualité.

Les lillois vont avoir bientôt la joie d’entendre les deux artistes. Ce sera à l’Opéra de Lille, le mercredi 12 février à 18 heures, mais dans un programme totalement différent : Dvorak, Brahms, Janacek et Liszt.

Auparavant, le samedi 8 février, à la Cité de la Musique, à Paris, Diana Axentii a été la soliste des trois poèmes de Stéphane Mallarmé de Maurice Ravel, entourée par les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain, sous la direction de Mathias Pintscher.